Dynamiser et rendre plus compétitive l’économie française, c’est le rôle de Bpifrance, la banque publique d’investissement, en accompagnant la croissance et l’internationalisation des entreprises de toutes tailles via l’innovation. Rencontre avec son directeur général, Nicolas Dufourcq, en plein lancement d’un nouveau dispositif à destination des créateurs d’entreprises.

2018 a été pour Bpifrance l’année de toutes les accélérations, devenant ainsi selon vos termes « un puissant catalyseur de la croissance des entreprises françaises ». Expliquez- nous en quelques chiffres clés.

Nicolas Dufourcq : En 2018, nous avons en effet cofinancé, en partenariat avec les banques et avec les investisseurs privés, 80 000 entreprises françaises.

Alors que l’activité globale a légèrement ralenti en 2018 à +1,5 % avec des investissements totaux en progression de 4 %, nous avons augmenté nos crédits et aides de 9 % à 19 Md€. Nous avons également renforcé nos interventions en fonds propres à 2 Md€.

Notre progression est donc du double de celle du marché. Mais elle est également complémentaire car nous intervenons là où les banques vont moins : le financement de l’immatériel, les prêts sans garantie et les concours à l’innovation.

Vous parlez même d’année «record». Que doit-on en conclure ? Que l’économie française repart pour de bon ?

N.D. : Les entrepreneurs de l’industrie ont été un peu oubliés ces dernières années mais pas par Bpifrance : le secteur industriel représente près du quart de nos financements contre seulement 12% dans le PIB.

À la demande des pouvoirs publics, nous avons lancé une action volontariste en faveur de l’industrie sur le modèle de ce qui a été fait pour les start-ups avec création de la marque French Tech, en créant la marque French Fab.

Cette marque a été créée avec le soutien des fédérations industrielles et des pouvoirs publics pour donner aux PMI un étendard commun symbole de leur volonté de croissance et d’innovation.

Bpifrance est également partenaire de la tournée exceptionnelle, le French Fab Tour. Un véritable village French Fab sur 3 000 m2 proposera ainsi 20 expériences autour de l’industrie 4.0.

Soixante villes dans treize régions seront visitées entre janvier et octobre 2019 sur l’ensemble du territoire, avec trois objectifs : promouvoir l’industrie et susciter des vocations professionnelles chez les jeunes, mettre en relation demandeurs d’emploi et industriels locaux et co-construire l’industrie de demain.

Nous avons également mis en place le prêt French Fab, sur fonds du Programme d’Investissements d’Avenir. En 2018, ce sont 200 entreprises industrielles qui ont bénéficié de 300 M€ de financements sans aucune garantie.

L’économie française a bien résisté en 2018 mais c’est surtout l’industrie qui reprend confiance. J’en veux pour preuve le nombre d’ouvertures d’usines supérieur aux fermetures l’an passé.

L’accompagnement des entreprises est devenu un métier à part entière de Bpifrance. Comment cela s’illustre- t-il concrètement ?

N.D. : Notre conviction est qu’un acteur bien financé mais non accompagné restera bloqué à 50 % de ses capacités de croissance. Cette activité s’est traduite en 2018 par 15 000 actions de formation et de conseil déployées dans toute la France.

1200 PME et ETI ont ainsi bénéficié de missions de conseil. Notre mission est aussi de rompre l’isolement des dirigeants et de leur permettre de rencontrer leurs pairs : 100 000 d’entre eux ont pu le faire lors des 67 évènements que nous avons organisés l’an passé, dont Bpifrance Inno Generation qui a réuni 40 000 participants à Bercy.

Mais l’offre phare d’accompagnement de Bpifrance ce sont les accélérateurs. Dès 2015 nous avons misé sur la rencontre entre chefs d’entreprises qui se posent les mêmes questions au même moment, sur la transformation digitale, la croissance externe, la performance commerciale ou encore l’ouverture au marché mondial.

L’accélérateur offre un bouquet premium de services, accessible pour un coût d’environ 15 000 euros pour les PME à 30 000 euros pour les ETI. Bpifrance prend à sa charge environ 30 % du coût total de ces services.

Ces promotions réunissent 50 dirigeants en moyenne pendant deux ans. 640 PME et ETI en ont fait l’expérience à ce jour avec un taux de satisfaction de 95 %. Le bilan des deux premières promotions fait ressortir une croissance de 25 % du CA des PME participantes.

Encore mieux : un tiers d’entre elles sont devenues des ETI ! Le succès de cette formule nous a amené à décliner cette offre en partenariat avec les Régions et les filières industrielles. La plupart des régions a désormais une offre d’accélérateurs.

