Les rémunérations des grands patrons français ont augmenté de 14% entre 2017 et 2018 selon le rapport annuel du cabinet de conseil aux investisseurs Proxinvest, avec un salaire moyen de 5,1 millions d’euros pour les PDG du CAC 40 et de 3,8 millions d’euros pour ceux du SBF 120.

Ces chiffres qui masquent certaines rémunérations, moins connues mais tout autant contestées, à l’image des 24,6 millions touchés par Bernard Charlès (Dassault Systèmes, CAC 40) ou des 6,3 millions touchés par Denis Kessler (SCOR, SBF 120).

Au cours des cinq dernières années, les patrons des grands groupes français, qu’ils soient cotés au CAC 40 (les 40 plus grosses capitalisations boursières de France) ou au SBF 120 (les 120 plus grosses entreprises suivantes), ont vu leurs rémunérations augmenter en moyenne deux fois plus vite que celles de leurs salariés, précise le rapport de Proxinvest. Pour la première fois, en 2018, ce montant moyen dépasse la barre des 5 millions d’euros pour les patrons du CAC 40, et des 3,8 millions (+10% en un an) pour ceux du SBF 120.

Comme le précise le cabinet de conseil aux investisseurs, ces montants, qui représentent plus de 135 fois le salaire brut moyen des Français, sous-estiment encore très largement les rémunérations totales des grands patrons français, qui peuvent en outre bien souvent compter sur de très généreuses retraites complémentaires (ou retraites chapeaux) qui gonflent encore sensiblement leurs revenus.

Ces rémunérations masquent d’ailleurs des disparités encore plus criantes. En effet, au sein du CAC 40, cinq patrons enregistrent des rémunérations dépassant les 10 millions d’euros : Douglas Pferdehirt (Technip-FMC), Paulo César Salles Vasques (Téléperformance), Carlos Ghosn (Renault), Gilles Gobin (Rubis) et Bernard Charlès (Dassault Systèmes). Bernard Charlès, le PDG le mieux payé de France, a gagné, en 2018, 15,8 millions d’euros selon Dassault Systèmes. Proxinvest estime toutefois que sa rémunération totale aurait en réalité été de 24,6 millions d’euros.

Les experts de Proxinvest pointent notamment du doigt les rémunération du patron du groupe pétrolier TechnipFMC, Douglas Pfedehirt qui, outre son salaire, s’est vu attribuer en 2018 7,5 millions d’euros d’actions gratuites, d’actions de performance et d’options, ainsi qu’un bonus annuel de 1,9 millions d’euros… alors que TechnipFMC a essuyé des pertes, que son cash-flow s’est dégradé et que les actions de l’entreprise ont chuté de 24%. De quoi poser des questions sur les niveaux de rémunération des dirigeants d’entreprise, leur corrélation aux résultats, mais également les artifices utilisés pour gonfler discrètement les émoluments des PDG des grands groupes.

Face à une opinion publique de plus en plus sensible aux questions de rémunération et d’égalité salariale, les grands groupes rivalisent en effet d’inventivité pour réduire autant que possible la part fixe des salaires de leurs patrons, tout en gonflant de manière exponentielle les parts variables, qui ne sont pas toujours liées à des exigences de résultats. Ces petits arrangements expliquent largement que la proportion d’action dans la rémunération totale des PDG français est passée de 5% à 36% en neuf ans. Le nouveau directeur général d’Air France-KLM, Benjamin Smith, a par exemple limité son salaire fixe à 900’000 euros, tout en disposant d’une rémunération potentielle à hauteur de 4,25 millions d’euros.

Pourtant, certains écarts semblent être à chercher du côté du second marché (SBF 120), où certaines rémunérations sont alignées sur la frange haute des salaires du CAC 40 malgré des capitalisations bien moindres. C’est notamment le cas du patron de SCOR, Denis Kessler, récemment épinglé par le fonds activiste CIAM pour des rémunérations disproportionnées à la taille de l’entreprise et aux résultats. Avec un salaire de 6,3 millions d’euros, les rémunérations de M. Kessler le placent au-dessus de la moyenne du CAC 40 malgré une capitalisation bien moindre et des résultats jugés décevants (perte nette de 20 millions d’euros au 4e trimestre 2018, et résultat net de 322 millions d’euros, en chute libre par rapport aux années précédentes).

A l’heure des Gilets Jaunes et d’une contestation sociale grandissante, l’opinion publique demeure vigilante face à des pratiques anachroniques et dangereuses. Comme le rappelle Proxinvest, les salaires des grands patrons français ont atteint en 2018 pour la première fois l’équivalent de 240 SMIC, un cap symbolique qui représente, pour le cabinet de conseil en investissement, la rémunération maximale jugée « socialement acceptable ». Pourtant, tout laisse à penser que la flambée des salaires des grands patrons va se poursuivre dans les années à venir.

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