Nous sommes désormais presque vingt-cinq millions de Français à avoir reçu au moins une dose de vaccin.La pandémie n’est pas encore terminée, mais l’espoir de reprendre bientôt notre vie normale se concrétise.

Les Français restent cependant inquiets, et, selon un sondage d’Opinion Way du 17 mai dernier, 39% d’entre eux pensent qu’il va y avoir une quatrième vague.  Qu’est-ce qui peut expliquer cette anxiété ? Essentiellement l’attitude floue  d’un Jean Castex sur la suite des événements : « le port du masque », a-t-il déclaré le 10 mai dernier, « sera sans doute, à l’avenir, un moyen de protection naturel au-delà de la Covid. Évidemment, pas de façon permanente, obligatoire, partout et tout le temps, comme aujourd’hui. Mais il pourrait entrer dans les habitudes en Occident, notamment en période de grippe hivernale ».

Ça fait peu de certitudes et beaucoup de conditionnels, et c’est loin d’être rassurant ! D’autant plus que le Premier Ministre et son Ministre de la Santé se livrent à un numéro de duettistes façon Laurel et Hardy  très réussi, l’un annonçant la persistance du port du masque pour une durée encore indéterminée, l’autre en prévoyant la fin « pour bientôt », au moins en extérieur. Ces approximations et ces hésitations finissent par créer un climat très anxiogène dans la population ; on en donnera pour exemple que 60% des salariés, selon le baromètre de Malakoff Humanis, appréhendent leur retour au travail, et que, de plus, 16% des sondés ont déjà prévu de prendre un arrêt maladie si les mesures de protection sanitaire ne leur conviennent pas.

La « bonne » et la « mauvaise » anxiété

Or on connaît la corrélation étroite entre l’incertitude et l’anxiété chez un être humain. On peut définir l’anxiété comme une sorte de détecteur de menace potentielle qui nous sert à nous préparer  à temps aux nouvelles situations et à ne pas être dépassé par elles. C’est la « bonne » anxiété, dite adaptative ; dans ce cas, les réactions sont proportionnées au danger, donc efficaces, et, une fois la menace passée, on reprend ses habitudes et sa vie normale. Mais, dans la situation actuelle, la menace est encore présente, et ça change tout, l’incertitude demeure, on nous rappelle sans cesse qu’il est trop tôt pour baisser la garde. Le risque est ainsi que l’anxiété adaptative, utile et en quelque sorte constructive, se transforme en une « mauvaise » anxiété, de nature pathologique, donnant l’impression tenace qu’il ne peut arriver que du mauvais,  et installant de façon permanente dépressions et états paranoïaques. Comment l’éviter ?

Les « bébés neurones »

C’est une découverte récente des neurosciences qui va nous en fournir la clé.  Au début des années 90, on assiste à une révolution dans ce domaine, en découvrant l’existence de la neurogénèse adulte, un phénomène qui correspond à la naissance de nouveaux neurones dans le cerveau des adultes jusque tard dans leur vie, et à raison de près de mille cinq cents par jour ! Ce sont ces neurones « frais » qui permettent l’adaptation à la nouveauté  parce que, n’ayant pas encore été formaté par nos expériences, ils intègrent rapidement de nouveaux modèles et nous rendent plus facilement aptes à modifier nos connaissances et nos comportements.

Or les prochains mois sont pleins d’interrogations, entre autres sur l’efficacité des vaccins face aux nouveaux variants, et la durée de l’immunité. S’il est d’ores et déjà décidé la levée du couvre-feu, on sait aussi que les gestes barrière et la distanciation physique seront encore maintenus, pour une durée indéterminée, ce qui crée un climat général  d’appréhension. « Est-ce que je vais avoir besoin de garder encore une certaine distance avec les autres ? De leur demander de porter un masque s’ils sont enrhumés ou s’ils toussent ? Est-ce que je devrais éviter d’aller dîner chez des amis si je ne  connais pas tous les invités ?

Et si je le fais, quelles conséquences y aura-t-il sur ma vie sociale ? » , voilà les questions que me posent en ce moments mes patients dans mon cabinet. A se demander s’il ne faudra pas disposer d’une espèce de « cartographie du Nouveau Monde » pour se réorienter ! C’est une situation entièrement nouvelle et, n’ayant pas de solutions toutes faites, nous allons devoir les inventer au fur et à mesure, et c’est là que nos « bébés neurones» vont entrer en scène. Tous beaux, tous neufs, ils ne véhiculent aucun a priori et laissent librement passer dans leurs réseaux les connexions les plus inattendues. C’est ce qu’on peut appeler le circuit cérébral de l’innovation.

Augmenter sa tolérance à l’incertitude

Des exercices, inspirés des techniques comportementales et cognitives, peuvent vous permettre d’augmenter votre tolérance à l’incertitude. Vous pouvez, par exemple, vous rappelez vos « premières fois », et de la rentrée en maternelle à son premier job, en passant par son premier flirt ou son premier enfant, il y en a beaucoup dans la vie d’un être humain !

Choisissez celles qui vous donnent un sentiment de réussite, et identifiez les critères qui vous ont conduit au succès ; les reproduire sera désormais votre recette magique, à appliquer aussi souvent que possible, car, comme pour tous les apprentissages, l’entraînement sera votre meilleur atout. Vous pouvez aussi faire chaque jour quelque chose de nouveau ou de diffèrent, car, selon les recherches du professeur Pierre-Marie Lledo, directeur du département de Neurosciences à l’Institut Pasteur, la stimulation provoquée par le changement développe la production de nouveaux neurones dans le cerveau qui, à leur tour, vont activer le circuit de l’innovation, et trouver des solutions là où il y avait des problèmes. Tout se passe comme  si, en ajoutant des neurones, on soustrayait de l’anxiété.

Alors, si à force d’écouter infos et débats en tous genres, vous ne savez plus que et qui croire, si vous vous sentez perdu, dites-vous bien que c’est parfait : il n’y a, en effet, que quand on est perdu qu’on cherche son chemin, et il n’y a que quand on le cherche qu’on le trouve ! Christophe Colomb n’affirmait-il pas qu’ « on ne va jamais aussi loin que lorsqu’on ne sait pas où l’on va », et le moins qu’on puisse dire c’est que cette maxime  lui a merveilleusement bien réussi !

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