Tribune de Ghyslaine Pierrat

Guerre en Ukraine : ce n’est pas seulement de l’Otan mais de Lacan dont nous avons besoin…

OÙ ES-TU BELLE ET VAILLANTE RUSSIE ?

Le territoire de la Russie est un grand continent, une fédération. Il constitue le pays le plus vaste du monde : il s’allonge avec ses régions de l’Oural, du Caucase, de la Sibérie orientale. Du fait de ses régions désertiques, du froid, des vents de la Toundra et de la Taïga, de l’aridité et la qualité des sols, la Russie peine. La majeure partie des terres arables sont faibles. C’est pourquoi, ce n’est pas un continent paisible. Il faut lutter pour tout.
La démocratie n’est pas, non plus, une première composante de cette belle Russie. Et pourtant, il existe une âme slave, une fierté des Russes. La Russie a été dans l’Histoire une nation flamboyante avec son lointain passé glorieux. Ses monuments, son musée l’Ermitage ou encore sa littérature avec Tolstoï, Dostoïevski, Pouchkine, Tchekhov, Soljenitsyne, Pasternak, l’intelligence des intellectuels russes, sa soif de reconnaissance et sa grandeur attestent sa finesse d’esprit.
C’était un pays dont l’intelligentsia était très ouverte à l’occident et à la nouveauté jusqu’à la Révolution de 1917 : exposition Morozov à Paris et celle simultanément du peintre profondément russe Répine, l’avait démontré de façon éclatante. On sait ce que la musique doit aux compositeurs russe, de Moussorgski à Prokofiev en passant par Stravinsky et Chostakhovitch. La Russie est aussi un pays d’ingénieurs, de savants, de découvertes et réalisations dans toutes les disciplines scientifiques, techniques et technologiques : comment oublier ses réussites dans la conquête spatiale qui ont marqué l’Histoire ? Ou son actuelle avance sur tous les autres pays en matière d’armement : missiles hypersoniques, torpilles atomiques, destruction de satellites en orbite ?

Pour toutes ces raisons, au cœur de ce conflit chacun voudra bien comprendre que le peuple Russe reste un peuple fier, vaillant et courageux mais il n’a pas une vie facile. Il n’est pas d’accord sur les bains de sang guerriers. La population russe n’est pas une masse uniforme et soumise. Elle se tait par peur mais elle espère toujours des lendemains meilleurs. Nous aussi.

Aujourd’hui, j’ai envie de dire
ce n’est pas seulement L’OTAN qui peut arrêter Poutine , mais LACAN. Polonais, Estoniens, Lettons, frontaliers directs de la Russie et de la Biélorussie ne tiennent que parce qu il y a l’OTAN.

Bien entendu, l’Union Européenne se doit de soutenir le peuple Ukrainien dans sa résistance à l’invasion, dans le respect des traités internationaux cat il y va, derrière l’Ukraine, du droit à la libre détermination des peuples, dans les trois pays Baltes, en Pologne et en Roumanie, membres de l’Union. Et du même droit pour des pays neutres inquiets : la Moravie, la Finlande, la Suède.

NOTRE HISTOIRE COMMUNE ET NOS LIENS

En préambule, je n’oublie pas que la Russie nous a, elle aussi, avec les USA, sauvés du nazisme, des immondes barbaries contre les juifs, pendant la 2 ème guerre mondiale. Les Russes ont subi de lourdes pertes humaines. Ils ont survécu aux purges, à la faim et à des régimes cruels …
Ce qui signifie également que même lorsqu’on a des différences, le dialogue doit toujours être la primauté.

La Russie est et reste notre voisine. Moscou est à 2 h 30 de Paris. Et, la géographie compte double dans nos économies systémiques. Elle est, par définition, un partenaire économique important de la France.

AUJOURD’HUI, LE RÉEL : C’EST LA GUERRE

Aujourd’hui, la Russie pleure en cachette, celle des mères, des jeunes avides de liberté, de création, de réalisation. Elle se manifeste courageusement dans la rue et sur les réseaux sociaux pourtant très contrôlés et réprimés.

C est une guerre préméditée et exécutive depuis ce triste 24 février 2022. Meurtrière, injuste et incompréhensible pour tout esprit objectif. Une tragédie commence au creux de l’Ukraine qui désormais se réveille la nuit aux sons des sirènes et des bombes. L’invasion militaire va vite.

LES MOBILES IMAGINAIRES DE LA GUERRE

Mais qui a voulu attaquer Poutine ?
Personne.
Quel est le crime de l’Ukraine ?
Celui de vouloir vivre libre sa démocratie ?
Cette guerre hideuse a-t-elle alors une justification ?
L’Ukraine n’est pas un pays vassal.
Nous sommes en 2022.
Regardez, l’indignation planétaire : quelle immédiateté bienvenue du monde entier pour dénoncer cette guerre folle.
Vladimir Poutine est un guerrier. Il a pris le pouvoir par la force et rêve de grandeur pour son pays. Il vit, il mange, il dort politique. Mais là, il s’est lourdement trompé de stratégie. La France a essayé l’impossible : une main tendue pacifique.

