Dans le domaine de la santé, les initiatives sont nombreuses et les start-up s’attaquent à de lourds dossiers, tels que celui du pancréas artificiel, du remplacement de valve cardiaque ou encore de la réparation de tissus. Contrairement à d’autres secteurs, la santé requiert des moyens gigantesques pour une rentabilité assez aléatoire.

En effet, le schéma classique en biotech est que les start-ups sont créées une fois que la R&D a déjà produit ses premiers résultats, déjà déposé les premiers brevets, charge ensuite à la nouvelle société de mettre en place les phases suivantes, en particulier les essais cliniques. Ces derniers ont un calendrier quasi incompressible de plusieurs années, et sont effectués en France, et de plus en plus fréquemment à l’étranger en parallèle pour des raisons de coût. Le chemin est donc long avant d’arriver aux fameuses autorisations de mise en vente sur le marché, si tout se passe bien. Penser à 15-20 ans n’a rien d’extraordinaire dans le domaine. Ceci explique que l’on retrouve dans le classement des plus grosses levées de fonds françaises des entreprises du secteur de la santé. L’an dernier, il s’agissait de celle d’Alizé Pharma 3.

Les biotechs au cœur des solutions du futur

En France, 1500 entreprises innovantes travaillent dans le secteur de la santé, développant des solutions nouvelles. Plus de 400 traitements sont en phase d’essai clinique. Le président de France Biotech, Franck Mouthon, lui-même à la tête d’une entreprise innovante connaît son sujet. L’organisme a mené une étude avec le Boston Consulting Group il y a deux ans, lui permettant de mettre en avant que le secteur allait d’ici dix ans porter ses fruits pour plusieurs centaines de millions de malades dans le monde, sans oublier les créations d’emplois, évaluées à 200 000 en France.

Bpifrance, un acteur essentiel

Depuis deux ans, Bpifrance accompagne sur une durée de douze mois les start-ups de la santé via son accélérateur HealthTech, dirigé par Marion Cassiau. Cette structure a commencé par soutenir 7 start-ups pour la première année pilote. « Connecter les entreprises santé à leur écosystème » afin de favoriser leur croissance, voici un enjeu capital pour l’avenir. Pour y parvenir, Healthtech propose cinq services principaux : accès à du conseil et de l’expertise – notamment via le mentorat de grands groupes ; la première année, ce sont Cellectis et Genzyme France qui ont parrainé la promotion -, partage et retours d’expériences, mises en relation ciblées, formation à l’international et aide à la communication.


QUELQUES PÉPITES À SUIVRE

Yukin Thérapeutics pour une innovation de rupture

Cette jeune start-up s’est vue confier la licence exclusive de deux brevets par la SATT Sud-Est (Société d’Accélération du Transfert de Technologies) et le Canceropôle PACA portant sur un « arsenal thérapeutique » ciblant le cancer de la peau, ainsi que des cancers dits solides comme celui du pancréas. Ses recherches ont conduit à une immunothérapie qui a déjà été primée. Cependant, son usage restait assez limité car ne pouvait concerner que certains patients. De ce fait, les équipes niçoises des deux cofondateurs et conseillers scientifiques de la start-up, le Professeur Thierry Passeron et le Dr Rachid Benhida, mettent au point une nouvelle stratégie permettant d’améliorer l’efficacité des traitements de façon notable.

En termes simples, il s’agit de « réchauffer les tumeurs », ce qui les rend plus sensibles aux effets des traitements. Des premiers résultats positifs ont déjà été observés en laboratoire sur le mélanome, le cancer du côlon, du poumon, du sein, de la prostate et du pancréas. L’objectif est de passer aussi vite que possible en phase clinique. Pour ce faire, la SAS Yukin Therapeutics peut s’appuyer financièrement sur le fonds d’investissement santé Advent France Biotechnology.

