Dans un article du New York Times paru le 3 avril dernier, et titré « Nous nous sommes tous heurtés à un mur », la journaliste américaine Susan Orlean est interviewée sur son état d’esprit en temps de Covid-19 : « J’ai l’impression d’être dans des sables mouvants », a-t-elle dit.

« Tout récemment, j’ai passé une demi-heure à lutter pour récupérer un mot du système de mémoire défectueux qui a remplacé mon cerveau prépandémique. » Voilà qui fait partie des choses que nous risquons d’oublier : avant la pandémie nous avions un cerveau vif et entraîné, sur lequel nous pouvions compter en toute occasion ! Mais maintenant, nous avons du mal à le localiser, il nous échappe une grande partie du temps. On dirait le facétieux Charlie de la bande dessinée de Martin Hanford, c’est sûr qu’il est là, caché quelque part, mais où ?

Dans mon ventre

La paroi de notre intestin est tapissée de neurones « gastriques » qui, comme les neurones cérébraux, transmettent des informations et produisent toutes sortes d’émotions. C’est la raison pour laquelle on dit de notre ventre qu’il est notre « deuxième cerveau ». C’est le neuro-gastro-entérologue américain Michael Gershon qui a inventé cette expression pour désigner notre système nerveux entérique, dont la fonction est de contrôler tout ce qui a trait à la digestion. D’après lui, « nous possédons un cerveau dans la tête , qui traite avec les plus belles choses de la vie , et nous disposons d’un cerveau dans l’intestin , qui traite de la sale besogne , malpropre , dégoûtante , de la digestion ».

Les organismes les plus sommaires, comme les mollusques, n’avaient besoin que de quelques neurones dans leur estomac, parce qu’ils se contentaient d’ absorber ce qui était à leur portée . Mais, en évoluant, ils ont eu de nouveaux besoins, et il leur a fallu chercher activement de la nourriture ; un autre cerveau est alors devenu indispensable, il s’est logé dans la boîte crânienne, s’est développé, et a pris le pas sur l’autre. Sans cet extraordinaire organisation, notre cerveau serait resté entièrement mobilisé pour gérer l’alimentation et la digestion, et il n’aurait disposé d’aucune énergie pour penser à autre chose. Ni l’intelligence ni la conscience humaine n’auraient alors pu s’exprimer !

J’entraîne mon gastro-cerveau

Le cerveau, qu’il soit « du haut » ou « du bas », a besoin de stimuli pour s’exercer. Qui dit stimuli dit nouveauté, alors en tentant des recettes culinaires inédites, en réalisant des expériences gustatives variées, et même bizarres, vous susciterez l’intérêt et la curiosité du vôtre , et vous optimiserez ses performances.

Dans mon cœur

En plus de la tête et du ventre, nous avons un «  troisième cerveau » : le cœur. Aristote, un des plus grands penseurs de l’Antiquité grecque, croyait que là résidait notre pensée ; pour lui et ses disciples, il était évident que l’activité mentale étant la plus importante de toutes, elle ne pouvait prendre sa source qu’au centre de l’organisme, donc dans le cœur. Cette vision anatomique semblait tellement logique et cohérente qu’elle perdura jusqu’au milieu du Ier siècle avec JC, et ne disparaîtra que cinq siècles plus tard, avec Galien, un autre grec, un des pères fondateurs de la médecine moderne.

J’entraîne mon cardio-cerveau

La mémoire et le raisonnement sont des capacités fortement corrélées, en travaillant l’une, vous travaillerez aussi l’autre ! Probablement la façon la plus productive de procéder, c’est de mobiliser à la fois la partie rationnelle et la partie émotionnelle de votre cerveau, en faisant des listes qui racontent votre vie : vos cadeaux de Noël ou d’anniversaire, ou le nom de vos instits et de vos profs, ou encore les endroits où vous êtes allé en vacances. L’important c’est d’arriver à reconstituer la liste année après année, et sans qu’il en manque une seule !

Dans le plafond de la chapelle Sixtine

L’œuvre la plus connue du génie qu’était Michel-Ange est très certainement le plafond de la chapelle Sixtine, auquel il consacra quatre années de sa vie. En plus de la peinture et de la sculpture, cet immense artiste avait aussi le goût de l’anatomie, et disséquait des cadavres dans les hôpitaux de Rome et de Florence. Selon plusieurs études scientifiques, il aurait, dans les peintures des rideaux et des nuages de son chef- d’œuvre, caché des coupes du cerveau humain. C’est la thèse que défendent les docteurs Ian Suk et Rafael Tamargo, deux experts de l’école de Médecine Johns Hopkins de Baltimore ; classée dans le Top 5 des meilleures du monde, sa réputation de sérieux ne peut être mise en doute !

J’entraîne mon picto-cerveau

Exercer son picto-cerveau, c’est essayer de traduire avec la main ce qu’on voit avec son œil. Et pas besoin pour ça d’avoir pris des années de cours dans une Académie ! A l’initiative du Getty Museum de Los Angeles, les internautes se sont amusés, pendant le confinement, à reproduire des tableaux de maître avec ce qu’ils avaient dans leurs placard, des rouleaux de papier toilette pour faire des collerettes Renaissance, des lave-vitres télescopiques pour le sacre de Napoléon, et toutes sortes de Joconde et d’autoportraits de Vincent Van Gogh. Le musée a été, selon les termes de Sarah Waldorf, responsable des médias sociaux, « inondé » par leurs créations, toutes visibles sur leur site, et toutes très inspirantes !

Dans une puce d’Elon Musk

Avec sa société Neuralink, Elon Musk a mis au point un implant pour connecter un cerveau à un ordinateur, mais, s’il en a démontré publiquement l’efficacité sur les cochons en août dernier, l’application à l’homme, annoncée pour 2021, ne semble pas encore d’actualité. Elon Musk voit dans sa puce la possibilité de communiquer à distance, de soulager les douleurs les plus extrêmes et les dépressions les plus graves, et de faire remarcher les handicapés. De plus, a-t-il prédit, en permettant une symbiose avec l’IA, « on pourra enregistrer et voir nos souvenirs, si on a un accès total au cerveau et que l’on arrive à décoder la mémoire alors on pourra enregistrer, garder des sauvegardes et restaurer nos souvenirs et pourquoi pas synchroniser sa mémoire avec un corps robotisé ». Et de conclure : « le futur sera bizarre ! »

J’entraîne mon futuro-cerveau

Un des aspects essentiels de l’intelligence humaine, c’est sa capacité à anticiper. On peut améliorer cette fonction du cerveau en l’exerçant sur quelque chose de très concret, comme les déplacements d’un personnage de jeu vidéo, un footballeur par exemple ; chacune de vos actions aura une réponse immédiate, et vous saurez tout de suite si vous avez gagné ou perdu, et si vous êtes, ou non, particulièrement doué. Ce sera, bien sûr, beaucoup plus performant si vous jouez à plusieurs !

Catherine Muller
Docteur en psychologie
Member of the World Council of Psychotherapy
Member of the American Psychological Association

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