EMMANUEL MACRON : UN NOUVEAU ET SINCÈRE MÉDIATEUR

Les négociations n’ont-elles servi à rien ?
Non bien sûr.
Il fallait commencer par là et elles étaient nécessaires à la recherche de solutions inédites. Emmanuel Macron a été «  Un homme de bonne volonté », au sens où Jules Romains l’a écrit, il y a 90 ans. Il se devait d’essayer. Nous étions quelques uns avec Pierre Servent à pressentir la valse impuissante des mots.

GUERRE D’INFORMATION
GUERRE DE COMMUNICATION
GUERRE DIFFÉRENTE

En premier lieu, cela a été une guerre hybride. Leur cyber guerre avait déjà commencé depuis plusieurs semaines : paralysie des serveurs internet, messages pour saper la confiance des Ukrainiens, diffusion de fausses informations, propagande de subversion, falsification des informations, utilisation de hackers et développeurs très professionnels qui s’adaptent à la cybercriminalité et qui évolue sans cesse et très vite. Mise en place de Wiper qui vise à effacer des programmes et provoquer des dysfonctionnements chez les Ukrainiens. En somme, il s’agit d’intimider et de démontrer la toute puissance de Moscou, de falsifier le réel.
C’est évidemment une guerre de l’information dûment orchestrée par de funestes scénaristes.

Cette guerre est différente, non pas seulement parce que c’est un conflit énergétique ( enjeu du gaz) et alimentaire, ( annexion des terres pour détenir le monopole de la production de blé en Europe- nous affamer) mais aussi par son ultra immédiateté, par l’utilisation tactique, gigantesque des réseaux sociaux. Les Présidents tweetent en direct et s’expriment de façon tellement différente et surtout en temps réel.

AU MILIEU DE L’INFO, UNE SINGULIÈRE TÉLÉVISION : RT

Comme beaucoup de personnalités, j’ai été invitée sur RT Television, télévision russe à Paris. Je ne dis pas que c’est une télévision libre , je dis que j’ai toujours pu dire ce que je voulais. Les visites de leur régie, leur considération d’accueil, lors de mes interventions télévisées étaient courtoises et respectueuses. Personne ne m’a demandé, avant, une orientation de mon point de vue, d’ailleurs parfois musclé. La dernière fois où j’ai participé à un plateau, j’ai recadré un invité. J’ai conservé évidemment ma totale liberté intellectuelle. Tout comme cette tribune qui tente d’épouser le réel. Elle se veut, neutre, sans caricaturer les protagonistes de cette guerre. Face à la nouvelle menace nucléaire, elle veut témoigner modestement pour soutenir les émissaires de paix dans cette région du monde.
La télévision RT, aujourd’hui si décriée, accusée de propagande, fermée aurait pu être aussi une ambassadrice originale des nouveaux dialogues franco-russes. Leur devenir est en berne.

LA NAISSANCE D’UN NOUVEAU PRÉSIDENT

Volodymyr Zelensky confirme la fonction transforme l’homme, le transcende parfois. Il est en train de devenir une icône planétaire du garant de la liberté. Il est courageux. Il est là où il doit : parmi les siens. Tous les matins, il est sur les réseaux sociaux. Il dit à son peuple que la nuit a été dure mais qu’on résiste. Et surtout, « Je suis ici, avec vous. Je suis votre président de coeur et au combat« . Il fédère autour de lui.
L’acteur américain Sean Penn est venu l’encourager implicitement. Il était là, en pleine invasion, à un point presse pour filmer un documentaire sur l’invasion russe . C’est une démonstration conjointe de courage, elle galvanise, aussi, ce jeune président ukrainien.
Zelensky se métamorphose sous nos yeux. Quand les USA l’invitent à être exfiltré, il répond : » Ce n’est pas d’un taxi dont j’ai besoin mais d’armes . ». Il a su créer un puissant sentiment patriotique, lui qui déjà, s’était acharné à débarrasser l’Ukraine de sa corruption.
Évidemment qu’on compatit, qu’on vit et qu’on se passionne pour ce « petit gars » ( artiste issu d’une famille issu de scientifiques russophones), qui se bagarre comme il peut, avec peu de moyens mais avec son énergie vitale et sa force mentale et qui devient un vrai chef d’État. Et, n’oublions pas que l’attaque personnelle de Poutine contre le Président ukrainien, le traitant de « nazi », alors qu’il est de famille Juive, éprouvée par la Shoah, heurte l’opinion des Français juifs, car le régime stalinien a été violemment anti-sémites et le KGB son instrument en la matière.

