Robert Jacquot : « Tout miser sur le cerveau est une faute, une méconnaissance de la nature humaine »

Par Marc Alpozzo, philosophe et essayiste

Nous vivons une époque de transition, entamant à la fois un nouveau siècle mais aussi un nouveau millénaire, les bouleversements nombreux, commencent déjà à se faire ressentir, et beaucoup se plaignent du chaos qui règne. De nombreux dangers nous attendent, des défis immenses, le défi climatique, la guerre à nos portes, la crise économique et énergétique, le terrorisme planétaire, à tel point qu’il nous semble que nous vivons un grand basculement. Devant les peurs bien compréhensibles, le politique ne peut pas tout. Il m’a semblé urgent, mais aussi pertinent de m’intéresser à une toute autre approche, une toute autre appréhension de cette période de gros temps. Nous pouvons bien sûr interroger les philosophes, mais pourquoi pas aussi les mystiques. Si Robert Jacquot ne se présente pas comme tel, il a déjà une œuvre, publiée chez La Bruyère, qui analyse le désordre mondial en cours, comme une forme de grand éveil planétaire et salutaire. La thèse est assez curieuse pour donner l’envie d’en savoir plus. J’ai donc rencontré cet écrivain, qui vient de publier Métamorphoses. Prémices d’un effondrement ou saut de conscience (La Bruyère, 2022) où il fait montre d’un regard d’une grande profondeur sur ce saut de conscience individuel et collectif, qui est une sorte de nouveau chemin, de nouvelle vie qui s’offre à l’homme, si ce dernier sait capter en lui la Lumière intérieure qui l’aidera à vivre avec son handicap irréversible, sa si grande fragilité, à condition de s’accepter. Écouter Robert Jacquot, et surtout le comprendre, demande avant tout que l’on décentre, au moins d’un millimètre, son regard habitué sur les choses du monde.

Marc Alpozzo : Cher Robert Jacquot, merci d’avoir accepté de répondre à quelques questions. Vous venez de publier un essai très stimulant, Métamorphoses. Prémices d’un effondrement ou saut de conscience (La Bruyère, 2022). On note dans votre titre que vous conjuguez les métamorphoses de la conscience au pluriel. De quelles métamorphoses parlez-vous ?

Robert Jacquot :  Pile cette première bonne question. Je me la suis effectivement posée. Dois-je mettre le pluriel ou non ? Mon choix s’est arrêté sur le pluriel pour laisser libre cours à l’esprit du lecteur d’interpréter « métamorphoses » selon ce qu’il sait déjà, sur le sujet de la métanoïa (ou de la conversion, selon le langage de la religion) ou ne sait pas encore. Il m’est apparu que traiter au singulier cet acte de transformation irréversible, présentait de mon point de vue, la meilleure réponse, peut-être le choix du singulier eût-il été ambiguë ou trop brusquement imposé sur la couverture. Un mot de quatre syllabes est toujours difficile à faire passer. Le pluriel laisse peut-être l’idée que la pluralité en cette matière offre à chacun sa direction personnelle… avec repêchage « au besoin » ? En fait il s’agit d’une opération spirituelle « totale », si l’on veut la « réaliser » pleinement et intégralement. Pourquoi alors introduire un pluriel ! Sous cet angle il ne peut y avoir plusieurs métamorphoses. Sa réalisation prend un chemin unique propre à chacun, par contre ses voies ou ses degrés sont multiples. Là on peut alors « penser » caractériser la métamorphose par « un pluriel ». Cela revient à considérer l’événementiel dans son déroulement temporel, je veux dire que la succession d’étapes à franchir ou de degrés « à recevoir » sont des « moments de transition, de métamorphose « successive » (à cause du temporel !). Dans la réalité du vécu temporel, il y a effectivement la présence de temps et d’espace pour que se réalise la métamorphose de l’être humain. Un peu comme l’est la chrysalide de la chenille, le têtard pour la grenouille…

Laissons la métaphore du vivant citée qui ne traduit pas seulement un événement biologique apparent pour former à partir de quelques cellules un être complet, sans doute aussi faut-il inclure une transformation par acquisition de sensations propres à guider l’animal dans le milieu dans lequel il sera capable de vivre (et de survivre). Cela prend le nom d’appareil nerveux plus ou moins complexe selon l’espèce.

La métamorphose de l’être humain, largement pourvu en appareil nerveux, va bien au-delà de la vie ou de la survie dans le milieu. Il s’agit d’un saut dans un monde qui n’est pas accessible aux seuls cinq sens physiques dont l’homme fait habituellement usage pour « ressentir » !

C’est là qu’intervient la conscience, et vous avez ajouté dans la question les métamorphoses de la conscience, ce que je n’ai pas voulu écrire sur la couverture. Cela aurait effrayé et le créneau déjà étroit d’intéressés, aurait pu penser, voilà encore un nième sujet indigeste. Qui tient la réponse tient la vie !

J’ai souhaité parler au nom de l’être, ce chercheur qui va tenter, sa vie durant, de se connaître enfin, et peut l’approcher de très près in fine, justement à travers le changement d’état appelé métamorphose. Plutôt que de franchement unir la métamorphose à l’insaisissable conscience en l’associant dans cette « aventure humaine ». Néanmoins il est clair qu’à travers l’histoire de la philosophie de l’esprit, les meilleurs nous ayant amenés à les suivre à travers leur chemin spirituel, chacun situe le sien sur un des plans ou degrés d’initiation, « tels que lui les voit » et donc, essaie de les définir – avec les mots sa tête – pour nous aider à le suivre. Ce sont les philosophes en cette matière ontologique, les rares religieux de haut vol, les sages vrais de l’Orient et par suite les religions ou autres sectes philosophiques qui mirent sur le papier les moyens spatio-temporels pour parvenir à s’élever en conscience… laissant espérer l’éveil et même plus, la vraie métamorphose. Se frotter à cet exercice spirituel demande un engagement, de la volonté, une ferme certitude de l’atteindre, de suivre le chemin des doutes et des échecs, j’en ai parlé ailleurs dans d’autres écrits. 

Toujours est-il que la métamorphose apprend la modestie quant à l’évolution – du moins celle qu’on appelle ainsi, limitée au processus de la vie dans son milieu spatio-temporel terrestre pour le moment -, à savoir que sans l’engagement de chercher notre vraie nature, ce qui n’est pas le souci d’un grand nombre, y compris chez les croyants avouons-le s’élever en conscience, bien au-delà de celle dite mentale, est un luxe dont l’être humain se prive sa vie durant. Sa première préoccupation étant de satisfaire ses besoins vitaux.

La vie est le don offert à l’homme pour mieux connaître « le simple animal » lentement modifié par le formatage de son histoire cellulaire, de l’incrustation génétique de ses mémoires et autres critères d’apprentissage empruntant la voie cérébrale. Tout miser sur le cerveau est une faute, une méconnaissance de la nature humaine.

