Nicolas Dupont-Aignan dans sa permanence parisienne de Debout La France le 15 mars 2021

À 60 ans, Nicolas Dupont-Aignan fait preuve d‘une pugnacité inégalée pour défendre un certain patriotisme. À l‘heure où tout le monde désormais se proclame souverainiste, le président de Debout la France pense son heure arrivée. Une chose est sûre, son discours de redéploiement économique a de quoi résonner chez nombre d‘acteurs économiques.

Vous êtes l’un des premiers à avoir annoncé votre candidature à l’élection présidentielle de 2022. Quel est votre objectif : faire barrage à Emmanuel Macron, renforcer Marine Le Pen avec laquelle vous avez fait alliance en 2017, participer à une union des droites ou gagner ?

Nicolas Dupont-Aignan : C’est de m’adresser à tous les Français pour leur offrir un choix différent de ce duel Macron-Le Pen qu’ils rejettent à 70% et qui ne peut que faire réélire Emmanuel Macron. Ce duel est une calamité pour notre pays. Emmanuel Macron a choisi son adversaire pour être réélu. Moi je suis Gaulliste, je crois que l’élection au suffrage universel, c’est donner aux Français le choix, sortir des jeux partisans, s’adresser au pays et sauver la France. Ma candidature est faite pour gagner !

Pensez-vous sincèrement pouvoir gagner ?

Je pense que la classe politico-médiatique me sous-estime. Je n’ai que 0,5% de temps d’antenne aujourd’hui, alors que je suis déjà à 7% dans les sondages. En 2016, j’avais 1% dans les sondages et j’ai fini à 4,5%. Avec 10% au premier tour, je peux tout à fait être au second tour. Je suis par ailleurs convaincu que je peux davantage que Marine Le Pen battre Emmanuel Macron. Je me lance clairement pour être au second tour et pour gagner.

Je ne dis pas que c’est l’hypothèse la plus facile, mais quand je vois que Les Républicains ont abandonné de fait, puisqu’ils n’ont pas de ligne idéologique et que la plupart d’entre eux sont prêts à voter Emmanuel Macron dès le premier tour, il y a donc toute une partie des électeurs républicains qui sont orphelins. Je pense que le Gaullisme républicain et le patriotisme humaniste que je propose correspondent tout à fait à ce qui est capable de rassembler les Français.

Vous affirmez que vous êtes le seul à défendre depuis plus de vingt ans un patriotisme humaniste et sérieux. Expliquez-nous ce qui fait votre différence.

Je pense que tout procède d’abord de l’indépendance nationale. C’est-à-dire que si la France en est là aujourd’hui, c’est parce que les gouvernements de gauche et de droite qui se sont succédé depuis vingt ans au pouvoir ont signé des traités qui ont démuni les dirigeants des moyens d’action. J’ai toujours combattu tous ces traités ! Le premier objectif, le premier axe de mon projet, préalable à tout, c’est de reconquérir notre souveraineté.

C’est-à-dire reconquérir nos frontières, reconquérir notre budget, reconquérir nos lois, reconquérir notre atout scientifique et technologique. C’est d’ailleurs pour cela que tous nos gouvernements échouent depuis vingt ans. Ce n’est pas que les hommes et les femmes soient mauvais, ce n’est pas qu’ils n’ont pas de bonnes intentions – il y a des gens remarquables qui ont de la sincérité et qui travaillent – mais ils n’ont pas compris que l’Union européenne nous empêchait d’être libres et efficaces.

Ce qui ne veut pas dire sortir de l’Europe ?

Ce qui veut dire sortir de l’Union européenne mais ne pas sortir de l’Europe. La nuance est essentielle. L’Union européenne, pour moi, est inefficace et dangereuse. C’est pourquoi, je propose des coopérations européennes économiques, scientifiques, à trois ou quatre pays, à géométrie variable et adaptées au XXIe siècle. L’Union européenne, c’est une institution qui date de 1950. Nous sommes bientôt en 2030. Elle a donc presque un siècle et est dépassée.

