Le philosophe Tom Benoit, auteur de l’ouvrage « Aphorismes sur l’architecture » revient pour Entreprendre sur sa vision de l’urbanisme et s’en prend aux « incohérences induites par une navrante volonté de standardisation ».

Quel regard portez-vous sur les décisions prises aujourd’hui en matière d’urbanisme ?

Tom Benoit : D’une part, un profond agacement causé par l’instauration de mesures qui aseptisent le caractère identitaire de nos territoires.

La majorité des problématiques architecturales et urbanistiques que nous rencontrons aujourd’hui prennent en réalité leurs fondements dans des incohérences politiques. Des incohérences induites par une navrante volonté de standardisation glorifiée de nos jours.

D’autre part, il me semble nécessaire que nous admettions les métamorphoses d’affectations territoriales pour mieux penser le schéma urbain de demain.

Qu’entendez-vous par « les métamorphoses d’affectations territoriales » ?

Tout d’abord, l’on constate que l’opposition entre urbanité et ruralité s’est considérablement atténuée, et parfois même, s’est inversée. La ville abritait hier l’espace par excellence de la productivité. Aujourd’hui, c’est plutôt le consumérisme qui est l’apanage de la ville. Ce premier changement a contribué à modifier le panorama entrepreneurial urbain, dont la représentation est de nos jours bien plus divertissante qu’elle ne l’était auparavant. Ceci a conduit à un regain d’intérêt porté pour la ville de la part des aînés qui, précédemment, la fuyaient en vieillissant.

Ce qu’il faut noter également est que la nouvelle primauté de la ville est la concentration de l’industrie du numérique, qui représente indéniablement le corps structurel de chacune des entreprises modernes.

Avec votre activité de consultant en architecture, de quelle façon souhaitez-vous faire évoluer la situation ?

Mon objectif est de faire envisager l’urbanisme comme une ambition, et non comme une alternative.

Les prestations que je propose aux agences d’architecture ont pour vocation de définir avec le plus d’exactitude la dimension sociologique de l’environnement au sein duquel un projet va devoir être intégré.

Je ne pense pas que l’architecture doive s’adapter à une population ! En revanche, il me semble qu’elle doit s’adapter au tempérament d’une territorialité, qui nécessairement, s’est forgé au fil du temps par la sédimentation des caractères de celles et ceux qui ont habité un lieu.

Aussi, mon approche est toujours bien plus sociologique que sociale. Penser l’urbanisme d’un point de vue social conduit vers la conception d’un panorama urbain précaire et fragile, qui ne sera pas entretenu et qui se dégradera rapidement. Alors qu’en amorçant avec une réflexion à caractère sociologique, la considération vouée à la mémoire des lieux dirige sûrement vers la durabilité.

Par essence, l’architecture est structurelle ! Sa conception ne doit pas être réduite à un mimétisme préliminaire, dont le sujet pris pour exemple serait une population définie par des codes identitaires théoriques. C’est aux citoyennes et aux citoyens de magnifier, par l’usage, la nature d’un cloître architectural. Parce que, selon moi, l’une des premières dispositions de l’architecture est qu’elle soit en mesure de soigner une population.

Qu’entendez-vous par là ?

Que l’architecture, avant de conduire vers une inéluctable transformation des territoires, commence par le ménagement des espaces. Donc, par une attention portée sur les femmes et les hommes qui habitent ces espaces. Mais c’est l’altérité qui est propice au soin, pas l’égalité !

L’on pourrait prendre ici l’exemple des logements sociaux. Afin d’élever vertueusement une population, le caractère urbanistique des logements sociaux ne doit en rien représenter une dimension sociale. Il me semble que l’architecture doit toujours disposer d’une relative supériorité, sur les populations ainsi que sur les pouvoirs politiques de chaque époque.

Justement, à quoi répond la définition du logement social ?

La première affectation de l’habitat social contemporain ne peut plus être de loger des personnes en situation de précarité. Dans une France au sein de laquelle, selon les dernières données communiquées, plus de 65% de la population est éligible au logement social, il est évident que celui-ci impacte considérablement l’aspect global de notre territorialité. Par conséquent, il est nécessaire qu’il soit pensé en omettant entièrement la dimension sociale. Il s’agit d’un logement qui, à l’instar de chaque habitat, doit être le siège de toute sorte d’ambition existentielle.

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