En résumé, ce ne sont pas les métamorphoses de la conscience. La Conscience ne se métamorphose pas. Elle « est », irrémédiablement pure et sans artifice, dépendante du Principe premier inconnaissable, non susceptible d’être améliorée ou de s’améliorer par elle-même…

Seul l’homme en tant qu’être humain vivant recevant sa part de conscience, il lui revient de se révéler cette part, de la faire « fructifier », soit quérir sa métamorphose pour se découvrir « sa vision dilatée  » aux autres mondes, donc pas seulement celle de son monde extérieur visible, tout ce qui fait son « unité » dans l’UN. Là est sa véritable métamorphose accomplie… En absence de cette quête individuelle ou collective (matière à dire), l’évolution laisse entrevoir une chute appelée « effondrement », seul un saut dans l’un des « plans de la conscience » pour reprendre l’image des sachants, peut amener le retournement de la vision qu’a l’homme de sa nature, de lui-même et donc de l’autre. Là se cache un vrai paradigme hors temporel. Tout en Un est plus que la somme des parties, dit autrement. L’homme « réalisé », s’il en existe un, serait celui qui survole les problèmes dont débat la société actuellement, pour annoncer une vision de la finalité terrestre de l’humanité ou sa finitude au sein de l’UN. Ce qui est toute autre chose à entendre dans des oreilles impréparées.

M. A. : Nous vivons une période d’effondrement, de déclin, je pense que c’est indéniable. Pourtant, si l’on sort de l’analyse politique, et que l’on essaie de conscientiser ce moment, et que l’on vous écoute, ce moment qui nous parait n’être qu’une catastrophe ressemble plutôt à une bonne nouvelle puisque ce n’est, qu’un saut de conscience. Mais pour comprendre cela, dites-vous, il faut que l’être humain opère un retournement, ce qui ne sera possible qu’à condition de se délier de tous ses attachements. Pouvez-vous éclairer le lecteur sur ce point ?

R. J. :  La clé de voûte de la mise en perspective d’une solution viable pour l’humanité repose sur le concept de retournement. C’est pour moi plus qu’un concept. Un exemple historiquement vécu de retournement parmi d’autres : celui de l’annonce faite à Abraham de quitter son lieu de vie pour conquérir le territoire dont il aura la sage maîtrise, avec l’aide du divin. « LEKH, LEKHA » (Va vers Toi) sont les deux mots pour donner l’ordre de partir, de trouver en toi, Abraham, le vrai chemin. On peut appeler cela retournement (physiquement et psychiquement) on peut appeler cela aussi saut de conscience.

Effondrement ou catastrophe selon la vision pessimiste des terriens, mérite que l’on prenne de la hauteur en rappelant que ce ne serait pas la dernière fois qu’une disparition d’une civilisation, voire de plusieurs cohabitantes, se manifeste par suite de déséquilibre irréversible au niveau des besoins de vie. L’humanité intervient dans l’ordre naturel des choses, trop vite et trop fort. La question est soulevée par les écologistes. Aux nuisances que la nature se crée elle-même, s’ajoutent celles des hommes. Les cycles naturels de purification ne sont plus respectés. Leur temps cosmique ? Quelle vision notre humanité porte sur sa certitude de ne jamais disparaître ! Sa pérennité appartient au langage mental, celui de la raison s’appuyant sur la science pour lui demander de tout faire pour que tous survivent. La métamorphose apprend cette sagesse qui consiste à intégrer l’homme dans sa dimension cosmique, celle du Tout, et lui a sa place (du verbe avoir).

L’approche du retournement que j’ai évoqué, signifie qu’un événementiel majeur, à travers un être (l’exemple d’Abraham) ou pas nécessairement (changement de perception des fréquences atteignant les mémoires, une dé-emprise des savoirs pour réacclimater les vies à une nouvelle vie, usant de besoins vitaux autres par exemple, une supposition), intervienne dans le milieu humain et se répande. Si telle pouvait être la voie salvatrice – d’autres voies sont à laisser aux soins des lois ontologiques de nous aider à les déceler et à les mettre en « forme » (dans une forme dense de matière par conséquent) – cette voie exige, jusqu’à nouvel ordre une préparation bien connue, rappelée par les mots de lâcher prise, surtout de se libérer de tout attachement, le premier d’entre eux et le plus difficile à circonscrire s’appelle le « moi », l’ego. On rejoint l’épreuve de la décorporéification tôt ou tard, laquelle est exigée dans un premier temps (l’œuvre au noir puis au blanc), avant de re-unir à nouveau ce qui a été séparé. Au final l’œuvre au rouge n’est pas donnée à tout le monde. Que le charisme exceptionnel de quelques individus exceptionnels suffise à réaliser un retournement collectif. Je cite Jeanne d’Arc, je citerai aussi l’appel du 18 juin de Charles de Gaulle, la maestria de Napoléon, « la conversion » de François d’Assise, l’appel du désert pour nourrir le trop plein du cœur de Charles de Foucauld et lui permettre d’extérioriser l’Amour qu’il ressent dans son tréfonds. Dans ce domaine, on trouve aussi les illuminés et autres idéologues dont le retournement fut une catastrophe. Là intervient le support du retournement, selon qu’il s’agit du cerveau (les idéologies perverses parce que pur montage mental intellectuel, outrepassant la nature humaine pour la dévoyer) ou du cœur (les saints, les porteurs de lumière, Jésus, ceux que j’ai cités précédemment).

La voie cardiaque est seule à même de porter l’événement du retournement. Pourquoi ? parce que la conscience ne réside pas dans le cerveau. Elle est présence dans le cœur de l’homme durant son vivant et ensuite le quitte. C’est à partir des fréquences nichées là, rejoignant ensuite le cerveau que peut se mettre en place une révolution (interne au corps), une vraie métamorphose. Cela ne demande pas des êtres exceptionnels. Cela demande d’écouter celui qui saura parler au nom de tous, s’il est le relai élu sacrificiel…

M. A. : Je suis bien évidemment d’accord avec vous. Une autre question cependant, me vient à l’esprit, vous écrivez que l’homme doit « emprunter, je cite, la diagonale du fou » pour libérer le cerveau. J’imagine que vous parlez du cerveau humain qui est hiérarchisé en cerveau reptilien et cortex, puis néo-cortex si je ne m’abuse. Aussi, vous demandez aux hommes de sortir du mental qui tourne en boucle autour de ce qu’il connaît, pour emprunter la voie de l’inconnu, n’est-ce pas ? Pouvez-vous nous expliquez ? Est-ce que c’est seulement possible ? Et comment ?

R. J. : J’ai écrit un chapitre sur le chemin que l’homme doit accepter de prendre dès son premier pas posé sur le chemin, je l’ai appelé la diagonale du fou. Personne ne marche droit dans sa vie. Tout homme emprunte des biais qu’il s’autorise consciemment ou non pour ne pas s’auto-analyser constamment sur son choix, bien ou mal ce choix est fait. Le sens profond lui a même probablement échappé. C’est pour cela que choisir l’image de la diagonale me sied, à ne pas confondre avec un chemin de traverse. Il y a un choix de perspective de mener sa vie sur le chemin de la diagonale, c’est de ne pas faire n’importe quoi. Pourquoi la nommer celle du fou ? Parce que vous êtes le fou, je suis le fou, l’acteur fou de ma destinée, celle qu’on rabat en l’appelant « existence ». Nous sommes tous un peu fous, sinon la vie… Le tarot est un jeu initiatique dont la lame 22 porte le nom de Mat. D’aucuns disent être celle du Fou. C’est encore vous, encore moi, tout homme qui s’est obligé à parcourir sa vie de manière à jouer le jeu de la traverser – les 22 arcanes – pour se découvrir in fine, si possible, être celui qui est et non celui qui paraît !

