Le géant des télécoms avait repris cette ex-activité sensible d’Alcatel. Un plan social se profil alors qu’une reprise est possible pour ce leader mondial des cœurs de réseaux télécoms. Un désastre stratégique en vue pour la France comme pour l’Europe.

Radio Frequency Systems (RFS), anciennement Alcatel, exploite un savoir-faire industriel de haute technologie à Trignac (Loire-Atlantique). Spécialisée dans les câbles, broadcast, elle dispose d’une position de leader français et mondial dans la conception et la fabrication d’antennes pour les cœurs de réseaux télécoms (MAS). Une place stratégique à une époque d’équipement mondiale, phase charnière durant laquelle les Etats-Unis et la Chine s’interdisent l’installation des technologies de l’autre super-puissance. Pourtant, en France, personne ne s’émeut que Nokia projette de fermer son activité.

Roland Lescure, ministre de l’Industrie, si prompte à défendre l’emploi industriel de la France et son collègue Jean-Noël Barrot, ministre des Télécommunications, ne sont probablement pas informés. Les maires de Trignac et Saint-Nazaire tout proche, ignorent certainement ce qui se trame.

Dans l’hexagone, Bercy s’occupe d’abord des entreprises de plus de 400 salariés. Cependant, les entreprises stratégiques et symboliques peuvent bénéficier de l’intérêt de l’Etat. RFS l’est sans conteste. L’affaire Huawei, ce concurrent chinois de RFS sur les cœurs de réseaux, interdit de vendre ses produits aux USA, devrait pousser la France à faire de ce dossier une priorité.

RFS est une belle filiale de Nokia avec 253 millions d’euros de chiffre d’affaires et 971 employés. Avec un chiffre d’affaires d’environ 30 millions d’euros, RFS-MAS emploie 130 salariés qui ont été informés par le Comité social et économique le 28 novembre dernier que l’actionnaire, le géant finlandais Nokia, pourrait fermer l’activité qui perd de l’argent depuis trop longtemps et n’arrive pas à équilibrer ses comptes.

Un plan social est en vue. Pudiquement appelé plan de sauvegarde de l’emploi, il pourrait détruire cette activité stratégique dont dispose seulement trois pays au monde : les Etats-Unis, la Chine et la France pour l’Union Européenne. Des compétences pointues de R&D et la possibilité pour l’Europe d’assurer sa souveraineté en matière de cœur de réseau télécom est donc en passe d’être détruite dans un silence assourdissant.

La loi prévoit bien aujourd’hui qu’une entreprise ne peut pas fermer sans tenter de trouver un repreneur. Mais un PSE pourrait permettre à Nokia de détourner l’esprit de cette règle.

Selon nos informations, une offre a été remise fin novembre. Le management de RFS soutient cette planche de salut qui pourrait sauver l’entreprise. Nokia réfléchit. Une décision est imminente. Le géant finlandais pourrait appuyer sur le bouton off et priver la France et l’Europe d’une entreprise stratégique à une époque où les tensions géo-politiques sont exacerbées et l’espionnage via les réseaux télécoms une réalité et non plus une simple idée.

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