Induit par le confinement et les mesures de précaution liés à la pandémie de Covid-19, le télétravail, qui ne devait être qu’une réponse à une situation exceptionnelle, s’est installé dans la durée. Parallèlement, de nouvelles transformations des modes de travail ont vu le jour. Un miroir sur les profondes évolutions sociétales qui se jouent.

Au cœur de la pandémie, en 2020, le télétravail a permis à près de 40% des sociétés de poursuivre leur activité pendant les confinements successifs selon l’Insee. Dans le même temps, nombreuses ont été les entreprises qui ont souhaité pérenniser ce nouveau mode de fonctionnement. La même année, le cabinet Gartner annonçait ainsi que 82% des DRH et dirigeants interrogés souhaitaient laisser la possibilité à leurs collaborateurs de travailler en partie à distance, même après la pandémie. 

Des changements d’organisation qui n’ont pas été sans effet sur les entreprises : « La pandémie a bouleversé l’organisation du travail et avec elle le rôle du manager », rappelle Laurence Breton-Kueny, Vice-Présidente de l’ANDRH et DRH du Groupe AFNOR. Et pour cause, télétravail et travail hybride n’ont pas été les seules innovations managériales depuis la crise sanitaire : « Nous revoyons notre modèle de management en donnant le pouvoir d’agir aux équipes opérationnelles pour simplifier le fonctionnement et le rendre plus efficace, en réduisant nos lignes hiérarchiques, en innovant au quotidien », atteste Véronique Lacour, Directeur Exécutif d’EDF en charge de la Transformation et de l’Efficacité Opérationnelle.

Changer les modes de travail pour répondre aux besoins des salariés 

Car les salariés expriment de plus en plus massivement la nécessité de retrouver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Pour cela, ces derniers appellent à plus de responsabilisation. Une requête entendue et comprise par la majorité des entreprises pour qui l’innovation managériale et le bien-être des collaborateurs sont devenus des priorités absolues. Un pari qui semble porter ses fruits : « Donner le pouvoir d’agir aux équipes et piloter l’activité par les résultats, ainsi que par les livrables, engage naturellement le collectif dans une démarche d’amélioration continue. Le fonctionnement devient plus responsabilisant et plus efficace » témoigne Véronique Lacour (EDF). Un constat partagé par Jean-Michel Menant, Directeur Transformation digitale collaborateur & Nouvelles façons de travailler chez Orange Consulting : «  Les salariés ont démontré que travailler à distance peut rimer avec performance. La maturité gagnée sur ces nouveaux modes de fonctionnement et les enseignements tirés par les entreprises sont des signaux forts ».

Face à un marché du travail en tension et un contexte de « quiet quitting » des plus prégnants -selon une étude du cabinet Gallup, seuls 6% des Français sont dévoués à leurs tâches chaque jour-, l’évolution des modes d’organisation est aussi pour les entreprises un moyen de se différencier et de renforcer leur attractivité. Un levier stratégique pour fidéliser les talents et en attirer de nouveaux. 

Une nouvelle organisation plus respectueuse de l’environnement

« Mais le futur du travail ne s’arrête pas là. Tout en prenant en considération les nouvelles attentes des collaborateurs, les DRH vont devoir se mobiliser pour accompagner les directions générales et mener de front les deux grandes transformations digitale et environnementale qui sont à l’agenda des dirigeants aujourd’hui », alerte Vinciane Beauchene, directrice associée au Boston Consulting Group (BCG). Les transformations des modes de travail et la réorganisation de ce dernier sont en réalité aussi l’occasion pour les entreprises de revoir à la baisse leurs dépenses énergétiques. En 2020, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) avait déjà constaté une diminution de 65% des déplacements entre le domicile et le travail et une diminution de 35% des distances parcourues. Une source d’économies énergétiques importante soulignée par l’agence : « Le télétravail offre donc un potentiel considérable de réduction de la mobilité avec des effets favorables sur la congestion et les émissions de gaz à effet de serre et polluants ».

La pérennisation de la transformation des modes de travail, tirée notamment par une digitalisation accrue, a permis aux entreprises d’agir sur le volet environnemental tout en répondant aux besoins des salariés : « Le volume des déplacements est loin de revenir à son niveau pré-crise sanitaire, car, avec l’arrivée massive des outils de visioconférence, la valeur ajoutée des voyages est devenue un sujet central dans des organisations soucieuses de réduire leurs coûts et l’empreinte carbone de leurs activités » relève l’Arseg (Association des directeurs de l’environnement de travail). Un afflux de leviers indispensables pour dessiner, dans une relative urgence, les contours du monde du travail de demain.

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