L’homme pour se réaliser, a besoin de quelque grain de folie, car il va devoir avancer, disons marcher, sur le chemin de vie du mieux possible. Ce qu’il considère du mieux possible. Sera-ce en conformité avec ce qu’il appelle improprement « son destin ». Ce seront ses pas de fou sauteur, gai et aventurier, qui le lui apprendront. C’est pourquoi le Fou est autorisé à se placer partout sur l’échiquier. Il est libre sur le plan terrestre, il est seul à disposer de ce privilège parce qu’il se croit pouvoir disposer de ce pouvoir contrairement aux autres espèces. D’où son orgueil, sa vanité, etc. L’homme est le seul animal des espèces dites vivantes à se mouvoir comme il l’entend. Physiquement, psychologiquement et désormais psychiquement, s’il accède à une part de sa maison de l’inconscient. Le Fou rejoint la sagesse de la Maât, lorsqu’arrivé au terme du Jeu, il a compris qu’il devait tout abandonner, pour se laisser prendre et aimer parce que rien ne peut l’autoriser à décider de son pouvoir ou de son amour. La Vie est le don offert dont il doit apprendre l’usage et ensuite la révélation. La métamorphose est cet acte de Fou qui ne l’est pas, parce que sa confiance en la Vie est totale, sans raison ni rejet intellectuel. Il est ce saint qui monte au bûcher en toute lucidité. Au-delà de cette lucidité humaine qui retiendrait le premier venu de devoir se laisser consumer, lui a traversé la transition de l’entre deux mondes, de son vivant il a abjuré la souffrance (chère au Bouddhisme, les cinq vérités).

En résumé il est possible de conduire sa vie en ne prenant dans le mental que le strict nécessaire pour subvenir aux besoins de vie biologique, terrestre, etc. C’est la part « matière » ou « corps » de l’être humain qui est obligé de s’en remettre à son environnement pour que ce corps vive ou survive, si le milieu est hostile à son équilibre biochimique. Sans parler de ses corps émotionnels…

Il est loisible d’apprendre à se détacher de ces contingences « forcément matérielles » au regard de celles qui ne le sont pas, à ses yeux, « contingences spirituelles » qui l’interpellent tôt ou tard sur son chemin de vie. L’homme aspire à se révéler ce qui le dépasse, au-delà de sa religion ou de son appris de la science. Il y a, en l’être humain, un lien qu’il peut se révéler pour s’apaiser (l’Amour inconditionnel s’il le demande) et terminer « son existence « un peu moins fou.

Le grand geste consiste à s’affranchir du délire de son mental, sans l’estourbir ou le rejeter. Apprendre à s’en servir pour mieux naviguer en chemin. Et consacrer l’essentiel de son existence à donner du sens à son chemin. Ce sens ne doit pas être cherché dans une encoignure de son imagination, ce que le psycho-mental lui suggérerait de choisir par défaut de lui répondre instantanément, compte tenu de son passé mémorisé et de ses expériences terrestres non appropriées.

Il est possible de dévier de sa trajectoire lorsque l’on sent le malaise s’accumuler sur le chemin. La volonté, la prière, la méditation, l’appel à l’autre, tout est bon à tenter dans un premier temps pour ne pas sombrer. La dépression ! En cas d’échec ou de récidive, il faut ne pas désespérer et aller plus loin dans l’introspection de soi. L’aide extérieure n’est pas nécessairement la première à solliciter, reporter sur l’autre (le médecin ou autre psy confident) le désordre intérieur se nomme un appel au secours. L’ensemble des corps que constitue l’être entier est déséquilibré, désorienté et affecte la partie physique. Le processus destructif accélère l’effondrement. À ce stade que je ne souhaite à personne, pensez-vous que le mental puisse vous apporter de l’aide ? La complexité du cerveau nous échappe encore, le retournement en demandant l’aide du cœur peut subvenir à bien des blocages. La voie cardiaque a ses limitations. Il ne s’agit pas de médecine, il s’agit de réhabiliter la place du cœur et de la circulation de la vie à travers l’organisme pour réapprendre à retrouver l’équilibre équanime, l’être tout simplement.

M. A. : Peut-on dire que ce saut de conscience dont vous parlez fait passer l’homme traditionnel à un homme multidimensionnel ?

R. J. : Marc, nous sommes déjà des êtres multidimensionnels. Peu le savent, ou le ressentent. Les rares qui possèdent « cette clarté » se font d’ailleurs remarquer par quelques-uns. Entre eux ils ne peuvent se mentir. Cela se « voit ». Nous avons perdu l’usage de « nos dimensions » car nos sens spirituels se sont émoussés au contact de la matière. D’autant plus évident aujourd’hui.

Il ne s’agit pas pour moi de fanfaronner pour dire ou écrire cela, Les religions n’y sont pour rien, les croyances non plus, même si leur dogme enseigné a montré sa puissance pendant un long temps, leur devenir n’est pas dans le nombre d’adeptes ou de convertis par les rituels et les sacrements. Le saut « futur » est celui que les cœurs individuellement auront à accomplir, avec ou sans passage par la religion. Les outils humains que sont les religions et les sciences, tels que présentés aujourd’hui n’expriment plus, même voilée « une forme de transcendance ».   Si « haut placés » que soient nos dignitaires dans nos hiérarchies spirituelles et terrestres, leur aura n’imprègne plus les hommes comme autrefois le ressentaient nos Anciens. Les vibrations ont dénaturé le courant spirituel. Aujourd’hui personne ne reconnaît l’autre dans son altérité, dans sa beauté, dans son message d’amour et de paix… les footballeurs sont les saints d’aujourd’hui… Pourtant nous recevons tous « la même dose » de conscience, si je puis dire. Elle est la même pour tous, elle n’est pas individualisée. Chacun se met en lien avec elle à partir de ce qu’il met en œuvre pour se chercher et la trouver dans son cœur. L’élévation est la même pour tous. Sur ce point il n’y a pas de privilégiés, que des apprentis en formation permanente pour se conquérir la part de Lumière.

Tout ce qui se dit sur le multidimensionnel et autres transformismes relève du mental de ceux qui se disent habilités pour en parler aux autres. La transmission se voudrait culturelle exclusivement, réservée bien sûr à ceux qui seraient admis dans le sérail, à l’opposé de la transmission biologique et ontologique offerte à tous, sans distinction… Le cœur est absent. Tant que l’on n’a pas été invité « à voir », mieux vaut se taire. La fiction et la science donnent à rêver et nourrissent l’irrationnel humain qui ne demande que cela. S’éveiller n’est pas cela du tout. Le dévoiement actuel auquel on assiste, éloigne l’homme de lui-même, de son retournement. Apprendre à s’aimer soi d’abord, avant d’aller le dire à l’autre… Cette dimension de recherche au très profond de soi est la richesse qui nous est offerte pour comprendre ce qu’est le corps, la matière, et in fine l’intrication de l’esprit et de la matière (au niveau de chaque cellule). C’est l’étape qui permettra de lever le voile, lequel est plus « virtuel » qu’on croit. La métamorphose est le nom donné à cette épreuve de levée du voile.

