Entrepreneuriat féminin : il est temps de faire sauter les derniers obstacles

Par Keren Deront, Business Head Europe du Project Management Institute.

Souvent perçu comme étant l’apanage des hommes, l’entrepreneuriat s’ouvre progressivement aux femmes. Plusieurs barrières restent cependant à lever afin de rendre cet environnement complètement inclusif.

225 000. Voilà le nombre d’entreprises créées en 2021 par des femmes, soit plus de 30% du total des sociétés qui ont vu le jour sur l’année en France. La création de sociétés en général ne s’est jamais aussi bien portée. Pourtant, l’entrepreneuriat a souvent été associé à une activité masculine. Les femmes ont longtemps souffert de plusieurs blocages tels que le syndrome de l’imposture, celui de la bonne élève ou encore la difficulté d’accéder à des financements. Si des progrès ont été réalisés, plusieurs obstacles demeurent comme en témoigne la persistance de certains stéréotypes. Par exemple, les secteurs liés à l’industrie ou la construction affichent les taux d’entrepreneuriat féminin les plus faibles (6 à 7 % de femmes), à l’inverse de l’habillement et la fabrication de textile qui concentrent plus de trois quarts des femmes entrepreneures. Dès lors, il est temps de lever les derniers verrous afin de permettre évidemment davantage d’égalité, mais aussi d’activer de nouveaux leviers de croissance économique.

Lutter contre les inégalités de financement

Premier enjeu, contribuer à une meilleure répartition des financements de projet. D’après une étude du BCG, seuls 2 % des fonds levés en France en 2020, l’ont été par des équipes totalement féminines. De même, les fondateurs reçoivent 2,3 fois plus de fonds que les fondatrices. Un chiffre en diminution par rapport à 2019 (2,5), mais qui traduit une difficulté rencontrée par les femmes dans l’accès aux financements.
Pour lutter contre ces inégalités, plusieurs investisseurs – des fonds mais aussi BPI France – se sont engagés en 2019 à financer 25 % de start-up fondées ou cofondées par des femmes d’ici 2025. L’idée étant d’introduire une amorce de parité qui contribue à rééquilibrer la situation. Il s’agit d’un bon début, mais ce type d’initiative doit être multiplié car il est dans l’intérêt des investisseurs de financer davantage de projets menés par des femmes. Ainsi, si l’on prend le cas des TPE, la majorité des structures pilotées par des femmes sont moins sujettes aux faillites. Une donnée encore trop méconnue dont les investisseurs gagnent à prendre conscience.
Permettre aux femmes de prendre confiance en elles
Il est vrai que la recherche tend à montrer que les femmes auraient moins confiance en elles, alors que les hommes auraient au contraire tendance à avoir trop confiance en eux. Les femmes seraient 75% à ressentir fréquemment un syndrome d’imposture contre 50% des hommes. Une différence liée à l’apprentissage de stéréotypes de genre dès le plus jeune âge.
En réponse à ce phénomène, le développement de programmes de mentorat semble une solution à envisager. Par exemple, le programme de mentorat 100 % féminin She’s Mercedes, soulève les questions du sexisme, du harcèlement et des difficultés rencontrées dans la carrière professionnelle. En exprimant ce qui les a poussées à se reconvertir, les femmes reprennent confiance en elles et lèvent leurs doutes. Une étape incontournable afin de prendre le risque de lancer leur projet professionnel.

Accompagner un projet professionnel de A à Z

Parce qu’elles peinent parfois plus que les hommes à entreprendre seules leur projet, les femmes ont besoin d’être accompagnées sur le long terme par le biais de programmes dédiés.
A ce titre, le Canada fait figure de cas d’école. Le pays est l’un des premiers à avoir mis en place un accompagnement constant pour les femmes entrepreneurs. Tant au niveau fédéral que provincial, les initiatives abondent, sous forme de programmes d’accompagnement et d’incubateurs, aussi bien pour les Canadiennes que pour les immigrantes et les réfugiées. L’initiative Her Own Boss !, financée par le ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, se décline à travers toutes les provinces, sous forme d’ateliers. L’objectif est de détecter les compétences des participantes, de les former et de leur donner les connaissances nécessaires à la création d’entreprise. S’il reste du chemin à parcourir, 40% des entrepreneurs canadiens sont des femmes ce qui constitue une première réussite et récompense la qualité de l’accompagnement offert.

Dès lors, pratiquer une politique inclusive en offrant aux femmes toutes les clés pour réussir leur projet s’avère à la fois une question éthique, mais aussi un véritable enjeu économique. Si l’on reprend l’exemple canadien, un rapport du cabinet McKinsey le notait en 2017 : en accroissant la participation des femmes à l’économie, le pays pourrait renforcer sa richesse nationale de l’ordre de 6 % à l’horizon 2026. Il s’agit également d’un enjeu en matière de recrutement des jeunes talents : 85% des américaines de la génération Y indiquent que la démarche d’inclusion et d’égalité constitue un critère essentiel dans leur choix de rejoindre telle ou telle structure.


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