Sport et handicap : le parcours hors-norme de Ryadh Sallem

Ryadh Sallem ©DR

Pour ceux qui ne connaissent pas Ryadh Sallem, petit rappel : en plus de ses 6 participations aux Jeux Paralympiques, il a été 15 fois champion de France et d’Europe de natation (avec un titre de record du monde), triple champion d’Europe de basket-fauteuil, plusieurs fois champions de France et d’Europe en rugby-fauteuil. Plus qu’un palmarès, l’ADN d’un homme qui a fait de sa passion sa raison d’être, le moteur d’un parcours unique et inspirant. Pour Ryadh Sallem, devenu aujourd’hui un porte-parole de l’inclusion, la norme, c’est la différence. Rencontre avec cet homme de talent(s) !

Vous êtes handicapé de naissance. Un handicap causé par la prise de Thalidomide par votre mère alors enceinte. Dans quel contexte vos parents vous ont envoyé à l’âge de deux ans en France ?

Ryadh Sallem : Je suis né à Monastir en Tunisie et c’est sur les conseils de mon grand-père, ancien combattant français, que ma famille vient en France pour me faire soigner. J’arrive à 2 ans et serai interne dans plusieurs hôpitaux et centres de rééducation. J’ai été opéré à de multiples reprises, j’y ai grandi aussi puisque j’y suis resté une vingtaine d’années !

Comment êtes-vous tombé dans le sport ?

Vous savez, dans un centre de rééducation, à cette époque, il n’y avait ni télévision ni internet. Avec la culture, le sport a été une activité salvatrice pour canaliser mon énergie. Cela me permettait aussi de m’évader, de sortir du centre de rééducation, de voir autre chose, d’autres personnes. J’ai d’abord pratiqué la natation avant de m’adonner au basket. On regardait tous les exploits de la NBA, de joueurs comme Michael Jordan ou Magic Johnson.

Était-ce aussi un défi ?

Non, pas un défi ! Le basket, c’était ma passion avant tout ! En clair, ça me faisait vibrer. Mais les gens me disaient tout simplement que le basket n’était pas possible pour moi. Je crois que personne ne voulait me mettre en situation d’échec. Ajoutons le coût d’un fauteuil pour la pratique qui est horriblement cher. Mais moi, j’avais envie de dunker en fauteuil ! C’est en allant voir un spectacle de jongleurs au Cirque d’Hiver que je me suis dit que je pouvais essayer de jongler moi aussi avec un ballon ! J’ai alors rejoint le club du Cercle Sportif des Invalides. C’est là qu’on me donne ma chance en 1987

Vous avez été triple champion d’Europe de basket-fauteuil et participé six fois aux Jeux Paralympiques. Qu’est-ce que cela représente pour vous et rêvez-vous encore de titres maintenant que vous vous êtes mis au rugby fauteuil ?

J’ai passé 18 ans de ma vie en équipe de France : la passion est parfois plus forte que la raison ! Ces titres, en tout cas, sont le résultat d’un travail d’équipe, d’un collectif. Aujourd’hui, j’ai rejoint les Bleus en rugby fauteuil, ce qui m’a permis de disputer en octobre dernier les championnats du monde au Danemark. Auréolés d’un premier titre de champions d’Europe en février dernier, nous avions l’ambition de décrocher une première médaille à ce niveau-là.

Mais après un parcours sans faute en phase de poules, on s’est incliné face aux Danemark. Ce très beau moment n’a en rien entamé de notre énergie, notre soif d’aller plus loin et plus haut ! A venir la coupe du monde, en 2023, puis les Jeux Paralympiques de Paris en 2024 et là, on vise le podium et l’or !

Quel message avez-vous justement envie de donner à un jeune en situation de handicap ?