L’individualisme est irréversible, s’il n’y a pas une composante fréquentielle qui remet en selle l’homme, une partie de lui-même peut retrouver l’amour altruiste, bien au-delà de celui qu’il manipule avec son prochain, et par extension avec le Tout. Tous les vivants se projettent dans le monde extérieur, chacun le sien. C’est le drame. Cette fréquence universelle reviendra les titiller, ce sera l’occasion d’un nouveau paradigme, même si la Terre et les hommes auront à connaître l’effondrement ! Nous baignons dans des enveloppes électromagnétiques, elles-mêmes sont en évolution de puissance, de répartition, etc. Nous sommes à la veille de perdre nos mémoires, je veux dire par là que nos supports étant remisé dans des livres et des data désormais, n’obligent plus l’individu à vivre avec ses mémoires. Il s’en exempte et perd peu à peu le fil qui l’a conduit jusqu’à lui. Cette rupture est l’emprise de la matière sur l’esprit, consécutive du choix des humains à abandonner sur de supports extérieurs leurs substrats de vie. Oui, me direz-vous, comment faire ? On ne sait plus demander à apprendre par cœur, ce qu’obligeaient les transmetteurs de savoirs jadis, jusqu’au début de l’école républicaine. Cet abandon détourne l’homme de sa verticalité au profit des jeux de la vie qu’ils appellent de ses vœux, ses divertissements. Cette glissade atteint les esprits qui voudraient ralentir cette évolution. Cette évolution est d’ordre cosmique, elle s’inscrit dans un ensemble vibratoire régi par les intervenants spirituels et matériels qui sont supports de la Conscience…

M. A. : Il y a tellement de choses à méditer dans cette longue réponse. Merci. Mais c’est juste une mise en bouche, car il faut lire votre livre, qui est intéressant à de nombreux égards, et notamment parce que vous y abordez la question de la conquête de l’univers. Alors, évidemment vous savez que l’humanité est en passe de devenir désormais galactique, avec une première halte sur Mars, mais qui ne semble n’être qu’un début, puisque nous envisageons de bâtir sur la lune et Mars, ce qui équivaut je crois, à une forme de colonisation de l’espace. En revanche, dans votre livre vous parlez plus précisément de « conquérir l’Univers », disant que « l’Univers est pour l’homme une énigme car il ne peut s’affranchir de le connaître pleinement ». Si donc l’Univers ne se pose pas de questions, n’est-ce pas, l’homme s’en pose. Pouvez-vous nous expliquer ce que signifie l’Univers dans votre bouche, et ce que peut bien représenter dans ce moment d’élargissement de la conscience, une « conquête de l’Univers » ?

R. J. : Vous avez posé les prémisses qui sont le miennes pour aborder ce couple homme-univers. Couple qui n’est qu’un mot ou un concept… Quoique ! Chacun ayant lu Sciences et Vie et visionné des films de science-fiction ne se privera pas d’avoir son avis sur cette notion triviale du couple. Dans chaque tête il y a un univers. Là encore le cœur n’est pas sollicité. Et c’est dommage. Je vous invite à feuilleter un précédent ouvrage Le Tout et Le Rien, et l’Homme dans tout ça ? (La Bruyère, 2021).

L’Univers ne peut parler de lui-même. Seul l’homme dans le couple ne se gêne pas pour en parler. Bien sûr il s’agit de l’Univers tel qu’il le voit depuis la Terre – ses yeux – ou tel que la Science lui dit comment il faut le voir (sous interprétations bien sûr).

La science ne peut se refuser à émettre des hypothèses pour échafauder de multiples théories permettant d’arriver un jour à tenir la synthèse entre toutes celles émises, les nouvelles effaçant les précédentes, et c’est juste normal.

Cela a ouvert la porte à des multi-univers, à des multidimensionnels, à des interrogations sur l’avant Big bang, sur les trous noirs et la matière noire, etc.

Loin de penser le chemin de la vérité, même si James Web Space nous en en apprend un peu plus tous les jours. Tant mieux.

Lorsqu’un individu a pu entrer en état métamorphosé, il s’échappe des concepts scientifiques créés par les scientifiques pour circonscrire la réalité de l’Univers. Il atteint une présence qui ne renie pas l’existence « du monde des étoiles », etc.. ; une présence qui l’invite » à ne plus penser quoi que ce soit sur l’aspect scientifique de son rapport dans le couple. Car il est lui-même l’Univers. Il est dans le Tout qui inclut l’Univers et tout le reste d’ailleurs. Il n’est plus dans l’univers des formes si vous me comprenez, il est dans un Tout de perception des fréquences, duquel n’en émerge qu’une à sa portée, qui est celle de la Lumière. Lui-même ne peut dire où il est, où il se situe. Il n’est rien dans ce Tout. C’est parce que rien est son état, qu’il se sait être Tout. Là est ma réponse à la notion d’Univers. Son champ de vision rend inexistant ce qui est « matière » et pourtant sans elle, à l’échelle subatomique de la particule qu’il est, il bénéficie de cette Lumière pour dire « Je suis ». Comment dire autrement la beauté !

Cela peut apparaître incongru. Je n’y peux rien. Tout est là, le lointain comme le près.

M. A. : En effet. Cependant, si nous vivons un moment d’effondrement, c’est en grande partie à cause, je pense, du recul de la spiritualité. D’ailleurs, vous le dites vous-même dans cet ouvrage, puisque vous écrivez que « la manière de penser et de conduire la pensée, du Moyen Âge à nos jours, a éloigné peu à peu l’homme du monde de la spiritualité ». On pourrait croire, trouver sous votre plume le passage de la méthode de Montaigne à celle de Descartes. Pour être plus clair, j’ai l’impression que vous incriminez l’effort humain à mettre en œuvre la puissance du rationnel, pour reprendre le titre d’un ouvrage majeur de Dominique Janicaud. Or, précisément, ce que vous dénoncez, si j’ose dire, c’est une forme de révolution qui date de la Renaissance, et qui pousse la pensée à déserter le cœur pour ne résider qu’essentiellement dans le cerveau. En bref, une tête bien faite, un cœur bien vide. Pensez-vous que la décadence de l’homme, qui perd le bon sens, la foi, l’envie, voire même une certaine appétence pour le monde, relève de ce moment où juste la tête est habilitée à penser, et que l’homme-univers ne se voit réduit à n’être plus qu’un homme-individu ?

R. J. : On ne peut nier que la spiritualité, le penser spirituel – le cœur s’éloignant – a affecté la vision que l’homme a de sa place et de son monde. Dans un premier long temps, jusqu’à l’extinction de l’ère des Poissons pour situer la coupure, un peu abruptement.