Dans un contexte de mondialisation mobile, il faut retrouver notre souveraineté nationale, mais il faut la coordonner par thème sur des grands projets technologiques, scientifiques, industriels qui permettront de peser face à la Chine et aux Etats-Unis. Et ça, c’est le premier point qui est fondamental. Et je regrette que les Socialistes ou Les Républicains ne le comprennent pas. Voilà pourquoi les gouvernements pataugent depuis vingt ans. C’est la raison pour laquelle aucun président n’arrive à se faire réélire.

Parce qu’ils n’ont pas compris qu’ils n’avaient pas la liberté de combattre, comme un boxeur dont on aurait lié les mains. Un boxeur dont on lie les mains ne peut pas gagner un combat !

Le patriotisme, c’est aussi de relocaliser des emplois ?

Oui, c’est le deuxième point fondamental d’un patriotisme sérieux. Je veux relocaliser un million d’emplois, car nous ne pourrons pas porter notre système social, nous ne pourrons pas donner un avenir à notre jeunesse, s’il n’y a pas de boulot. J’ai un projet très concret. C’est d’abord un fonds de relocalisations à la japonaise de 10 milliards. C’est – il faut le reconnaître – ce qu’a commencé à faire le gouvernement avec le fonds de souveraineté mais seulement pour 1 milliard. Je le propose donc à une échelle dix fois supérieure et non pas pour créer 3 000 emplois, mais pour en créer un million.

Je veux faire cela pour aider les entrepreneurs à relocaliser sur le sol français. Et pour relocaliser, il faut robotiser et il faut investir. Or, les entreprises n’ont pas les fonds propres, elles n’ont donc pas la capacité de relocaliser. C’est cela la réalité, à quelques exceptions. Donc, il faut mettre un coup d’accélérateur sur les relocalisations industrielles.

Ça passe également par les commandes publiques ?

Oui, je veux un « Small Business Act » qui réserve la commande publique aussi aux petites entreprises, parce qu’on s’aperçoit que ce sont toujours les plus grandes qui en bénéficient. Je souhaite que l’on utilise la commande publique pour soutenir les TPE, PME et PMI, comme les Américains le font. Mais aujourd’hui, comme vous le savez, c’est interdit dans les règles de l’Union européenne. Je veux donc qu’il y ait 75% de la commande publique qui soient réservés à des entreprises qui produisent en France – ce qui ne veut pas dire forcément

des entreprises françaises – et dont 50% pour des petites et moyennes entreprises. Autre mesure essentielle, c’est que toute entreprise qui produit des bénéfices et qui les réinvestit sur le sol français voit ses impôts sur les sociétés divisés par deux. On pourra en détailler les modalités, mais en gros, c’est une prime à la réaffectation des bénéfices sur le territoire français. Cette mesure doit devenir automatique et être d’une grande simplicité.

Que proposez-vous en matière de droits de succession ?

Je propose clairement la suppression des droits de succession sur les TPE & PME et je veux aussi pour les Français zéro droit de succession sur la résidence principale, car dans les deux cas, c’est l’économie et le résultat du travail de toute une vie. Les Français doivent pouvoir léguer à leurs enfants leur résidence principale sans aucun seuil. Ce que je ne veux plus, c’est voir des entreprises françaises vendues à des étrangers parce qu’il y a des droits de succession. L’autre point important, c’est un investissement dans la Recherche, car nos chercheurs en France sont mal payés.

On le voit bien dans le domaine médical, les chercheurs sont accablés de bureaucratie, ils passent la moitié de leur temps à remplir des dossiers pour obtenir des financements. Je veux qu’on aide davantage des chercheurs qui réussissent. C’est un élément clé, parce qu’on s’aperçoit que toutes les plus grandes entreprises américaines, les GAFA, sont nées dans des garages et par des génies de la Recherche qui sont souvent des Français, qui ont été obligés de partir, car c’est trop souvent la prime à la médiocrité dans notre pays.

