Par Bernard Cohen-Hadad

Si un rattrapage des tarifs du passe Navigo apparaît inévitable, le Président du think tank Etienne Marcel estime que la hausse doit être contenue, concomitante d’une amélioration du service rendu et accompagnée d’un geste de l’Etat.

Dans la crise énergétique, toutes les entreprises sont logées à la même enseigne. Toutes ? Enfin, presque, car les entreprises publiques et parapubliques peuvent continuer leur activité plus que d’autres à l’ombre de la dette.

C’est le cas du syndicat Île-de-France Mobilités qui cherche 450 millions d’euros pour boucler son budget 2023. Les coûts d’exploitation de 11 milliards d’euros de l’autorité organisatrice de la mobilité pour la région Île-de-France ont en effet augmenté de plus de 950 millions d’euros. Si certains de ses bailleurs de fonds ont pu faire des superprofits ces dernières années, l’augmentation du passe Navigo qui se profile va mettre à contribution les particuliers et les entreprises d’Île-de-France sans même leur demander leur avis…

Une hausse inévitable à contenir

Le prix du passe Navigo est aujourd’hui de 75,20 € mensuel et n’a pratiquement pas varié depuis 5 années. Pour quels motifs, économiques, politiques, sociaux, ce tarif n’a-t-il pas été augmenté, même de manière symbolique ? Comment la gouvernance d’Ile-de-France Mobilités a-t-elle pu continuer ainsi en accumulant une dette abyssale ? Que chacun des grands élus siégeant au conseil d’administration balaie donc devant sa porte.

Face à l’inflation des prix de l’énergie et des matières premières, qui s’ajoute aux prolongements coûteux de certaines lignes et à la baisse de fréquentation des transports en commun, la hausse du prix du passe Navigo apparaît indispensable pour la continuation de l’activité. Pour simplement couvrir la dette en cours et retrouver l’équilibre, l’augmentation devrait être de 15 €, soit un montant de 90,20 €.

Pour les particuliers et les entreprises, une telle augmentation ne serait ni supportable ni acceptable. En tout état de cause, « l’effet ciseaux » d’un rapport qualité / prix qui se dégraderait encore davantage serait rédhibitoire ! Toute hausse des tarifs devra nécessairement être accompagnée d’une amélioration significative et rapide de la qualité et de la quantité du service rendu aux usagers du quotidien. Il en va aussi de l’accueil digne des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024.

Améliorer la qualité et la quantité du service

Après un énième « jeudi noir » de grève dans les transports franciliens, quelle entreprise privée peut encore accepter de contribuer au financement d’un service aussi dysfonctionnel ? Il suffit d’être un utilisateur régulier pour constater la dégradation de la qualité de transports en commun de plus en plus irréguliers, saturés aux heures de pointe mais vides aux heures creuses, vétustes, pollués…

Si l’on veut réellement redynamiser les transports en commun en Île-de-France, il faut fournir un meilleur service et une meilleure information aux Franciliens comme aux entreprises. L’indispensable amélioration qualitative et quantitative du service rendu en termes de fiabilité, de fréquence et de sécurité de toutes les installations passe aussi et enfin par l’application et le respect d’un service minimum dans les transports de 50 % du trafic, de jour comme de nuit, en semaine comme le week-end. Qui aurait envie de financer une entreprise aux mouvements sociaux programmés et permanents qui, par nihilisme, accroît les charges de la communauté, encourage la défiance des Franciliens sur ce qui pourrait être le fleuron de notre mobilité collective et ne font que retarder la mise en place de politiques de mobilités plus durables, responsables et accessibles à tous ?

L’État doit faire un geste

Les transports en commun sont un service de première nécessité en Île-de-France, pour toutes les différentes parties prenantes que sont l’État, les collectivités locales, les opérateurs RATP et SNCF, les entreprises, les associations, les usagers… L’État doit émettre un “signal-prix” environnemental au moment où il prépare à une “double crise énergétique”, à la fois conjoncturelle avec le risque de pénurie et structurelle avec le dérèglement climatique, et annonce “la fin de l’abondance énergétique”.

Un certain nombre d’élus de toutes tendance ont appelé l’Etat à faire un effort de solidarité budgétaire en baissant la TVA perçue au taux réduit de 5,5%, ce qui permettrait de récupérer 150 millions d’euros. Après avoir longtemps joué le jeu du « quoi qu’il en coûte », l’Etat doit aussi montrer l’exemple en matière de sobriété budgétaire. Réduire ses recettes en Ile-de-France le convaincra peut-être d’amorcer la réduction de ses dépenses publiques et d’encourager la mise en place d’un cycle vertueux des organismes publics qui gèrent nos mobilités.

Bernard COHEN-HADAD

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