Après avoir cofondé Ametix (racheté en 2018 par La Poste), Vincent Klingbeil continue de faire bouger le secteur de la transformation digitale avec European Digital Group. Son objectif : concurrencer Big Five (Publicis, Havas, Dentsu, WPP, Omnicom). Entretien.

Quel a été votre parcours avant de cofonder EDG ?

Vincent Klingbeil : J’ai fait du droit à Assas, puis étudié à l’école de commerce nantaise Audencia. Je suis ensuite allé aux USA à l’Ohio State University avant de passer mon barreau et de travailler au sein d’un cabinet américain, mais cela ne m’a pas plu. Mieux vaut arrêter tout de suite plutôt que de s’en rendre compte trop tard. On m’a pris pour un fou, mais en 2009, j’ai commencé à lancer des startups jusqu’à la création d’Amétix, une société de conseil en transformation digitale. Lors de sa reprise par Docaposte, je suis resté « postier » pendant deux ans, j’ai adoré cette expérience. Puis, j’ai revu Montefiore Investment qui avait fait une offre sur Amétix à l’époque, avec qui j’étais resté en contact, et voilà, nous avons créé EDG.

EDG est-elle la suite logique d’Amétix ?

V.K. : Effectivement, en discutant avec Montefiore, nous savions qu’il y avait un marché à consolider et une place à prendre pour un nouvel acteur dans le multiservices. J’avoue bien volontiers m’être aussi inspiré de Martin Sorell qui a développé sa société, WPP, sur un modèle qui a explosé en Grande-Bretagne. Idem avec You and Mr Jones (aujourd’hui Brandtech) de David Jones. C’est bon signe si nous sommes plusieurs, sinon c’est que l’on s’est trompé.

Comment définir votre concept qui n’est ni un fonds, ni une holding corporate ? Un club d’entrepreneurs peut-être ?

V.K. : Notre groupe est en effet un club d’entrepreneurs, uniquement des ultra-spécialistes experts dans chacun des domaines où nous devons exceller. Nous procédons à des rachats, chaque société étant dédiée à une problématique spécifique. Globalement, il existe deux types d’acquisitions, soit une entreprise rachète des experts dans leur domaine, soit les boîtes de ses concurrents afin de devenir leader. Chez nous, il ne peut pas y avoir de concurrent direct dans le groupe sans fusion. Les premiers pas ont demandé beaucoup d’énergie, il a fallu rencontrer des milliers de sociétés, et les convaincre.

Aujourd’hui, les choses sont plus faciles, car le projet attire énormément. Nous proposons un montage intéressant : EDG prend une participation majoritaire dans les 60%, dont une partie est réinvestie dans la holding. L’entrepreneur reste entrepreneur et les 40% qui lui restent vont rapporter bien plus que les 100% qu’il avait. Tout le monde est actionnaire de tout le monde et a intérêt à envoyer du business aux autres, car tous ont des intérêts communs.

Que dire de votre actionnaire, Montefiore Investment ?

V.K. : Montefiore gère 2,5 milliards d’euros et fait partie du top 10 du classement Preqin, une référence qui met en avant les fonds les plus performants. Le fonds a d’abord choisi les PME de services, et a réussi à en transformer certaines en ETI. J’avance avec humilité, avec le trac, car c’est un gros challenge, mais nous avons de bonnes performances pour l’instant, et Montefiore Investment ne limite pas nos besoins de financement. EDG bénéficie d’un vrai soutien de leur part. L’entente est parfaite, et il y a de la bienveillance. Edwina Bassil, quant à elle, nous a rejoints en 2020, elle est une pro des fusions-acquisitions.

Vous investissez en France uniquement ?

V.K. : Oui, nous sommes sur des projets français, des entrepreneurs français mais dont certains ont des filiales à l’international, dans de nombreux pays. Ce sont des entreprises qui emploient de 50 à 400 personnes et réalisent de 1 à 50 millions de chiffre d’affaires.

Comment fait-on travailler ensemble des entrepreneurs aux personnalités différentes et affirmées ?

V.K. : Je vois mon rôle comme celui d’un chef d’orchestre, qui accompagne la stratégie, les rachats de sociétés, et je suis présent également commercialement. Tout doit être bien coordonné afin que tout se passe parfaitement. Nous avons énormément de contacts entre nous, j’ai tous les fondateurs au téléphone tous les jours, un management meeting convivial chaque mois pour partager nos questions, et des 1 to 1 avec les directeurs commerciaux. Ils se réunissent aussi entre eux, avec partage d’outils, pour les relations publiques, sur les communautés des réseaux, sans oublier les formations croisées, l’opérationnel et le financier.

Les synergies se mettent aussi en place pour les appels d’offres communs ou les recrutements. L’équation que nous avons mise en place, est qu’à chaque niveau, chacun ait un intérêt commun pour que tout le monde réussisse, le collectif doit gagner le match, avec quasiment 100 actionnaires de la société. Et nous voulons être dans l’excellence opérationnelle : penser client, être orienté client.

Quelles sont vos ambitions à trois ou cinq ans ?

V.K. : Notre volonté est de concurrencer les Big Five (Publicis, Havas, Dentsu, WPP, Omnicom), nous sommes les trublions qui venons les challenger. Nous avons pour ambition d’être sur le terrain européen et d’enregistrer 6 à 8 acquisitions par an sur les secteurs que nous avons définis.

Vos chiffres clés ?

V.K. : Un chiffre d’affaires de 150 millions en 2021, un taux de rentabilité supérieur à 20%, 12 sociétés, 1500 salariés globalement. Nous avons enregistré une croissance organique l’an dernier de plus de 50% (avec un marché à +15%). Au niveau d’EDG uniquement, nous sommes une petite dizaine de personnes, sans compter l’accompagnement des techniciens de Montefiore Investment.

Propos recueillis par Anne Florin

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