Vous parlez aussi d’un livret d’épargne de production française, c’est-à-dire ?

L’idée c’est de créer un livret d’épargne de production française qui aurait toujours un taux d’intérêt légèrement supérieur à l’inflation, qui ferait que les épargnants lésés dans le système actuel, puissent se dire qu’ils investiront dans la production française et qu’ils garderont leurs économies. C’est une sorte de livret A amélioré pour tous les investissements dans la production française et la relocalisation d’entreprises françaises.

Enfin, tous ces avantages fiscaux dont j’ai parlé seront orientés géographiquement vers les départements ruraux et les villes moyennes. Je veux qu’il y ait un bonus pour tous ceux qui investissent dans les villes moyennes où il fait bon vivre et qu’on évite l’entassement urbain, car les gens y sont malheureux avec des loyers hors de prix ; sans parler de nos territoires ruraux qui se désertifient. Il faut arrêter de tout entasser dans les 13 métropoles régionales.

La crise sanitaire vous donne-t-elle de nouvelles opportunités de convaincre les Français sur votre programme, puisqu’on n’a jamais autant entendu parler de décentralisation, de relocalisations, de circuits courts et de made in France ?

Cette nouvelle donne est à la fois positive et négative. C’est positif, parce qu’il y a une véritable prise de conscience des Français sur tous ces sujets. Et ce que j’affirme depuis des années avec Philippe Seguin et d’autres, notamment depuis le début de mon engagement politique, est apparu dans toute sa cruauté, avec le manque de masques et tout le reste. Je me réjouis que les Français ouvrent les yeux. Mais, par ailleurs, le grand danger aujourd’hui, c’est qu’on est face à une espèce d’arnaque gigantesque : ceux qui ont tué l’industrie française, ceux qui ont tué nos PME, ceux qui ont créé la bureaucratie, ceux qui ont endetté le pays font semblant de comprendre et de changer.

Mais ils ne font que semblant ou ne proposent que des mesurettes qui ne sont pas à l’échelle des problèmes et des enjeux. A titre d’exemple, j’ai demandé qu’on transforme les PGE en prêts participatifs. J’ai donc au début été satisfait d’entendre Bruno Le Maire sur ce sujet. Sauf que les conditions proposées par le gouvernement sont tellement compliquées que ça va être un petit filet d’eau, un petit tuyau d’arrosage, alors qu’il faudrait une lance à incendie pour éteindre le feu.

C’est pour cela que je dis aux Français, vous devez confier ce nouveau patriotisme à de vrais patriotes. Le problème, c’est que le gouvernement ne veut pas changer de paradigme, car il ne veut pas changer le cadre européen.

Fervent partisan du made in France, que proposez-vous de plus à ce propos ?

C’est une des mesures importantes que je propose. Je veux que sur toutes les étiquettes des produits, on indique la part qui est produite et fabriquée en France. C’est tout à fait possible avec la comptabilité informatique et analytique aujourd’hui.

Que souhaitez-vous dire aux restaurateurs qui souffrent particulièrement en ce moment ?

Qu’il y a urgence ! Alors, première mesure d’urgence, c’est de rouvrir les restaurants. Il faut arrêter le délire ! On est devenu fous, c’est un suicide collectif, avec des professeurs qui sont en train de suicider le pays. Attention, j’ai toujours dit que l’épidémie était grave, mais j’ai proposé des mesures depuis le début qui permettaient de ne pas fermer le pays : masques FFP2 pour les personnes les plus vulnérables, mettre en place du télétravail pour les gens qui ont des comorbidités, augmenter le nombre de lits, diffuser des pratiques de soins précoces…

Donc, je ne suis pas de ceux qui ont minimisé l’épidémie. Mais je dis qu’on est tombé dans la folie avec la fermeture du pays. Ça c’est le premier point, il faut rouvrir les restaurants, les musées, les cinémas, les salles de sport qui respectent les règles sanitaires.

D’autres mesures d’urgence ?

