Rodolphe Saade (Photo Eliot Blondet/ABACAPRESS.COM )

À la tête d’un géant mondial du transport et de la logistique, CMA CGM (56 milliards de dollars), et bientôt du quotidien La Provence, Rodolphe Saadé, 52 ans, s’attaque désormais au fret aérien en signant un partenariat stratégique avec Air France-KLM en prenant 9% du capital. On n’a pas fini d’entendre parler du patron CMA CGM…

C’est le dernier gros coup de Rodolphe Saadé. Généralement plus habitué à évoluer dans l’ombre, le « tycoon » du fret vient de signer un contrat avec le groupe Air France-KLM. Le genre d’opération permet de changer de dimension : l’association de ces deux géants donnera naissance au leader européen du fret et au quatrième acteur mondial (10 avions actuellement, et 22 en 2027).

Ce partenariat commercial et exclusif avec le groupe franco-néerlandais, qui a perdu 11 milliards d’euros depuis 2020 et doit encore rembourser 3,5 milliards à l’Etat français, permet à CMA CGM de s’emparer de 9% du capital du transporteur et de finaliser son déploiement vers l’aérien. Un déploiement qui trotte dans la tête de Rodolphe Saadé depuis plusieurs années.

Dès la reprise du trafic mondial durant la pandémie, le magnat du fret, qui a pris les commandes du troisième armateur mondial en 2017, a lancé les grandes manoeuvres. Il a d’abord essayé de rentrer au capital du pôle aéronautique du groupe Dubreuil (Air Caraïbes, French Bee) afin d’exploiter sa filiale cargo. Mais l’affaire a capoté, et Saadé s’est adapté : il a lancé son propre département dédié au fret aérien (CMA CGM Air Cargo) et a commandé quatre Airbus A350F pour 800 millions d’euros.

Bien plus qu’un héritier

Grâce à ce partenariat avec Air France-KLM, après la route et les mers, la firme marseillaise prend donc son envol, conformément à la vision de Rodolphe Saadé, qui a anticipé la révolution multimodale du transport. Sans oublier sa dimension écologique. Grâce à la volonté de Saadé, CMA CGM est aujourd’hui un groupe pionnier dans le développement du gaz naturel liquéfié (GNL). L’héritier est désormais bien plus que le simple fils d’armateur qu’il était à ses débuts : il est devenu le symbole de la toute-puissance de CMA CGM, qui fut ni plus ni moins que l’entreprise française la plus rentable en 2021. En prenant 9% du capital, Rodolphe Saadé, qui a déjà doublé la taille de CMA CGM en 5 ans, veut peut-être aussi devenir un géant de l’aérien.

Affrontement avec Xavier Niel

Discret, travailleur, peu féru de mondanités, exigeant avec ses managers, Rodolphe Saadé veille depuis 2017 sur l’empire familial avec rigueur et dynamisme. Il a su garder le contrôle -l’entreprise fondée en 1978 par son père est toujours détenue à 75% par la famille Saadé (19ème fortune française)- et s’attacher les services de personnalités influentes, comme l’ancien secrétaire d’Etat aux Transports Dominique Bussereau, qui siège au conseil d’administration de CMA CGM. À Marseille, son influence est grandissante.

Il faut dire que le dirigeant s’active. Mécénat, incubateur d’entreprises, centre d’excellence dédié au transport, investissements dans différents secteurs, mais aussi… la presse régionale. Récemment, son affrontement avec le milliardaire Xavier Niel pour prendre le contrôle de La Provence a défrayé la chronique. Il semblerait que l’entrepreneur franco-libanais, qui est devenu une figure incontournable du capitalisme français, ait pris l’avantage sur ce dossier brûlant… Ce Marseillais de cœur aurait d’ailleurs fait de ce combat une affaire personnelle.

Une ambition sans limites

La stratégie de Saadé s’est notamment caractérisée par la multiplication des opérations de croissance externe. Avant même de succéder à son père, décédé en 2018, le magnat du transport avait mené à bien le rachat du groupe singapourien NOL (2016). Une fois à la tête de l’empire, il a conduit plusieurs acquisitions : le suisse Ceva (2019), le terminal Fenix Marine Services du port de Los Angeles et la division logistique de l’américain Ingram Micro (2021). En 2022, CMA CGM a absorbé le français Colis Privé et rapatrié en France le groupe Gefco, qui était parti en Russie. CMA CGM s’apprête également à gérer l’exploitation et la maintenance du terminal du port de Beyrouth, la ville de naissance de Rodolphe Saadé où est implanté le holding familial.

Bref, le magnat du fret positionne ses pions et n’hésite pas à sortir le porte-monnaie lorsque c’est nécessaire. Résultat ? Son empire tentaculaire a doublé en quatre ans : il affiche un chiffre d’affaires de 56 milliards de dollars et occupe désormais une place incontournable dans le commerce mondial. Depuis Marseille, où la tour CMA CGM domine le port, l’entrepreneur franco-libanais peut se targuer d’avoir fait de Marseille l’une des capitales mondiales de la logistique et du transport. Ce n’est qu’un début.

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