Ex-animateur d’Intervilles et de La Carte au Trésor, Olivier Chiabodo lance The Explorers, première plateforme de découverte des merveilles de la planète. Un véritable carton : plus de 15 millions de téléchargements pour un média global collaboratif disponible en 17 langues et dans 170 pays.

Pourquoi avoir lancé « The Explorers, l’inventaire de la Terre » ?

Olivier Chiabodo : J’ai eu la chance de faire des études de médecine avant de m’orienter sur les médias. Je suis amoureux de notre planète composée à 70% d’eau, 30% de solides à l’instar de l’homme et je veux lui faire un check up. Mon ambition est de réaliser un inventaire pour créer l’arche digitale de l’ensemble des richesses naturelles est culturelles de la planète.

Sans oublier l’humain, car les us et coutumes sont intimement liés à la culture. Pour y parvenir, il fallait une marque forte, protégée et comprise par tous, comme The Explorers. Mais aussi des choix radicaux. En 2014, on ne parlait même pas de 4K, or nous avons choisi de filmer en 8k, car il s’agis-sait de la technologie la meilleure. Et tout ce qui existe en film est décliné en photo et en dessin.

Nos équipes vont à la rencontre des populations locales, qui nous racontent leur environnement, leur culture. Nous proposons des films documentaires de 52 minutes, en voix off et en 17 langues, qui sont parfois filmés uniquement dans les airs, en terrestre, ou en sous-marin en fonction des territoires. Nous développons également des modules courts de 26 minutes, 4 minutes, par exemple sur les Cuisines du Monde, avec des plats emblématiques liés à l’agriculture, la pêche locale…

Qu’en est-il des droits ?

Nous sommes propriétaires de tous les droits, y compris pour la musique grâce à des investissements privés 100% français. L’ensemble des contenus nous appartient.

Et votre application ?

L’idée s’est imposée au fur et à mesure de l’évolution de la distribution avec Netflix, les plateformes digitales sur abonnement, Amazon, Apple… et la volonté des personnes de consommer les contenus n’importe quand et n’importe où. J’ai donc pensé que pour pouvoir passer le message de la connaissance et de la protection de notre planète, sans publicité, il fallait développer notre propre plateforme.

Nous avons lancé notre application le 7 novembre 2019. Il s’agit d’un développement 100% français sur les 4 supports (télé, ordinateur, tablette, smartphone) et dans tous les systèmes d’exploitation existants. Nous étions les seuls au monde à disposer de 8K sur notre application ce qui a même attiré l’attention de la Chine. Notre plateforme émet donc en chinois sur différentes plateformes, Tencent, Huawei, etc. Ce choix du 8k nous a également ouvert des partenariats. Le premier avec Samsung, la première marque à avoir lancé des écrans 8K et intégré notre application dans son offre.

Où en êtes-vous des téléchargements ?

Nous en sommes à 15 millions dans le monde, hors Chine (20 millions là-bas), particulièrement en Europe, aux USA et en Amérique du Sud. Nous avons aujourd’hui un gros projet avec le développement en langue arabe. Aux États-Unis, notre percée a aussi été la conséquence de la reconnaissance d’Apple qui nous a élus « App TV de l’année » en 2019, puis la plateforme Explorers a été choisie comme « Application de l’année 2021 » catégorie nature.

Ils nous ont également choisis comme application du jour le 22 avril, la Journée de la Terre. À présent, nous avons des accords avec tous les grands fabricants qui nous préembarquent en 8K, 4K et HD. Il ne faudrait pas oublier non plus notre partenariat avec l’Unesco qui diffuse l’ensemble des contenus sur leurs plateformes. Du côté amont, le groupe Kering nous verse une somme annuelle pour poursuivre notre travail sur l’héritage mondial.

Leurs 40 000 collaborateurs à travers le monde sont parfois envoyés sur le terrain. Nous travaillons le groupe Kering sur la compensation carbone de nos tournages, car nous partageons avec eux des valeurs et des stratégies.

Vous ne vous êtes pas lancé seul ?

J’ai eu la chance de rencontrer Jean-Pierre Morel lors de mon retour chez TF1 en 2004. À son départ en retraite, nous nous sommes associés pour fonder The Explorers, c’est lui a participé, géré le financement à mes côtés, en association avec le troisième associé, Jean-Hugues Noël, notre CPO (Chief Product Officer).

Au total, 15 millions d’euros ont été injectés, nous sommes capitalisés à hauteur de 10 millions et notre bilan 2021 a per-mis un petit bénéfice de 100 000 euros. Nous commençons à voir que notre modèle est positif, même s’il est encore difficile de parler de rentabilité. Notre chiffre d’affaires est passé de zéro à 10 millions, et nous avons déjà engrangé 23 millions de CA pour l’an prochain, en espérant faire encore mieux.

Vous avez toujours été un défenseur de la planète…

J’ai commencé à parler d’environnement il y a trente ans, ce qui était vraiment ringard. Quand je suis rentré chez TF1, j’avais proposé un concept du style de Koh Lanta sans le côté téléréalité qui n’existait pas, je voulais déjà faire un inventaire de la terre, mais il n’y avait pas encore les ressources d’internet.

À l’époque, l’environnement cassait les pieds à tout le monde, mais j’ai quand même tenu bon, et ensuite, avec la cinquième chaine, j’ai fait 40 documentaires qui s’appelaient « Les Cahiers de Noé ».

Votre modèle est également communautaire ?

Oui, l’accès est gratuit pour le basique, soit environ 30 minutes par destination, pour le reste il faut s’acquitter de 2,99€ mensuels. Mais tout le monde peut devenir un « explorer » en ouvrant un compte gratuit et partager ses photos sur les endroits concernant le patrimoine. La communauté peut également dialoguer et accéder à notre catalogue de films premium. L’ensemble est bien entendu modéré par nos trois équipes de modérateurs.

10% des abonnements reviennent à l’Explorers Foundation ?

Aller filmer sur le terrain c’est formidable, mais agir est encore mieux. 10% du CA BtoC est reversé à cette fondation sans but lucratif. Les soutiens que nous apportons vont de 5 000 à 30-40 000 euros. Par exemple, la sauvegarde de haras en Amérique centrale avec Philips pour 15 000 euros ou la ré-introduction des tortues après les incendies du massif des Maures.

Vous voulez beaucoup miser sur l’Afrique…

Nous allons mettre le paquet sur le continent africain sur les cinq pro-chaines années en y consacrant 50%de nos investissements de production. C’est important et essentiel. Lors de la présidence française de l’UE, le président Macron et le président de l’Union africaine et du Sénégal ont acté en février qu’une société française soit en charge de cet inventaire. The Explorers vont commencer par le Sénégal avec des actions parallèles de soutien médical notamment.

L’autre actualité est que pour ne pas nous faire croquer par un Gafam comme National Geographic, nous allons procéder à une nouvelle levée de fonds. Nous devons rester français, c’est important pour notre rayonnement. Nous avons déjà remporté quelques victoires, mais nous sommes obligés de solliciter des fonds, avec la volonté de garder la majorité des actions en France. Le Président Macron que je ne connais-sais pas nous avait découverts dans le pavillon français de Dubaï. Ensuite, il nous fait inviter au sommet « Choose France » avec les plus gros investisseurs du monde, une belle opportunité pour nous.

Cela nous a bien aidés. Notre ambition est grande, en 2030, nous voulons avoir les 193 pays de l’ONU sur notre plateforme (45 aujourd’hui), pour cela il nous faudra lever 150 millions au total en plusieurs étapes. Alors, devenir le Netflix de la planète, pourquoi pas ?

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