Les religions lui ont donné la réponse qu’il convenait de tenir, pour se tenir en adéquation avec le monde phénoménal et par surcroît avec le monde spirituel. Dieu ou les dieux ont cristallisé, anthropomorphisé l’acte de penser spirituel. Dès lors que le temps gomme, ce fut la Science qui y suppléa au manque non compensé par les religions. Jusqu’à présent l’apport des sciences semble satisfaire l’humain, pris individuellement, sans qu’il sache pourquoi l’humanité souffre globalement dans son corps d’une insuffisance de ce manque de savoirs scientifiques, qui la dépasse. La vulgarisation n’est pas le remède, même faute de mieux… Les religions avaient compris que donner à croire n’impliquaient pas de tout dire, de tout révéler, encore moins de vulgariser leur substance spirituelle. La science préfère tout dire et croit bien le faire. Nous en saurons bientôt plus ou tout autant que l’astrophysicien qui nous dévoile la photographie du fond de l’univers en temps réel (je veux dire dans la même simultanéité, la sienne et la nôtre … sur une vision qui date de 14 milliards d’AL.)

Il s’agit d’un manque colossal pour bien vivre. Un invariant (Dieu ou autre), si possible loin de l’homme pour qu’il ne puisse le modifier à sa guise, est un impératif de la vie sur terre, un complément cosmique indispensable. D’où le malaise actuel, la Science ne peut répondre comme le faisait la religion… Un effondrement ne peut plus être dit impensable.

 Il ne s’agit pas moins que de le réhabiliter sur la voie de la connaissance de l’être. Et par suite reprendre modestement les hypothèses de travail concernant la pensée, le cerveau, le moi, tous les mécanismes psy qui ont fait le bonheur pendant ce précédent siècle.

La pensée, comme si cela allait de soi, semble être comprise ! Il s’agit au premier chef d’une information qui n’est pas une pensée, pas encore pensée, c’est à dire saisie parmi des milliers d’autres, par le cerveau. Une information a priori est neutre, c’est une polarité portée par ledit véhicule appelée information. Elle ne devient véritablement non neutre lorsqu’elle entre et est absorbée par le cerveau, qui pour comprendre sa proie, utilise tout le matériel dont il dispose. L’homme a été construit grâce à ses maîtres pour apprendre à penser. Ce choix devait le propulser hors de son irrationalité. Au point que Kant l’a défini comme étant l’abouti de la création, l’homme fini. Cette « perfection » intellectuelle voulait signifier, me semble-t-il toute la beauté intrinsèque de l’être vu par ses thuriféraires, négligeant quelque peu la nature au passage et les liens de l’homme avec celle-ci. Sa domination le priva de tout connaître. De mon point de vue, on a abusé de l’usage du cerveau, lui attribuant l’intégralité du support de la pensée et son habileté à jongler avec les logiciels de ses neurones pour apporter sur un plateau la réponse attendue par l’homme. C’est le moi qui s’admire… Dès lors le cœur, et par suite les Romantiques qui succèdent à la Révolution, se firent re-connaître à leur tour, comme étant porteurs eux aussi d’une connaissance ontologique de l’être. Bref !

Je continue de rester dans la voie que je vais essayer de mettre ici en quelques mots. D’abord personne n’ose remettre à plat ce qu’est la pensée, en dramatisant un peu l’événementiel actuel, tant de neurologues sont penchés avec amour sur le cerveau ! J’ai écrit ailleurs combien il serait important de remettre le cœur, si ce n’est au centre (quoique !) car tout repose actuellement sur ses mémoires, sa manière d’analyser et de comprendre (logiciel de la manière de tenir un raisonnement, les classiques, etc..). À ce stade, tout est presque déjà joué en l’homme : sa réponse – est celle du moi – celle qui donne à l’instant présent, matière à réponse construite sur l’édifice de son passé. La raison, le rationnel humain est la traduction de tout ce passé antérieur (acquis et inné, ça c’est en sus). Je ne suis plus très sûr que les jeunes générations continueront de penser et de raisonner comme nous, nous l’avons fait et continuons de le faire. Le savoir donné par l’image, la manière de porter des synthèses avant une analyse profonde circonstanciée, entraîne chez eux de formuler un aboutissement le plus rapidement possible, même si certains aspects des prémisses sont oubliés. Être performant fait accepter qu’on néglige ceci ou cela « jugé » non « important » ici ou là. On veut du résultat et si possible, sans les sentiments, monsieur !

  En acceptant mon hypothèse qu’une relance via le cœur serait opportune, on s’aperçoit que l’homme a épuisé tout le suc de sa substance neuronale en la gélifiant par la méthode classique du savoir et en puisant ses informations dans celles que les millénaires ont accumulé dans ses cellules. Le penser se prive d’audace si je puis dire, car il se recroqueville sur ce qui est le plus raisonnable à savoir, aligné sur une « vérité de faits antérieurs », autant dire l’histoire que l’on ne peut remettre en question. Un visionnaire est celui qui osera remettre en discussion les fondements sur lesquels notre cerveau repose. La physique quantique commence à chatouiller les esprits pour oser parler et s’investir dans la biologie humaine (la théorie de Penrose et Hameroff, laissons se développer leurs approches). Le saut de conscience est celui qui aidera l’homme à s’approcher au plus près de la connaissance intuitive directe, foudroyante, et non du savoir (forcément « laborieux »). Il n’en demeure pas moins que le saut « dans la transcendance » vise l’adoption, via le cœur de l’être, de ce qu’il est « réellement », soit Tout parce que Rien (*voir livre déjà cité).

D’où les grands démolisseurs, les grands iconoclastes pour envoyer un air frais et remettre les cerveaux à « penser autrement ». Les noms sont bien connus. Vous avez cité Nietzsche. Ce sont ces hommes-piliers qui obligent leurs successeurs « à re-penser » notre système de vie, tant matérielle que spirituelle. À une condition de donner l’aperçu de leur vision intime pour relancer la balle, s’immoler dans leurs dires de vérité, pas comme ceux qui ont cherché à déconstruire à tout prix, sans suggérer une nouvelle alternative pour ne pas eux-mêmes risquer de s’exposer et sombrer. L’effondrement vient de ce que nos penseurs, voulant tout remettre à plat (après tout, pourquoi pas, une fois tous les 100 ans !) n’ont pas inscrit sur leur métier les bases pour relancer la discussion et faire jaillir une espérance de vie, tant pour les intellectuels, que pour le peuple ensuite…

Dès lors, l’homme s’est tourné vers les sciences, délaissant les philosophes et les religieux dans leur chaise-longue.

L’homme-univers c’est un peu comme l’homme-dieu de jadis, un fantasme quasi indéfinissable pour celui qui ne se retournera jamais. Il attend de la science de l’espace une survie ou un idéal harmonieux, par exemple Mars ou la Lune à sa portée. Ce sont les deux pièges que l’homme se tend à lui-même. Qui sera sélectionné pour conquérir ces deux espaces, si la vie sur Terre devient invivable ? Les hommes se seront entre-tués avant le décollage de la fusée.