Oui, deuxième point, je veux qu’on étale les PGE sur vingt ans, pas seulement sur cinq ans, taper du poing sur la table auprès des banques et ne pas écouter Bruxelles. Il faut sauver les TPE & PME qui sont face à un mur de dettes. Et on ne peut pas sauter ce mur sans étaler. Et c’est à l’Etat de le faire en s’appuyant sur la Banque centrale. Troisième point, il faut transformer une partie de ces PGE en prêts participatifs pour sauver durablement les entreprises.

Ça, malheureusement, ça ne sera pas fait, car M. Le Maire se couche devant Bruxelles pour négocier des mesurettes. Je suis déçu parce que tout ce qui est proposé n’est pas à la hauteur de l’enjeu. De grâce, de la simplification ! Il faut un électrochoc pour permettre à nos entreprises de digérer les PGE, il faut massivement mobiliser les 200 milliards d’épargne et il faut des mesures structurelles pour produire en France.

Les Etats-Unis mettent des centaines de milliards sur la table pendant que nous, on négocie comme des ânes à Bruxelles. L’enjeu est très simple, il faut reprendre notre liberté, sinon, nous serons déclassés. Nous sommes déjà passés en 2e division et en passe de tomber en 3e division à cause de cette crise, alors que les Etats-Unis et la Chine sont plus que jamais en 1ère division.

Faut-il rembourser notre dette ?

L’enjeu n’est pas de savoir si on rembourse la dette ou pas, il faut l’étaler, la geler et investir massivement ! Et le « quoi qu’il en coûte », il faut le faire sur l’investissement scientifique, technologique et industriel, et pas seulement sur le sauvetage à court terme.

Et ne doit-on pas aller vers une baisse massive des dépenses publiques ?

Il n’y aura pas de baisse massive d’un coup en période de reprise, ce n’est pas vrai ! Donc, il y aura une dette, car vous ne pouvez pas augmenter les impôts ni sabrer immédiatement dans les dépenses publiques, sinon il n’y aura pas de relance. En revanche, dès qu’on aura relancé l’activité avec les mesures que je propose, alors il faudra redéployer les dépenses publiques. Dans mon programme, je propose 100 milliards d’économies qu’on redistribuera aux PME pour récompenser le travail, pour reconstruire nos services publics, mais il faudra le faire progressivement dès 2022/2023. Car si on appuie sur le frein et l’accélérateur en même temps, on va faire un tête-à-queue !

Je présenterai aux Français un plan d’économies de 100 milliards, qui sera détaillé, mais qui ne sera pas une réduction des dépenses publiques mais un redéploiement : 1/3 pour la baisse des charges des entreprises, 1/3 pour récompenser le travail et lutter contre l’assistanat – je veux augmenter de 5% les salaires réels – et 1/3 pour reconstruire nos services publics (l’hôpital, les écoles, la science). Avec des économies très fortes sur l’immigration, sur l’Europe, sur la fraude sociale et sur la grande fraude fiscale à la TVA.

Comment récompenser le travail et réduire l’assistanat ?

C’est simple. Toute personne qui touchera une allocation devra travailler une journée par semaine pour la collectivité. Il n’y aura plus d’allocations sans contrepartie.

Un dernier message essentiel à faire passer aux entrepreneurs qui nous lisent ?

Nous avons un pays ingénieux qui a des atouts incroyables et des entreprises innovantes, mais qui sont sabotés en permanence. Il faut aujourd’hui un mélange de mesures libérales et de mesures stratégiques interventionnistes. Nos différents gouvernements ont fait l’inverse en handicapant les PME. Il faut simplifier et libérer le tissu économique local, tout en taxant les GAFA qui ne payent pas d’impôts.

Il faut aussi une vision stratégique nationale et européenne sur quelques industries majeures (le numérique, la génétique, la robotique…). La seule solution, c’est donc plus de liberté au niveau local et plus de stratégie au niveau national.

Propos recueillis par Valérie Loctin

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