Le sport m’a sauvé et permis d’être en paix avec moi-même. Il est important, quel que soit son handicap, de prendre du plaisir dans une passion, un art ou un sport. Se dépasser, être en mouvement, trouver ce qui nous fait vibrer, voilà l’essentiel pour s’épanouir. Pour moi, le déclic a été le sport. Au final, ce qui rassemble les femmes et les hommes, c’est la guerre et la fête. Le sport en fait la synthèse ! Je cultive l’adage de Nelson Mandela : « je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends ».


En 1995, un collectif de personnes handicapées ou pas issues du monde du sport fonde l’association CAPSAAA (Sport, Art, Aventure, Amitié) pour donner corps à leur vision pionnière d’une société inclusive. Aujourd’hui, l’association, ses adhérents et ses partenaires communiquent une vision énergique et positive du handicap avec un slogan fédérateur : le droit à la différence contre l’indifférence. Ryadh Sallem, co-fondateur de CAPSAAA revient avec nous sur cette belle aventure éco-solidaire.

Quels sont les principaux objectifs de votre association ?

Sensibiliser les « personnes ordinaires » et promouvoir une vision positive du handicap. D’ailleurs, le CAP de CAPSAAA fait écho à la notion de capacité mais aussi de défi. Le sport est un formidable outil pédagogique pour faire évoluer les regards sur le monde du handicap, et par là-même, sur la vie.

Un jour la directrice d’une école m’a contacté car l’un de ses élèves handicapés était persuadé qu’après l’école, il allait mourir. En fait, cet enfant n’avait jamais vu d’adultes handicapés. Il était donc dans l’incapacité totale de se projeter. Cela m’a fait comprendre à quel point il était vital de sensibiliser au handicap dès le plus jeune âge. Avec CAPSAAA, nous intervenons ainsi dans les établissements scolaires. Notre objectif est d’alerter sur les comportements à risque qui peuvent provoquer un handicap. Nos actions de sensibilisation ont lieu aussi au sein des entreprises, des grandes écoles, des hôpitaux et centres de rééducation. Outre la sensibilisation, le sport, la culture, la citoyenneté et la solidarité sont aussi au cœur de notre projet ».

Quels sont les grands axes de vos programmes Educap City et Cap Entreprises ?

Educap City intervient sur deux volets, la sensibilisation dans les écoles et le rallye citoyen, un parcours d’orientation au cours duquel les enfants partent à la découverte des acteurs institutionnels, associatifs, économiques de la ville où ils grandissent et se construisent. Actuellement, 90 villes sont partenaires des deux dispositifs.
Cap Entreprises vise à accompagner les entre-prises sur la question du handicap, à mieux s’approprier la thématique pour en faire une valeur ajoutée en interne. Le talent n’a pas de handicap ! Et c’est ce que comprennent de plus en plus d’entreprises, dont certaines en ont même fait le socle de leur culture ».

Quelles sont vos ambitions pour CAPSAAA ?

Il faut repenser l’accessibilité. Aujourd’hui, les normes représentent une contrainte, un coût non négligeable, si bien que certaines organisations ne peuvent avancer sur le sujet. Je milite en faveur d’une accessibilité à plusieurs niveaux, qui permettrait à des entre-prises de démarrer des travaux et amorcer une première solution d’accessibilité. Cela nécessite un accompagnement des associations dans la mise en œuvre de ces normes (conseils ergonomiques, positionnement de certains objets, applications utiles…).

Nous mettons cela en place dans le projet de la « Cité Universelle » qui verra bientôt le jour à Paris, dans le 19ème arrondissement. Nous avons aussi à cœur de promouvoir les artistes handicapés et de développer les événements sportifs ou culturels comme les Défis de civilisations ou la prochaine Woman’s Cup de rugby fauteuil en mars 2023. Je suis aussi vice-président d’Eklore, dont la mission est d’inspirer et de rassembler celles et ceux qui veulent donner un sens au travail.

Plus d’infos
www.capsaaa.net
www.eklore.fr
www.defisdecivilisation.com

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