Enyo Pharma veut en finir avec l’hépatite B

Cette maladie concerne plus de 350 millions de personnes dans le monde et la start-up Enyo Pharma développe un nouveau médicament, ainsi que des traitements pour d’autres maladies, aujourd’hui incurables. Leur approche est révolutionnaire : le but est que les traitements adoptent le même comportement que les virus. Ces derniers se nourrissent de l’énergie de la cellule infectée pour se multiplier, trompant de ce fait le système immunitaire. Il s’agit pour Enyo Pharma de créer des molécules « guérisseuses » qui se conduisent de façon identique. De l’art de la guerre !

Les différentes phases de test doivent à présent être respectées et financées avec un planning volontariste qui permettrait de valider le médicament contre l’hépatite B d’ici 3 à 4 ans. Pour cela, des levées de fonds d’environ 120 millions d’euros sont nécessaires avant même que l’entreprise n’enregistre aucun chiffre d’affaires. Ceci vient s’ajouter aux 62 millions levés depuis sa création en 2014. Si tout se passe bien, la petite start-up lyonnaise serait la première au monde à sortir sa thérapie, devant les très gros de la pharmacie, ce qui en dit long sur les atouts de ce type de structures souples et rapides.

Acticor Biotech

Cette jeune start-up parisienne créée en 2013 s’attaque à un autre des problèmes phare en termes de santé : l’accident vasculaire cérébral et en particulier, celui que l’on qualifie d’AVC ischémique aigu suite à l’obstruction d’une artère. Après avoir racheté une start-up brestoise, AVCCare, elle se trouve actuellement en phase de test clinique et annonce pouvoir présenter une solution d’ici mi-2021. En effet, grâce à son second tour de table de 22 millions, Acticor peut financer l’extension de son étude clinique phase II aux Etats-Unis ; étude déjà en cours dans six pays européens.

Genfit, Carmat & Valneva : le trio prestigieux

Certaines sont devenues de vraies poids-lourds du secteur, même si le chemin du succès reste périlleux. C’est le cas notamment de Genfit, créée à Lille en 1999, qui développe des thérapies pour les maladies hépatiques sans traitement homologué à ce jour, elle est déjà introduite en bourse et conduit des essais cliniques déjà bien avancés. Son portefeuille est composé de quelques 629 demandes de brevets dans 50 pays, dont 476 ont été accordés ou délivrés. Carmat est l’une des gloires du paysage médical français actuel, ses essais pour la création d’un cœur artificiel ont été largement diffusés dans les médias. L’an dernier, l’entreprise a effectué une nouvelle levée de 60 millions d’euros, au total les levées sont de 208 millions, afin de pouvoir apporter une solution aux patients souffrant d’insuffisance cardiaque terminale, soit environ 200 000 personnes par an.

Valneva est également introduite en bourse, elle se spécialise dans les vaccins spécialisés dans la prévention de maladies telles que la maladie de Lyme ou le chikungunya. L’ambition de la société lyonnaise est de devenir leader en ce domaine, elle est déjà installée en Amérique du Nord, ainsi que dans différents pays européens.


L’argent, le nerf de la guerre pour la médecine de demain

On peut le constater, les initiatives ne manquent pas, les talents non plus. France Biotech évaluait il y a peu que le secteur pourrait peser 40 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2030. Pour y parvenir et consolider le secteur, des mesures doivent être mises en place afin de permettre l’éclosion de ces startups. Mais l’auto-satisfecit a ses limites. En effet, en France, les levées de fonds inférieures à 100 millions d’euros sont possibles, (elles dépassent rarement les 50 millions), mais cela semble bien dérisoire face aux levées possibles aux Etats-Unis, qui vont jusqu’à… un milliard de dollars. Il est donc primordial pour l’avenir que la France et l’Europe débloquent des liquidités pour accompagner ces start-ups qui, dès les premiers résultats, se font souvent rachetées par des Américains ou des Asiatiques.

E.S.

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