Thierry Le Guénic, nouvel empereur de la mode

Qui est ce repreneur patenté ? Ancien Directeur Général de Francesco Smalto, Thierry Le Guénic, financier aux dents longues, est en train de constituer un empire de la mode. Cela passe par le redressement de Paule Ka.

Pour les adeptes de cette marque, Paule Ka est synonyme de robe parfaite, élégante, à la coupe exigeante, mais les clientes fidèles se sont un peu perdues au fil des années et de l’évolution de l’entreprise. Thierry le Guénic a décidé de reprendre la marque pour relancer cette histoire d’amour de la mode.

Un créateur derrière la marque

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le nom et la marque Paule Ka n’ont pas été créés par une femme, mais par un homme, Serge Cajfinger. Au départ, Paule Ka désignait un magasin familial situé à Lille, créé en 1974, qui distribuait de grandes marques de mode. Le jeune Serge part ensuite au Brésil et décide en revenant de créer sa propre griffe en reprenant le nom. Nous sommes en 1987 et la marque trouve rapidement son identité grâce à son créateur qui veut attirer une femme indépendante, « qui achète pour porter ». A l’époque, il utilise assez fréquemment le blanc et le noir, sans oublier les nœuds, petits et grands, même si l’influence brésilienne le pousse aussi à utiliser quelques couleurs chatoyantes.

La fameuse robe trapèze sera rapidement adoptée par les Françaises et les autres, la marque fait alors partie d’un sérail qui met en avant le fameux « chic intemporel » de la mode française qui rayonne sur le monde. Quand des robes Paule Ka sont portées par des icônes telles que Jackie Kennedy, Audrey Hepburn ou Grace Kelly, tout est dit.

Des années compliquées

Depuis dix ans, l’entreprise a subi bien des bouleversements. En 2011, un fonds américain reprend l’affaire, et en 2014, « Monsieur Paule Ka », Serge Cajfinger, quitte ses fonctions de président et directeur artistique. Commence alors une période cahotique. L’entreprise est ensuite rachetée en 2017 par la Compagnie Marco Polo (Eric Bompard, Bonton…), puis est à nouveau cédée, cette fois à Matthias Toma, homme d’affaires allemand qui s’engage à investir pour finalement y renoncer, plaçant ainsi rapidement l’affaire en redressement judiciaire. C’est ainsi que Thierry Le Guénic arrive sur le devant de la scène.

Une première phase en duo

Le nom de Thierry Le Guénic est souvent associé à celui de Stéphane Collaert. En effet, le duo a beaucoup fait parler de lui sur la planète prêt-à-porter et chaussures depuis 2017, reprenant coup sur coup diverses affaires : Chevignon, CosmoParis, San Marina, toutes trois de l’ancien groupe Vivarte, puis Maison Lejaby ainsi que les maillots de bain Rasurel. Il faut dire que les deux cinquantenaires ont beaucoup de points communs, tous deux diplômés en finances de l’université Paris Dauphine, ils ont commencé leur carrière l’un au cabinet d’audit et de conseil Deloitte, l’autre chez Arthur Andersen.

Ils méritent aujourd’hui leur qualificatif de serial repreneurs. Leurs expériences respectives les ont menés à se construire une spécialité du redressement d’entreprises et retournement de marques. Il y a quelques années, les deux hommes s’aperçoivent qu’ils sont en quête de dossiers de reprise dans le même domaine et décident d’unir leurs forces « nous avions envie de faire des choses pour nous et les faire à notre manière ». C’est ainsi que les rachats vont se succéder, toujours en associant un autre investisseur dans l’aventure.

Une seconde phase en solo

Cette aventure à deux n’a pas duré. En effet, depuis deux ans, les deux businessmen poursuivent leur démarche, mais chacun de leur côté. Thierry Le Guénic a de nouveau fait la Une, seul cette fois-ci, en reprenant Habitat, l’enseigne de mobilier, 31 magasins, 100 millions de chiffre d’affaires, mais en recherche de rentabilité, ainsi que dans la foulée, une marque bien connue, Burton of London et ses 125 magasins français. Avec Paule Ka, 56 magasins et 40 millions de chiffre, il met à nouveau en émoi le petit monde de la mode. D’autant que l’offre concurrente de reprise était entre autres soutenue par son associé, Stéphane Collaert. Ce dernier vient par ailleurs de reprendre Minelli avec Laurent Portella, les deux hommes étant déjà associés chez San Marina, deux enseignes qui peuvent dégager des synergies évidentes.

Pro de la mode et investisseur

Thierry Le Guénic connaît bien le monde dans lequel il évolue. Il a longtemps travaillé dans le secteur de la finance et du tourisme, mais sa carrière prend un virage décisif en 2007 lorsqu’il rejoint la maison italienne Smalto à la direction générale. La marque connaît des difficultés, on lui demande donc de la remettre sur les rails, ce qu’il fera pendant sept ans. En 2014, changement de maison, le dirigeant intègre la maison Vanessa Bruno pendant deux ans. Grâce à son expérience Smalto, l’homme d’affaires a su se familiariser avec un parcours bien connu dans les entreprises de mode : les maisons créées et dirigées par leur fondateur pendant des dizaines d’années traversent généralement à leur départ des moments difficiles, d’une durée variable.

Une transition vers le renouveau

Cette période de flottement est une transition qui peut mener à la faillite ou au renouveau. Remettre ces marques sur le chemin de la rentabilité sans perdre leur ADN est très complexe. Avec Paule Ka, Thierry Le Guénic est totalement dans ce type de schéma. L’investisseur a déjà évoqué ce sujet : « Lors de la vente de Smalto en 2002, le maître est parti. La transition s’est faite au sens brut, il fallait repartir de zéro… et l’opération est achevée lorsque l’entreprise s’autofinance avec un cap clair pour l’avenir ». Après avoir évolué pendant des années dans ce milieu au service de marques appartenant à d’autres, Thierry Le Guénic a bien l’intention d’utiliser son expertise, mais en tant que propriétaire et actionnaire.

Une stratégie claire

La stratégie est claire, il s’agit bien évidemment de créer un nouveau groupe dans le secteur en procédant à des rachats ciblés. Les acquisitions portent en effet sur des marques connues sur le territoire français, voire au-delà, dont la renommée est faite, disposant d’une véritable identité. L’homme ne parle pas de ses projets, préférant garder une certaine discrétion et faire parler les marques. Pour en savoir plus, on peut cependant s’appuyer sur ce qu’a fait Thierry Le Guénic chez Smalto, mais aussi ce qu’il a déclaré à propos de la nouvelle stratégie adoptée pour Lejaby et Rasurel qui s’appuie sur trois piliers : créativité, technicité des produits, et RSE. La communication est aussi un élément prioritaire afin de mettre en avant cette renaissance afin de séduire de nouvelles générations. Il est encore un peu tôt pour savoir ce qu’il va advenir de Paule Ka, et quel va être le mode de relance adopté par Thierry Le Guénic, mais un fait est certain, l’entrepreneur ne s’arrêtera pas là.

A.F.

1 COMMENTAIRE

  1. un bernard tapie BIS.
    Ma société travaille pour une des boites qu’il a repris.
    Il ne paie pas les factures…
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