Edouard Bliek (Stedy)  « Les entreprises intègrent pleinement la sobriété numérique dans le cadre de leurs engagements socio-environnementaux »

Entretien avec Edouard Bliek, Directeur des Opérations de Stedy, cabinet de conseil en technologies et services numériques.

Après les confinements et le télétravail généralisé, les Français souhaitent-ils se couper du monde connecté ?

Edouard Bliek : La question est double, car elle intègre la notion de coupure numérique professionnelle, mais aussi personnelle. De notre point de vue chez Stedy, il y a aujourd’hui un réel changement de mode de fonctionnement, très certainement initié par ces journées à rallonge, jalonnées de réunions Teams, Zoom et autres, qui ont clairement modifié les plannings des salariés. Ces modes de fonctionnement ayant encore plus numérisé la relation, amènent une forme effectivement de saturation de la dose digitale reçue chaque jour.

Le besoin à domicile d’une coupure franche est donc clairement une réalité. Nous en avons la preuve avec l’intégration de plus en plus fréquente, de petits messages dans les signatures de mails annonçant par exemple : Si vous recevez ce courriel pendant vos temps non travaillés, il ne requiert ni prise de connaissance ni réponse immédiate de votre part.

Il faut ajouter à cela que la jeune génération exprime clairement une attente en termes de qualité de vie, qui n’intègre pas le ‘’toujours connecté’’ qui pouvait exister il y a quelques mois encore. Paradoxalement et c’est un autre sujet, mais la coupure numérique personnelle (réseaux sociaux et streaming vidéo entre autres) de cette même génération, n’existe pas là où chez leurs ainés, c’est beaucoup plus le cas.

« Sobriété numérique » : que comprendre de cette nouvelle tendance ?

Chez Stedy, nous analysons cette nouvelle tendance de sobriété numérique par une réflexion plus globale principalement liée à l’écho responsabilité. Il n’est de secret pour personne que le numérique est aujourd’hui un des trois principaux vecteurs de pollution sur terre.

Faire preuve de sobriété numérique c’est ainsi participer à cette action collective visant à réduire notre impact environnemental, qui est un sujet très présent en Europe. Une part de plus en plus importante (même si elle reste minimaliste à date) de la population cherche à se désolidariser de tous ces nouveaux doudous numériques ou services numériques qui pullulent.

Cela passe concrètement par une prise de conscience et de sensibilisation lors de l’achat de matériel numérique écoresponsable voire reconditionné, comme l’écoresponsabilité sur l’usage du produit dans son cycle de vie ainsi que des services numériques associés, jusqu’à la notion de recyclage de son l’appareil.

C’est un sujet qui était à l’origine plutôt mis en avant par une certaine frange de la population et à titre plutôt personnel.

On se rend compte aujourd’hui que les entreprises (de la PME au grand groupe) intègrent maintenant de plus en plus cette réflexion dans leurs politiques numériques.

Qui sont ces Français qui décident de couper avec le numérique ?

De notre point de vue, il n’y a pas de profil type, car selon que l’on parle de coupure numérique en lien avec une activité professionnelle ou bien personnelle, on va se retrouver sur des besoins et des comportements très différents d’une catégorie socio professionnelle à une autre et d’une génération à une autre.

Ce que l’on ressent en revanche, c’est que les comportements bougent en même temps que la société, c’est-à-dire à toute vitesse.

Il est très difficile de ce fait, pour les acteurs du numérique de s’adapter, car les modèles financiers sont du coup très friables car adaptables au changement permanent.

Les entreprises encouragent-elles cette démarche ?

Les entreprises intègrent pleinement dans le cadre de leurs engagements socio-environnementaux cette démarche de sobriété numérique, qui passe aussi par les usages du numériques et donc le droit à la coupure. C’est un sujet qui est vu comme ‘’un tout’’ maintenant, car il devient un critère prépondérant de séduction à l’embauche pour les jeunes générations.

Et quand on voit la pénurie de talents sur le marché en ce moment, c’est un sujet à ne pas prendre à la légère, les entreprises l’ont bien compris.

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