De même, les secteurs de l’aéronautique, de la chimie, de la plasturgie, et d’autres encore, se sont dotés de structures comparables. Les pouvoirs publics en ont tiré un objectif ambitieux : faire passer 4000 entreprises dans les accélérateurs d’ici 2021.

Et que dire du financement et de l’accompagnement des TPE par Bpifrance ?

N.D. : Bpifrance est très présent auprès des TPE : au cours des 5 dernières années nous avons soutenu plus de 300 000 entreprises, dont 80 % de TPE. Nous le sommes ainsi au travers du crédit à court terme, et notamment du pré-financement du CICE.

Nous intervenons également en garantie de certains crédits accordés par les banques. L’an passé, 50 000 TPE ont ainsi obtenu leur prêt plus facilement pour se créer, investir et se développer.

8,7 Md€ de prêts ont été garantis par Bpifrance en 2018 malgré le relâchement des contraintes de trésorerie et une moindre croissance des finalités création, développement et transmission, après une forte hausse en 2017.

La délégation de la garantie de Bpifrance aux banques partenaires, jusqu’à 200 000 euros, a enregistré une nouvelle hausse de 10%, fluidifiant ainsi les crédits vers les entreprises.

Autre exemple : le Prêt Croissance TPE, sans garantie, mis en place avec le soutien de 9 Régions depuis un an à peine. 1000 TPE ont été financées de la sorte pour un total de 44 M€.

Et nous avons de grandes ambitions dans ce domaine avec la digitalisation complète de ce prêt : nous visons 10 000 TPE chaque année à l’horizon 2023 pour des tickets moyens de 10 000 euros.

Selon Boston Consulting Group, les startups françaises devraient créer 400 000 emplois dans notre pays d’ici 2022. Sont-elles devenues un vrai moteur pour vaincre le chômage en France ?

N.D. : Bpifrance a contribué à faire de la France une start-up nation qu’elle est aujourd’hui. Ces jeunes pousses créent de l’emploi mais sont aussi un des moteurs dont dispose le pays pour transformer nos PME industrielles.

En 2018, 4000 startups étaient financées par Bpifrance, contre 1500 en 2013. Mais notre mission ne s’arrête pas là. Nous entendons nous mobiliser pour faire émerger plus de scale-up, ou d’ETI, l’étape postérieure à la start-up, des sociétés en hyper croissance, leaders dans leurs domaines.

Pour ce faire, nous poursuivrons notre action de soutien massif aux start-ups qui seront potentiellement les scale-up et pour certaines d’entre elles les licornes de demain avec un objectif de 6 000 start-ups financées par an.

Vous venez d’inaugurer en février lors du Salon des Entrepreneurs
«
Bpifrance Création » et son site internet dédié. Quel est l’objectif concret de cette plateforme ?

N.D. : En matière de création, l’information est le nerf de la guerre. Avec plus de sept millions de visiteurs par an, la réputation du site afecreation.fr étaient bien établie.

bpifrance-creation.fr poursuivra cette œuvre de sensibilisation des créateurs potentiels, ainsi que de leur écosystème, avec une ambition renouvelée. Les outils et services seront enrichis avec le PASS entrepreneur qui aidera le créateur à structurer son projet et simplifiera son orientation vers la communauté des réseaux d’accompagnement.

Bpifrance-creation.fr c’est aussi : l’accès à des contenus originaux et bientôt un lien vers la communauté élargie des entrepreneurs de Bpifrance.

Quelles sont justement les meilleures solutions de financement qui s’offrent aux créateurs d’entreprises aujourd’hui ?

N.D. : Bpifrance création propose des solutions de financements originales dont un ensemble de dispositifs financiers portés en lien avec nos partenaires : les prêts d’honneur, le micro crédit, la garantie qui complète l’ensemble des mesures que j’évoquais plus haut au sujet du financement des TPE.

Notre intervention permettra d’accompagner 200 000 porteurs de projets partout sur les territoires. La bonne démarche pour un créateur en 2019 sera donc de se faire accompagner par un réseau de soutien pour trouver les bons conseils et les bons financements.

Mais il peut bien sûr également s’adresser aux banques avec qui nous entretenons des liens très étroits dans ce domaine.

En 2019, Bpifrance innove encore avec des nouveautés, notamment le nouveau prêt d’amorçage avec le FEI, l’aide au développement Deep Tech, la Bourse French Tech Emergence… A qui s’adressent-ils et dans quel but ?

N.D. : Ces concours s’adressent à des entreprises porteuses d’un projet innovant. Ils complètent l’offre existante avec des modalités plus souples.

Ainsi le Prêt d’Amorçage FEI (Fonds Européen d’Investissement) prend le relais du Prêt d’Amorçage pour pallier les tensions de trésorerie des jeunes entreprises lors de la préparation d’une levée de fonds.

