La « pet food » est un immense marché qui connaît une croissance régulière. Madeleine Morley et Paola Teulières ont décidé d’aller encore plus loin avec leur start-up Tomojo qui produit de la nourriture pour animaux à base d’insectes.

Tomojo annonce donc clairement son offre : « Des croquettes aux insectes pour chiens et chats, naturellement sans compromis ». Voici qui est dit. Il est vrai que l’on parle d’insectes dans l’alimentation des êtres vivants depuis déjà des années, du fait de la forte teneur en protéines de ces petites bêtes, un potentiel à ne pas négliger en ces temps où l’élevage, notamment intensif, est fortement remis en cause. Aujourd’hui, le phénomène provoque beaucoup de curiosité et la consommation frémit, poussée par la curiosité. Y penser pour les animaux de compagnie était donc presque naturel, puisque les propriétaires de chiens et chats sont à même d’être séduits par le côté nutritionnel de ces croquettes d’un nouveau genre. D’autant que l’offre est porteuse de nombreux avantages par rapport à sa concurrence classique.

L’une avait un chien, l’autre un chat

Cela commence comme une comptine, ce qui est en phase avec le fait que les deux jeunes femmes, Madeleine Morley et Paola Teulières, se sont connues dès l’enfance. Il y a six ans, elles étaient à Londres pour la fin de leurs études, toutes deux inscrites dans un Master de sciences de l’environnement. Inutile de préciser que leur sensibilité écologique était déjà bien établie, encore fallait-il trouver l’idée magique permettant de passer à la phase de la création d’entreprise. Le chien de l’histoire est celui de la famille Morley. Il se nomme Mojo, un Ridgeback rhodésien qui pèse 50 kilos, et mange sa bonne part de viande chaque jour. En le regardant avaler ses rations jour après jour, le constat s’est imposé. Est-il bien normal que sa maîtresse soit une flexitarienne assumée, soucieuse de la planète, et laisse son chien avaler des kilos de viande ?

Une idée toute trouvée

D’où l’idée en or de nos deux créatrices : Pourquoi ne pas participer à la réduction de la pollution en trouvant un substitut à la viande pour les animaux de compagnie ? Encore fallait-il creuser le concept, ce que Madeleine et Paola ont fait via une participation chez Ticket For Change et une année d’incubation passée à peaufiner leur projet. Après quelques recherches, c’est la protéine d’insectes qui s’est imposée comme la solution idéale.

Pas si simple cependant

L’alimentation animale est conçue avec autant de soin que l’alimentation humaine. Pour Tomojo, deux vétérinaires nutritionnistes et deux chercheurs d’Agro-ParisTech ont travaillé à la formulation des premières croquettes pour chiens en respectant les engagements de la marque : des produits sains, traçables et écologiques aux emballages biodégradables et sans plastique. Au cœur de la recette, la farine d’insectes coche toutes les cases. Ses protéines sont plus riches en acides animés que le poulet et plus faciles à digérer que le poisson.

Une R&D en plusieurs phases

Une fois les produits au point, la phase test a commencé. Les premières croquettes ont été réalisées en cuisine et testées sur les consommateurs : les chiens. Ceux-ci ont fait relativement peu de commentaires, mais ont clairement apprécié. La phase suivante a été celle de la sélection des matières premières, choisies avec soin. La farine d’insectes provient d’une ferme certifiée en Hollande sélectionnée pour la qualité des protéines et la garantie qu’elle offre en matière de traçabilité. Pour le reste de la formule, les ingrédients sont sourcés près de l’unité de fabrication située en France, en Mayenne.

Une première mondiale

2019, c’est la première croquette pour chats qui voit le jour, du jamais vu ! En 2020, la crise sanitaire n’a pas entamé la croissance, les propriétaires de chiens et chats se préoccupent toujours autant de leurs animaux favoris. L’an dernier, l’usine de Mayenne a fabriqué 60 tonnes de croquettes vendues en ligne, une belle progression par rapport aux trois premières tonnes de 2018.

Des projets à l’international

Nos deux jeunes fondatrices n’ont pas encore trente ans et des projets pleins la tête. Les ventes en ligne se portent bien, et le circuit de distribution a commencé à s’élargir avec les grandes surfaces spécialisées, comme Naturalia en région parisienne. L’international est déjà une option concrète, mais encore modeste, le mouvement est en voie d’accélération avec des tests vers l’Asie et l’Afrique du Sud. Des petits pas qui peuvent mener loin, car le marché mondial de l’alimentation animale pèse quand même plus de 90 milliards de dollars.

Des perspectives sérieuses

Cette année, on va encore entendre parler de Tomojo, car la startup va mener sa seconde levée de fonds afin de pouvoir finaliser la mise au point de nouveaux produits, sur des segments spécifiques, tels que les chiots et chatons et les chiens et chats seniors, dont les besoins diffèrent. Les deux associées ont à présent trouvé leur place dans l’entreprise, après ces premières années intenses. Paola Teulières est en charge du côté production et développement, Madeleine Morley se chargeant du marketing et de la communication. Le futur leur sourit puisque les deux créatrices ont été repérées et mises en avant parmi les « 8 femmes à suivre dans la French Tech » chez les moins de 30 ans par l’association StarHer en 2020.

V.D.

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