Portrait : Laurent Dubois, l’équilibre pour vertu professionnelle

Laurent Dubois est un dirigeant discret. À rebours de l’esprit du temps qui associe volontiers innovation à entrepreneuriat solitaire, ce vétéran de l’industrie cosmétique a réussi à joindre le parcours classique d’un cadre de grande entreprise et la vision d’un innovateur d’avant-garde en matière de transformation numérique. Nous avons recueilli ses propos : portrait d’un parcours professionnel à la croisée des chemins.

Gravir les échelons jusqu’aux directions internationales

C’est à Copenhague que ce franco-suédois fait une rencontre qui déterminera les 30 prochaines années de sa vie. En VSNE chez Air Liquide, il croise la route du directeur de L’Oréal Danemark qui lui conseille d’envoyer son C.V :

« Au départ, ce n’était pas une vocation : je me suis dit que j’allais y rester trois ans, comme un MBA supplémentaire. Finalement, j’y suis resté 30 ans, car la culture d’entreprise, la prise rapide en responsabilité et l‘intérêt pour le secteur de la beauté m’ont instantanément séduit. »

Son ascension par la suite est rapide et constante : directeur marketing de Gemey (désormais Gemey-Maybelline) à 29 ans, directeur de Garnier Belgique en 1995 à 31 ans et de toutes les activités du groupe de la Finlande et des pays baltes en 1999. En 2000, il devient patron de Garnier et de Gemey-Maybelline France, poste qu’il occupera pendant 5 ans.

Il acquiert dans ces premières années une expertise unique dans le marketing des produits de beauté, maîtrisant les aspérités d’un marché ultra-compétitif et mondial, assurant le développement de nouveaux produits tout en gérant le Go To Market dans les pays dont il a eu la charge.

Dans le même temps, et, à mesure qu’il monte en grade, Laurent Dubois voit le nombre de collaborateurs sous sa responsabilité sensiblement augmenter, jusqu’à atteindre 3500 personnes au sommet de sa carrière dans le célèbre groupe français de cosmétique.

Après avoir pris, en 2008, la direction générale de la division professionnelle du groupe,  – les produits vendus dans les salons de coiffure par exemple – pendant 5 ans, il devient patron pour la même division de la zone Europe de l’Est, puis enfin de l’Europe de l’Ouest. Ces derniers postes demandent un aller-retour constant entre des exigences différentes mais complémentaires :

« Lorsque l’on est patron de zone, on est au cœur du réacteur car on côtoie au quotidien des membres du Comex, mais en même temps on garde les pieds sur terre grâce aux déplacements réguliers dans les pays sous sa responsabilité. C’est passionnant, puisque c’est un poste tout autant stratégique qu’opérationnel »

Au-delà de sa double expérience en marketing et en management, de ses évolutions hiérarchiques régulières,  le parcours de Laurent Dubois a une forte dimension internationale. Il a en effet habité aux Etats-Unis, au Danemark, en Belgique, en Finlande, et a travaillé dans bon nombre de pays.

Rester alerte aux changements d’environnement, un legs du marketing ?

De 2005 à 2008, Laurent Dubois a dirigé le Club des Créateurs de Beauté. La société, pionnière de la vente en ligne de produits cosmétiques, lancée par L’Oréal en joint-venture avec les 3 Suisses, se révèle particulièrement innovante.  Le Club des Créateurs de Beauté – créé en 1982 – était un acteur de la VPC traditionnelle basé sur des catalogues papiers sur le secteur de la beauté. Par ailleurs à la même époque le e-commerce en était à ses balbutiements.

Laurent Dubois comprend très tôt l’importance du virage de la VPC vers le e-commerce :

« Aujourd’hui, c’est un fait acquis et évident que n’importe quel produit ou presque peut se vendre sur Internet.  Mais en 2005 ce n’était pas évident du tout. Et fidèle au principe du groupe “savoir saisir ce qui commence”, nous avons rapidement créé l’un des premiers sites de e-commerce avec des ambitions importantes. »

Le parcours, à première vue plutôt classique, détonne : peut-on donc profiter de la force de frappe d’un grand groupe sans sacrifier l’agilité de l’innovation ? Pour l’intéressé, l’important n’est pas dans la taille de l’entreprise ou même dans le statut que l’on peut choisir, que ce soit salarié ou entrepreneur, mais bien de trouver une entreprise suffisamment agile pour prendre des paris audacieux.

En effet, en plus de trente ans dans la même entreprise, il a occupé douze ou treize postes : un nouveau poste tous les deux ou trois ans, ce qui correspond à peu près au temps passé de nos jours par beaucoup de salariés dans une boîte avant d’en changer. Lorsque les opportunités et les postes changent, on peut donc s’épanouir également dans un grand groupe.

Lui voit sa situation, la vie professionnelle de sa génération, comme intermédiaire lorsque nous lui posons la question de savoir si son type de carrière est aujourd’hui un peu dépassé :

« Sur trois enfants, j’en ai deux qui sont entrepreneurs : ils ne veulent pas être salariés mais veulent développer leurs propres idées, ce qui n’existait pas beaucoup dans ma génération. La tendance est de passer de job en job. De mon côté, je viens d’une génération assez intermédiaire, entre celle de mes parents où certains ont fait toute leur vie dans la même boite, et celle de mes enfants. »

Situation intermédiaire, entre deux, qui finalement défini bien le caractère de ce passionné de voile – il a récemment participé à la transat anglaise sur un trimaran Ultime – dans sa vie professionnelle : tout à la fois opérationnel et stratégique, dirigeant traditionnel et pionnier de l’e-commerce, profil international ayant fait sa carrière dans une entreprise française, et qui souhaite désormais lancer ses propres projets entrepreneuriaux dans les cosmétiques.

Nul doute que cette force d’équilibre, qui n’est pas qu’une simple capacité d’adaptation aux circonstances, peut inspirer les nouvelles générations de cadres et de dirigeants cherchant eux-mêmes leur voie dans un monde professionnel en mutation permanente. Rester alerte, malgré les inerties, un legs de ses débuts dans le marketing ?

Alexandre Bodkine

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