 À défaut, l’autre issue pour l’humanité consistera à sélectionner ceux ayant un potentiel (lequel restera à définir selon les critères de la future société) par des logiciels, s’appuyant sur les Big data et surtout sur « l’objective function » qu’on leur imposera. À la sortie de l’imprimante, le tri sélectif sortira et de l’homme-univers sortira l’homme-robot ou ce que vous appelez l’homme-individu à la fin de votre interrogation.

La réhabilitation de l’homme ne viendra pas par le truchement de son irrationnel en rationnel. Ça s’est fait et nous pataugeons dedans. Je ne jette pas l’opprobre sur ce que depuis la Renaissance, nos penseurs ont apporté pour sortir l’homme de ses langes. Sa spiritualité en a pris un coup au passage, certes ! Sa science est en train d’en prendre un coup à son tour : le doute au moment de la capacité du bien-fondé des vaccins, le doute sur la mise en perspective d’une médecine holistique et préventive…

La réhabilitation de l’homme viendra lorsque l’on comprendra que son axe vertical n’est pas seulement sa colonne pour se tenir debout (ça c’était le temps du passage de l’animal au sapiens), il est celui de ces trois organes moteurs, le cerveau, le cœur et le sexe. Tout est là entre ses trois larrons. L’homme-univers a sacrifié son cœur au profit de sa tête parce qu’il demandait à voir. L’homme-individu ne veut plus sacrifier son cœur au profit de sa tête comme cela fut jusqu’à présent, celle qui lui dit que le travail c’est la santé, l’avenir, la promotion sociale est le nec plus ultra de son devenir, etc…

Je n’ai pas approché l’auteur philosophe contemporain Janicaud que vous voulez bien me citer pour me signaler ses efforts pour concilier et entraîner d’autres à concilier leur foi avec leurs travaux philosophiques. Cela me dit être d’un grand mérite, surtout en nos temps de matérialisme avancé. J’ai parlé de révolution lorsqu’il s’est agi de mettre en œuvre à travers les siècles le potentiel soupçonné non révélé du cerveau pour donner à l’homme sa puissance d’être rationnel. Lorsque je regarde autour de moi, je ne suis pas sûr que cette puissance fondée et méritante a finalement débouché sur une éclatante réussite. Cela me repose la question de la finalité de l’homme ! Je crois plus volontiers modestement, sans chercher la finalité de quoi que ce soit, hormis la transcendance via la notion du retournement (sujet à débattre) que l’homme ne sait pas encore comment ni pourquoi il a été mis sur terre. Que tout ce que ses meilleurs éléments penseurs ont pu offrir, en sacrifice de leur vie personnelle bien souvent, pour élever l’homme à une dignité que l’on a cherché à quantifier, par des lois, des interdits, une ou des morales si diverses de par le monde, est toujours bon à prendre pour ne pas laisser l’homme rétrograder au niveau de ses instincts.

Il s’ensuit que l’espèce humaine peu ou prou se donne une évolution dont on ne sait dire ce qu’elle sera demain. Nous projetons notre passé à travers nos pensées que nous pensons être les meilleurs à l’instant où elles sont proférées. Ce sont les hommes en titre qui portent les lois que d’autres ont mis en selle. Tout repose sur le dernier qui a parlé et surtout qui est encore écouté. La sagesse dans le futur n’est plus celle du philosophe ou du religieux. Elle porte le danger de celui qui sera le dernier à l’exprimer. L’avenir ne repose plus sur les valeurs séculaires jugées bonnes jusqu’à présent, elles se délient du penser rationnel pour s’ouvrir à un champ d’incertitudes non maîtrisables ; ce qu’on appelle l’intrication et la superposition des états, c’est une approche autre de la vie. Dans une telle perspective je vois mal comment concilier spiritualité et mécanismes rationnels. Ce sont dans ces deux mots, deux mondes à part, qui habitent l’homme certes. Ces deux mondes illustrent la capacité potentielle que l’homme a de se libérer de sa carapace, image chère à Annick de Souzenelle, ils n’en sont pas moins placés sur deux étiages de la conscience (et non de raisonnement) non associatifs. L’un mène l’homme à surpasser son mal-être physique et psychologique dans son existence terrestre. L’autre propose à l’homme de s’évader de sa prison – sa carapace – pour se sentir mieux dans un ailleurs où son corps est absent, où règne l’Esprit, la grâce de ce dernier de lui avoir offert sa part de Conscience, pour se relier.

En conclusion il est des synthèses ou des rapprochements pour tenter la convergence, soit l’unité de la personne, qui me paraissent inutiles de poursuivre. L’homme est ce catalyseur merveilleux dont se sert l’Esprit pour tenir sa promesse de cohabiter avec la Matière. Et celle-ci le lui rend à sa manière. Pourquoi vouloir intellectuellement assurer les convergences entre états ou plans de conscience qui ne peuvent se dissoudre l’un dans l’autre. Il y a une hiérarchie céleste qu’on le veuille ou non. Ce mot ne signifie pas qu’on puisse l’exprimer, il suggère que tout ordre passe par une hiérarchisation, laquelle maintient jute ce qu’il faut de désordre pour que cela soit. L’impermanence est la règle, il n’y a aucun équilibre durablement stable. C’est la Vie, cette merveille !

M. A. : Je vois que nous partageons la même admiration pour Annick de Souzenelle, qui poursuit depuis des décennies un chemin spirituel judéo-chrétien, qu’elle partage dans ses nombreux livres, que l’on ne peut que recommander à ceux qui nous lisent. Elle a pourtant choqué, au lendemain du massacre du Bataclan, le 13 novembre 2015, puisqu’elle a déclaré à la presse, que c’était, je cite, « le massacre des Saints innocents ». Comprenez-vous cette déclaration ? Comprenez-vous que cela puisse choquer ? Et qu’est-ce que cela voudrait dire selon vous ?

R. J. : La justice des hommes et la Justice divine, celle de Dieu judéo-chrétien en l’occurrence, dans l’à-propos de Annick de Souzenelle. Que l’historicité de ce massacre soit remise en cause, peu importe. Seule compte son expression et ce qu’il fait ressentir ou dire. Dans un jaillissement de son cœur, comme je l’imagine volontiers, Annick de Souzenelle a peut-être outrepassé son ressenti, rapprochant un évènement biblique dans une situation contemporaine hypercomplexe. J’aurais aimé m’en approcher pour obtenir d’elle un éclaircissement. Peut-être ne faut-il seulement retenir que le terme innocent, celui qui est sans tache, qui est atteint par un geste ré-prouvable et largement réprouvé. On passera de la justice des hommes appelés jugements communément, à celle dite de Dieu, prétendument juste, tandis qu’il s’agit des lois de la Nature et celles de l’ontologie de l’être dont l’homme – heureusement- ne dispose pas à sa guise. 

