PME de la région nantaise spécialisée dans les produits de pâtisserie, France Génoise a connu un parcours qui mérite l’attention. En 2008, après des investissements importants dans une nouvelle usine et le rapprochement avorté avec un autre industriel, la petite PME de Nicolas Faguier, s’est placée en procédure de sauvegarde devant le Tribunal de commerce de Nantes. Le début d’une longue histoire semée d’embuches et de travers qui connaît une fin heureuse grâce à la détermination indéfectible de son président, Nicolas Faguier, et de ses salariés.

L’occasion pour cet entrepreneur valeureux de dresser un véritable réquisitoire contre la gestion des tribunaux de commerce. Pour lui, « seules 1 % des entreprises en redressement judiciaire parviennent à survivre, c’est un bilan scandaleux ».

Comment avez-vous obtenu un plan de continuation en mars 2010 ?

Nicolas Faguier : Je tiens tout d’abord à rappeler que les juges qui nous ont suivis ont été absolument remarquables, et nous ont accompagnés afin de résoudre les différentes problématiques que nous rencontrions.

Avec l’administrateur, en revanche, nous avons eu à gérer un véritable bras de fer honteux, celui-ci faisant tout pour revendre l’entreprise à l’industriel qui nous avait mis en danger. Nous avons tout de même obtenu un plan de continuation et réussi à lever 150 K€ grâce à notre passage à l’antenne sur BFM Business avec Stéphane Soumier.

Nous avons par ailleurs intégré l’ensemble des salariés au capital de l’ entreprise. L’entreprise avait alors une dette de 1M€ à rembourser. Nous avons réussi à doubler notre chiffre d’affaires en l’espace de 8 ans en passant de 1,9M€ à 4 M€.

Nous avons investi 800 K€ dans l’outil de production sans recourir au financement bancaire et sur la période, l’effectif de l’entreprise est passé de 12 à 25 salariés.

Comment avez-vous redressé l’entreprise ?

La force du consensus est souvent sous-estimée. Lorsque tout le monde œuvre dans le même sens, les choses vont beaucoup plus vite. Nous avons donc décidé de miser très fortement sur l’implication des salariés qui sont tous devenus actionnaires à nos côtés en 2010 (12 personnes).

Cette association au capital et ce travail collaboratif en interne ont favorisé une importante émulation, permettant une optimisation de l’organisation, des process, etc…

L’innovation produit fut le second ingrédient clé de notre redressement. Notre outil de production permet une grande agilité et laisse donc pleinement place aux innovations produits. Nous avons développé pas moins de 40 références, dont la tartelette TY’NANTAIS, primée au snacking d’or 2017.

Comment avez-vous réussi à rembourser le plan de continuation avec 1 an d’avance ?

Nous avons pu anticiper le remboursement de notre dette grâce à une levée de fonds de 300 K€ réalisée à travers la plate-forme de crowfunding Look & Fin. 209 investisseurs particuliers nous ont fait confiance fin septembre dernier.

C’ était la première fois qu’un financement participatif était mobilisé pour solder un plan de continuation. J’ai véritablement été bluffé par la réactivité et la pertinence des équipes de Look & Fin. Je pense que le crowfunding doit désormais être intégré pleinement à la stratégie des entreprises qui connaissent des difficultés de financement.

Quels conseils donneriez-vous à des entreprises placées en procédure de sauvegarde pour se reconstruire et échapper à l’omerta des administrateurs ?

Tout d’abord, de prendre un bon avocat, soit un avocat véritablement spécialisé dans les procédures collectives. Ensuite, de jouer la transparence envers les salariés, c’est la base de la confiance.

Il faut être exemplaire à leur égard (roulez en CLIO !). Il ne faut jamais perdre de vue que le redressement de l’entreprise ne peut se faire qu’avec eux, et grâce à leur implication. Il faut également communiquer en direction de vos partenaires : clients et fournisseurs.

Et les banques ?

Concernant les banques, la confiance est rompue, il faut en faire le deuil… Il ne faut pas hésiter, lorsque c’est possible, à négocier la dette en échange d’un apport d’argent frais.

Dans 99% des cas, l’ entreprise part en liquidation et les créanciers perdent tout ou presque, votre « bon » avocat saura faire. Si vous remboursez 70% de l’encours, de nombreux créanciers vous suivront et vous remercierons.

A vouloir rembourser 100%, on finit en liquidation, et tout le monde perd tout. C’est très répandu aux US, à trois reprises, dans sa carrière, Donald Trump s’est mis en « chapter 11 ». En France, Donald Trump serait au RSA et accablé de dettes !

Vous insistez sur le fait d’être malin…

Oui, car l’absence de trésorerie oblige à réfléchir deux fois plus. Nous avons investi 800 K€ en 8 ans, sans avoir accès au crédit, en recourant à du matériel d’occasion, à de la location achat etc.

Il faut savoir créer de la confiance par-delà votre cotation Banque De France dégradée. Il faut enfin être combatif, et avancer « pas à pas ». Chaque jour passé est une victoire qu’il faut célébrer, sans trop regarder l’horizon lointain, qui peut parfois sembler inaccessible et donc décourageant.

Pour terminer à travers ce chemin de croix qui vous attend, il ne faut pas oublier que grâce à la procédure de sauvegarde, vous pouvez faire entrer de nouveaux actionnaires à tout moment, contrairement à la procédure de redressement judiciaire où l’aval du Tribunal de Commerce est nécessaire et peu souvent accordé au dirigeant en place.

Quel avenir rêvez-vous pour France Génoise ? Quels sont vos projets de développement ?

Nous allons continuer notre route, préserver au mieux l’esprit collectif qui nous anime malgré la croissance et les nouvelles équipes entrantes, et rester tournés vers l’innovation et la qualité produit, c’est notre ADN. Notre force et notre capacité à entreprendre ensemble.

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