Avec l’intervention des Régions, Bpifrance Financement leur propose un prêt sans garantie limité à 300 000 euros avec une tarification réduite. L’autre nouveauté en matière d’innovation concerne les projets en rupture technologique issus de la recherche académique ou privée.

Ces projets deeptech concernent par exemple l’intelligence artificielle, la nanoélectronique ou le stockage d’énergie. Notre objectif est de financer plus de 2 000 start-ups deeptech d’ici 2023.

Le dispositif Bourse French Tech Emergence évolue également : nous voulons offrir un soutien plus ambitieux aux premières phases d’études et de faisabilité des projets deeptech avec des subventions de 90 000 euros maximum. Elles s’adressent à de jeunes entreprises immatriculées depuis moins d’un an.

Il n’y a jamais eu autant de micro- entreprises dans notre pays. Est-ce positif pour l’économie et l’emploi ?

N.D. : La création d’entreprises est très dynamique en France et il faut s’en féliciter. Rien qu’en 2018 ce sont près de 700 000 néo entrepreneurs qui se sont lancés, 100 000 de plus qu’en 2017, dont plus de 300 000 micro-entrepreneurs.

Pour autant il ne faut pas se leurrer : la bonne création est celle qui dure et qui se développe, ce qui n’est pas la majorité des cas. Avec Bpifrance Pour Tous, nous souhaitons promouvoir un entreprenariat pérenne qui passe par une large bancarisation et un accompagnement de qualité.

Selon Business France, 88% de décideurs étrangers considéraient
la France comme un pays attractif pour les affaires en 2018. Pensez- vous que la crise des gilets jaunes a changé la donne en 2019 ?

N.D. : Non, je ne le crois pas. Nous pensons au contraire que 2019 va être une belle année. Certes le cycle de croissance n’est pas éternel mais nous n’anticipons pas de retournement à court terme.

De notre côté nous faisons tout pour inciter les grands institutionnels étrangers à s’intéresser au venture français. Des représentants de ces structures d’investissement sont venus à Paris en décembre dernier pour rencontrer gérants et entrepreneurs français.

Ils ont pu constater que les fonds tricolores ont des rendements excellents et ils sont repartis avec des étoiles dans les yeux ! La confiance des investisseurs se manifeste aussi par le succès de la dernière émission obligataire de Bpifrance bouclée début février.

Les investisseurs étrangers ont représenté 70 % des souscriptions pour des demandes qui ont dépassé les 2 milliards d’euros.

Un mot sur l’activité export de Bpifrance. Là encore, vos chiffres ont de quoi nous rendre optimistes ?

N.D. : En effet : en 2018 le nombre d’entreprises financées et assurées par Bpifrance a augmenté de plus de 10 %, ce qui laisse présager une démocratisation accrue de ces produits. Les principaux produits d’assurance export progressent aussi depuis leur reprise par Bpifrance en 2017.

L’assurance prospection a été remise à plat pour mieux répondre aux besoins des entreprises. Il s’agit désormais d’un produit d’avance en trésorerie plus souple qui a permis à 1340 PME de se projeter très vite à l’international.

Sur le front de l’assurance-crédit nous enregistrons une diversification bienvenue du portefeuille en termes de clients et de secteurs. Les promesses de garantie aux ETI et PME ont cru de 15% en un an tandis que le nombre d’entreprises bénéficiaires de l’assurance change a augmenté de 24 %.

Les engagements d’assurance cautions export et préfinancements se sont maintenus à un niveau élevé. 97 % des garanties acceptées concernent des ETI et PME, signe de l’intérêt de cette population d’entreprises pour ce produit.

Pour conclure, quel message avez-vous envie d’adresser aux entrepreneurs et porteurs de projets en ce début d’année 2019 ?

N.D. : En 2018, Bpifrance a confirmé son ancrage dans les territoires. L’augmentation du nombre de PME bénéficiaires des outils publics d’aides à l’export en est un bon exemple.

Tous les jours nous rencontrons des entrepreneurs pleins d’ambition partout en France, comme en ce moment à l’occasion du French Fab Tour et croyez-moi, ils sont nombreux.

2019 sera donc une année riche à leur service. Tout d’abord en direction des créateurs d’entreprise et des TPE, avec notre nouveau fer de lance, Bpifrance Création.

En direction des innovateurs ensuite, avec le plan deeptech. Les entrepreneurs ambitieux sauront également trouver les capitaux qu’il leur faut puisque nous augmentons nos capacités à co-investir en fonds propres. 2019 est enfin l’année de de la French Fab.

C’est pour eux et pour tous ceux qui prennent le risque d’entreprendre que nous renforçons nos dispositifs de financement et de conseil. Ils peuvent compter sur Bpifrance pour les accompagner dans tous leurs projets.

Propos recueillis par Valérie Loctin

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