APPEL À VLADIMIR POUTINE

Aujourd’hui, j’ai envie de re dire encore,
ce n’est pas seulement L’OTAN qui peut arrêter Poutine , mais LACAN.
Chacun parle de paranoïa de Vladimir Poutine, de traitement de cortisone pour une maladie, du syndrome de Pompidou, du gonflement de son visage, de sa fatigue d’où sa peur névrotique du Covid quand Emmanuel Macron est venu (les corticoïdes diminuent le système de défense immunitaire) ou même d’une prise de botox pour rester jeune ?
Personne ne sait.
Les faits interrogent.

Tout le monde cherche une explication à cette déclaration d’entrée en guerre qui nous paraît incohérente. Tout comme en Afrique où le groupe Wagner sert à évincer la France, ses alliés africains et européens.

Vladimir Poutine, dont l’ego est démesuré, comprend le rapport de force. Il a une discipline de fer, venue de l’ex KGB. Ce n’est pas un imbécile. Il est d’un autoritarisme reconnu.
Il terrorise autour de lui. La Russie, c’est Poutine. Mais combien de temps encore ?
Désormais, en Ukraine, il attaque sans relâche, chaque nuit. Dès dimanche soir, Poutine mettait ses forces nucléaires en alerte. Le risque nucléaire était à la Une de toutes les chaînes d’infos du monde entier, à partir du dimanche 27 février. C’est très simple, si Poutine va jusque là, on bascule dans le radical. Ce serait un génocide. A partir de ce moment là, tous les dirigeants mondiaux vont se dire : si on ne l’arrête pas maintenant et définitivement, jusqu’au changement du régime, l’avenir va être beaucoup plus dur pour tout le monde.
D’ici deux ou trois jours, Vladimir Poutine va sûrement être condamné par plus de 100 nations au prochain sommet des Nations Unies, à New York, isoler davantage sa chère Russie
Et écoper les sanctions .
Mais, l’arme de la dissuasion financière, les sanctions bancaires, sur les devises, la diplomatie-liste noire, les exportations, les tractations commerciales ou encore les transports congelés : il s’en fout.
Mais une chose est sure, le maître du Kremlin semble puissant mais bien seul. La Chine, son alliée fait la bouche en cul de poule pour afficher son soutien. L’Inde part à la pêche et ne veut pas soutenir le maître du Kremlin. Les observateurs ont enregistré sa nouvelle réserve.
Traité de paria international, il a commis une erreur historique. Vladimir Poutine est entré dans une spirale de guerre, de provocation dont il est devenu prisonnier. Il le sait.
Va-t-il guerroyer comme si il n’avait plus rien à perdre ?

SORTIE DE CRISE ET SOLUTIONS

Maintenant, il va bien falloir sortir, un jour ou l’autre de ce conflit.
La France doit jouer son rôle de médiatrice entre les Usa, la Russie voire la Chine. Elle doit jouer son rôle d’intermédiaire. Elle a des responsabilités.
Nous, la France, ne sommes-nous pas un peu co-responsables car nous n’avons pas fait réellement appliquer les accords de Minsk et nous avons tardé à afficher que l’Ukraine n’entrerait dans l’OTAN alors que c’était écrit. La France a un peu vécu sur ses acquis diplomatiques. Elle a lambiné.
Aujourd’hui, que propose la France ?
Que propose la Présidence de l’Union Européenne ?
L’évolution de cette guerre va très vite même si Kiev résiste.
Y aura-t-il une troisième guerre mondiale avant
un dénouement ? Sera-t-elle nucléaire ?
Le pire est toujours possible.

Quoiqu’on en dise , c’est par la diplomatie, la communication politique, le dialogue de politique étrangère qu’on va établir les chemins d’une nouvelle, concrète et durable sortie de crise. Il faut aller vite vers le concret : une trêve des combats.

L’envoi d’émissaires, personnalités politiques françaises reste une ébauche de prise de température politique et de propositions de résolution transpartisane. La force des réponses coordonnées des chefs d’Etat est nouvelle et puissante. Elle est à relever et elle porte en elle, l’espoir.

On doit commencer par proposer de relire les accords de Minsk, remettre à plat les engagements dans le cadre d’une conférence sous l’égide de la France, à Paris.
On doit absolument traiter le sujet Ukraine, de l’OTAN et l’Europe. Revoir les positions de la Géorgie et de la Crimée .
Dans nos mondes contemporains, ce qui fait la différence des dirigeants : c’est la volonté d’être et d’agir, c’est le tempérament.

La France a, à tenir un rôle majeur parce que son Président est volontaire, neuf et que la France porte en elle les idéaux de juste équilibre, de justice et de générosité.
Emmanuel Macron est le Président de l’Union européenne jusqu’en juin 2022. Il parle au nom de la France mais aussi de l’Union Européenne. Il se doit de tout faire pour la paix.
C’est l’idée même de la construction de l’Europe.

Ghyslaine Pierrat
Spin doctor
Docteur en communication politique et économique

Auteur de 3 ouvrages :
« La communication n’est pas un jeu »,
« Macron et les autres »,
« Qui sont les acteurs et les influenceurs de la vie politique française ? « ,
aux éditions de l’Harmattan–Paris.

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