Le regard du métamorphosé refuse de porter un avis terrestre tranché. C’est toute l’histoire du Bien et du Mal… qui ronge. Tout acte jugé répréhensible aux yeux de nos morales, n’a pas cette incidence dans l’espace cosmique des vibrations de la Vie. Car Tout est en tout, aucune séparation ne peut scinder la Lumière. Oubliez, s’il vous plait, l’idée d’un déterminisme, autant que celle d’un hasard ou d’une nécessité. Ce sont des mots posés par le biais de l’intellect des penseurs avec leur cerveau. Apprenons à penser avec le Cœur, l’intelligence du cœur…

Son franc parler – Annick est un être « habitée » par la Lumière qu’Elle laisse émerger dans sa parole et sa plume – pour dire ici qu’il a toujours un peu dérangé les chapelles du convenu spirituel, car ses projections vont bien au-delà de ce qui est admis rationnellement ou spirituellement selon les officines ayant pignon, lesquelles abritent les derniers descendants des Lumières des deux bords, peu à même d’accepter l’intrusion de l’ésotérisme et du symbolisme si puissants, si proches de la Lumière altruiste et inconditionnelle. Loin de celle de l’homme réifié en roi à la place du Roi, se donnant l’exclusivité de la Lumière. Éprouver en soi la Lumière ne consiste pas à monter sur les estrades pour lancer le verbe, ce que firent nos révolutionnaires imbus de liberté, entraînant la tragédie que l’on sait, la Terreur.

Oser parler dans le jardin clos des conventionnels de la pensée correcte, est une gageure. Personne ne peut aimer l’inquisiteur, le fossoyeur d’idées, le destructeur de la pensée du moment. La vérité d’un temps a sa cohorte de penseurs qui n’imaginent pas l’éphémère dans lequel ils se situent. L’homme craint les changements, il a le souci de l’ordre. Ceux qu’on a appelé les déconstructeurs, ne proposent pas, bien souvent, une voie nouvelle d’émancipation. Ils ne savent pas que le piège de Saturne se referme sur eux aussi, (et les morts enterreront leurs morts, dans une autre formulation, de l’éphémère… portant sur le sens à donner à la mort) car les fréquences vibratoires de Saturne les enveloppe tout autant que l’humanité. Elle les prive tout pareillement d’être atteint par les forces engendrées par les trois transaturniennes, Uranus, Neptune et Pluton, toute trois « transpersonnelles » qui exercent leur talent sur le collectif humain dans le domaine de la conscience, cette part non accessible hors la conscience ‘pragmatique’, celle que nous mettons en œuvre dans nos quotidiens, notre mental agissant. Tout est dit symboliquement et ésotériquement.

Massacrer un corps affecte toute vie, celle de tout humain porteur du don. Vivre dans la Lumière sans se brûler, c’est accepter d’être momentanément dans un corps pour apprendre comment il convient de le laisser au dernier jour de sa vie saturnienne, pour lui donner le temps (temporel il est) de se laisser accueillir par le rayon de cette Lumière, venu le purifier pour passer sans destruction du corps « éthérique » (pour simplifier).

Rien ne peut rien emporter avec soi. Tout est remis « entre les mains » de la Conscience présente qui s’éloigne pour perpétuer la vie, une fois encore, ailleurs au contact des deux cellules-mères, mâle et femelle, en attente. Tout ce scénario pour remettre en mains à d’autres, la puissance d’être, de manière à ne pas interrompre le « jeu de la vie ».

En conclusion, la puissance du rationnel est indéniable. Elle a permis à l’homme de se révéler la puissance d’être en lui, toutefois sans la capacité de lui donner la clé pour la manipuler, c’est à dire ouvrir son cœur-tabernacle pour en user, et donc en abuser… Elle l’a dénié de ses miasmes qu’on appelle instincts pour l’admettre dans le Temple, celui de la Raison bien sûr, lequel lui a attribué mérites (diplômes, responsabilités, pouvoirs, etc.) sans lendemain ceux-là, reconnaissance et récompenses temporelles se justifiant ainsi. La Révolution et son issue la République, ont copié l’attribution de privilèges que se réservaient de distribuer les puissants de l’Église d’en Bas ou ceux du Royaume. Où est le vrai changement de paradigme ?

La puissance du rationnel se détruit elle-même lorsqu’elle joue avec ses limites, celles qui déclenchent les « formes destructrices » de la pensée dite « rationnelle », l’idéologie lorsqu’elle explore par la ruse puis par la force les moyens à mettre en œuvre pour subvertir l’ordre. Convaincre par les déviations de la culture en place, séduire puis anéantir par le passage à l’acte (électoral ou policier sans consultation).

Cette puissance appartient au monde enveloppe de Saturne, celui de la justice de Jupiter, redoutable et sans appel. Ce monde est le nôtre jusqu’ à présent. Monde « infernal » parce que l’homme rebelle ne peut y échapper ni physiquement ni spirituellement, parce que l’homme qui en jouit par docilité, veut néanmoins être son propre Maître. Ce dernier a oublié sa Conscience, symboliquement hypostasiée par cet autre disrupteur qu’est Uranus, la planète de l’au-delà de Saturne. Cette inflexion cosmique est en fait une part de notre histoire universelle que j’ai aimée et racontée dans un précédent ouvrage (*déjà cité) dans la perspective d’offrir au lecteur/lectrice la possibilité d’étendre le champ de sa vision vibratoire au-delà de la grille saturnienne. Uranus (Ouranos) le père châtré par son fils Chronos/Saturne, allégorie de ce mythe plus global qui accorde aux dieux les pouvoirs de gérer « la condition humaine » selon leurs désirs de « réalisation ». Tiens ! Ce que nous les hommes de la Terre, pour cette part, nous allons vivre durant les quelques 2 200 années de l’ère du Verseau dédiée au dieu Uranus.

M. A. : La France est plongée depuis quelques semaines dans l’horreur, l’affaire dramatique de la petite Lola, l’affaire du viol et du meurtre crapuleux de la jeune Justine. C’est faits-divers, qui peuvent paraître comme des faits de société, en-dehors d’une considération purement politique, peuvent-ils être analysés sous l’angle d’un autre regard ? Celui précisément d’une conscience élargie ? Et qu’est-ce que cela nous dit ?

R. J. : Oui bien sûr on peut toujours s’autoriser à titre intime à s’interroger sur un regard autre que ceux en circulation sur tous les plans de la panoplie sociale et politique.

À ce stade il convient de s’accepter tel que l’on est, et non tel que l’on se voit ou se montre, pour écouter ce que dit la Conscience dans le repli du cœur.

C’est un toute autre vision à avoir qui amène à ne pas prendre parti pour un camp contre l’autre. Certes c’est un évènement que l’on subit en tant que corps humain vivant sur terre meurtri pas l’effet émotionnel et les conséquences astrales qui en découlent. Il convient d’apprendre à se désengager de ces seuils ou plans de conscience pour tenter de ne pas succomber à l’effet de la matière sur l’esprit. Un tel acte est le tribut que tous – tous ensemble – nous devons payer – pour tenter de nous réaliser meilleur en conscience. C’est au-delà de la dignité humaine telle qu’elle est quantifiée par nos morales. C’est plus spontanément faire appel à la Lumière et à l’Amour inconditionnel pour gommer la passage   de bas étage des réactions épidermiques humaines. Ne pas juger. Cela demande un sursaut intérieur devant l’inaction, car le message n’est pas dans le faire, il est dans le merci et le pardon qu’il faut sans cesse renouveler, pour le tenir « vivant ». Personne n’est rien et pourtant nos actes se conjuguent pour ramener la paix intérieure, cette Lumière qui est la force tant mal interprétée. Celle qui fait transiter par le chat de l’aiguille.

M. A. : Cher Robert, votre livre est passionnant, ce que vous nous dites l’est d’ailleurs tout autant, mais bien sûr, vous n’êtes pas sans ignorer que certains lecteurs vont demeurer soupçonneux. Nous ne vivons pas dans un monde ouvert à toutes ces théories, si je peux dire, nous sommes dans un monde matérialiste à outrance, dont la mort de Dieu, pour reprendre les termes de Nietzsche, a laissé des traces et fait des dégâts. Alors, comment convaincre les récalcitrants d’ouvrir leur cœur à autre chose que les théories scientifiques, qui finalement, sont très loin de ces thèses du retournement et du saut de la conscience. Doit-on leur conseiller de passer de la pensée par la tête à la pensée par le cœur, comme vous l’expliquez si bien ? Et quelle méthode nos lecteurs pourraient-ils employer pour réaliser cette transition ?

R. J. : Vous me demandez de convaincre et comment y parvenir ? La première chose est d’oublier de convaincre. Seule, peut-être, la présence silencieuse sans intention, face à la personne qui la regarde et prend pour modèle, peut l’aider à modifier sa compréhension de qui elle est. La conviction, c’est comme la foi, cela vient du très fond et ne peut s’exprimer depuis l’extérieur. Il s’agit d’un travail sur soi à faire. La parole émise, sortant du passage sacré du chakra, est redoutable de puissance. Le pouvoir de la parole et celle des armes …deux impacts bien différents !

L’être intime apprend à se donner ses propres convictions, cela fera sa richesse plutôt que sa grandeur. Dans les moments de grand vent intérieur, il pourra faire appel à cette richesse acquise – non sans mal – pour se tenir debout.

J’ai suivi la voie directe. Ce chemin n’est pas fait pour tous. Il a l’avantage d’éviter les égarements que l’on trouve sur les voies indirectes. Son exigence est redoutable et c’est très bien ainsi.

Je concède volontiers que dans la tourmente actuelle – les religions en opposition quasi frontale et la Science qui n’a pas vocation à répondre au besoin humain de transcendance pour échapper au quotidien miteux – il n’est pas aisé de trouver son chemin. Ce chemin certains l’appelle le dharma. Il ne viendra pas à vous si vous n’allez vers lui. Il résulte d’interrogations successives, les réponses s’emboîtent pour finalement, à un moment que l’on attend plus, un déclic jaillit en vous. Souvent il reviendra s’exprimer, parce que vous n’avez pas bien écouter la première fois. C’est un passage atemporel qui dérange votre train quotidien, remet vos questions en les classant inutiles ou encore utiles. Non satisfaites. C’est un questionnement qui surgit que vous ne pouvez plus arrêter. Là se pose la grande question : dois-je demander les réponses à l’extérieur ou dois-je les chercher en moi ? Je vous laisse répondre.

Je ne sais pas si j’ai vraiment réussi à exprimer ce que je contenais en moi, lorsque je tenais à formuler que le chemin que vous cherchez, est celui du cœur, et non celui de la tête. La tête est toujours utile. Elle ne vous mènera pas au-delà de ce qu’elle peut faire avec son logiciel neuronal et sa troupe de méthodes psychologiques et sociales associées. C’est une voie méritante certes, qui mérite d’être connue et donc pratiquée. Elle ne peut aller au-delà du chakra qui lui correspond.

Si vraiment vous êtes agité au point de désirer mener plus loin votre quête, vous vous apercevrez que le moment vient par étape successive, en dehors de votre volonté, il vous est alors permis d’avancer sur le chemin de « votre » vie.

Il ne s’agit pas à proprement parler de transition, faisant passer du chemin cérébral au chemin cardiaque. Les deux voies existent, chacun peut y trouver son compte. Le chemin du cœur seul peut emmener loin le désireux, s’il abandonne sa volonté première, nécessaire au départ, et tous ses attachements, le plus important étant l’abandon de son « moi », non pour le détruire, pour le mettre au service de la Conscience. C’est elle qui vous prend et vous fera progresser au rythme qu’elle sait pour vous. Rien ne peut plus se faire sans elle. Vous vous croyez disposer de votre libre arbitre, idéaliste et individualiste que vous êtes. Tout cela est à retourner. Vous aurez à renoncer à l’illusion de la liberté que vous croyez posséder (d’où le dilemme sociétal individu-collectivité) en prenant conscience de votre vraie nature, la conscience vous aidera. C’est alors que votre entrée dans le monde nouménal, vous laisse libre au-delà de ce que vous pouviez imaginer. Votre ascendance n’est pas une disposition de force à employer à l’égard de quoi ou de qui que ce soit. C’est une attitude naturelle de se sentir « à l’aise » au sein des mouvements naturels de la vie et du Cosmos. Votre participation se coule comme cette goutte d’eau qui a rejoint le grand fleuve sans l’identifier. Le fleuve ne peut être sans elle et réciproquement. C’est le Tout et le (presque) Rien.

Entre ces deux mondes, il n’y a pas de frontière, de transition. Seulement l’état qui vous permet dire de passer ou pas. La transition est celle qui devrait remplacer la mort, ce terme mal compris pour signifier qu’il y a changement d’état pour passer de l’un vécu dans le suivant connexe à vivre autrement, prêt à vous accueillir. Préparer longtemps à l’avance la manière dont vous accepterez le changement, est le meilleur conseil que je puisse offrir. Il ne s’agit pas de tout perdre. Le bilan est spirituel, c’est à dire qu’il retient ce que vous avez tenté de faire ou fait pour parvenir à rendre fluide le passage – de la matière à l’esprit -, de la vibration à la suivante. Cette préparation peut demander du temps et de la persévérance selon les appris, l’environnement et les leçons de la vie.  Il donne une sérénité qui évite les déséquilibres au moment de passer le chat de l’aiguille.

Pour se réaliser il ne tient qu’à vous de vous demander qui vous êtes, vraiment ? Le soulagement que vous en retirerez compense les échecs et les peines émotionnelles rencontrées. Lumière et Amour altruiste vous aideront autant que nécessaire. 

Propos recueillis par Marc Alpozzo 

Une sélection utile de quelques ouvrages de Robert JACQUOT publiés aux Éditions La Bruyère :

Le Tout et le Rien et l’homme dans tout ça (2021)
Le Temps est-il l’énigme ultime posée par le démiurge (2020)
Le Jeu de la Vie. Se déjouer de ses illusions (2019)
Les Nombres parlent (2018 – 2ème édition augmentée)

Marc Alpozzo
Philosophe, essayiste
Auteur de Seuls. Éloge de la rencontre, Les Belles Lettres

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