En France, selon l’Insee, les femmes ne représentent que 36% des entrepreneurs, 40 % des entreprises individuelles, et 10% des entreprises innovantes ou de la Tech. Entretien avec Morgane Février qui leur a consacré un livre et qui organise le sommet digital « Entreprendre au féminin » du 4 au 14 mars 2021.

Vous êtes depuis bientôt 9 ans à la tête de Weeshiz. Quel est votre cœur de métier ?

Morgane Février : Passionnée par les nouvelles technologies depuis toujours, j’ai d’abord travaillé pendant 10 ans pour une filiale de Lagardère, éditrice de contenus digitaux, avant de me lancer ensuite en tant que consultante dans le webmarketing en créant, en 2012, ma première société, Weeshiz, une agence digitale pour les entrepreneurs. En tant que business coach certifié, j’accompagne aussi de nombreux créateurs dans leur désir entrepreneurial, en les aidant à construire un projet qui leur ressemble. J’utilise pour cela trois outils : l’intuition, le marketing et les neurosciences.

Vous êtes également conférencière et organisez de nombreux évènements dédiés à l’entrepreneuriat. Expliquez-nous.

M.F. : C’est vrai, parce que j’ai décidé de consacrer ma vie à l’esprit d’entreprendre sous toutes ses formes. C’est ainsi qu’en 2016, j’ai lancé le Web Entrepreneur Day, une journée de conférences en format TED dédiée à l’entrepreneuriat. En 2017, j’ai co-créé Webmarketing&Co’m, une plateforme de formation sur le webmarketing pour les entrepreneurs indépendants. En 2018, j’ai lancé le projet Super Woman, un accompagnement spécialisé en ligne pour les femmes entrepreneures, puis le Cercle des femmes entrepreneures. Depuis 2019, j’organise le Sommet Entreprendre au Féminin qui rassemble plus de 5500 personnes, et dont c’est la troisième édition cette année, du 4 au 14 mars 2021. Les conférences 100% en ligne sont gratuites pendant 48 heures, puis disponibles ensuite dans un coffret Pass VIP payant.

Pourquoi cet intérêt pour l’entrepreneuriat au féminin ?

M.F. : Tout au long de mon parcours, j’ai assisté à de nombreuses conférences sur le business qui étaient souvent très masculines. D’ailleurs, je ne me retrouvais pas toujours dans les thématiques et les angles évoqués. J’ai voulu donner un autre éclairage en valorisant l’entrepreneuriat au féminin sous toutes ses formes. J’ai donc lancé un appel sur Facebook qui a eu un grand succès et m’a permis de recueillir des témoignages passionnants de femmes chefs d’entreprises, à la tête de sociétés de toutes tailles.

Aujourd’hui, de très nombreuses femmes entreprennent, mais pas forcément dans une TPE ou un commerce traditionnel, beaucoup changent de métier et se reconvertissent comme cette enseignante qui a décidé de lancer son élevage familial. D’où mon idée de rassembler ces témoignages et ces retours d’expériences dans un livre bourré de conseils pratiques pour se lancer dans l’entrepreneuriat, mais aussi de donner la parole à toutes ces femmes dans des conférences en ligne accessibles à tous. C’est super inspirant de voir cette diversité de profils et de parcours, et ça donne envie de se lancer à son tour !

Est-il plus difficile ou différent pour une femme de créer sa boîte ?

M.F. : Oui, encore aujourd’hui, même si les choses sont en train de bouger. Notamment parce que les femmes vont toujours se préoccuper des autres avant elles-mêmes. Elles font toujours passer leur famille avant tout le reste. On le voit aussi avec celles qui sont salariées. Quand un enfant est malade, c’est généralement la maman qui s’absente de son travail pour le garder, beaucoup plus rarement le papa. Dans le couple, la priorité est souvent donnée à la réussite et à la carrière de l’homme plutôt qu’à celles de la femme.

Et nombre d’hommes ont encore du mal à accepter que leurs épouses ou compagnes gagnent plus qu’eux. On oublie souvent que la possibilité pour une femme d’exercer une profession et d’avoir un compte bancaire ne date que de 1965. On voit aussi que franchir le pas de l’entrepreneuriat est plus difficile pour les femmes, car elles sont plus dans l’auto-critique, elles se posent beaucoup plus de questions. Heureusement, la génération des Millennials est en train de changer la donne. Sans compter que la parole des femmes s’est libérée sur ces questions-là aussi.

Quelles femmes entrepreneures vous ont le plus inspirée, en France notamment ?

M.F. : Je pense immédiatement à Catherine Barba, parce qu’elle vient de la Tech comme moi. Voici une chef d’entreprise qui compte, à la tête de son groupe, une experte du commerce électronique et de la transformation numérique, à la fois entrepreneure, mécène, investisseuse et business angel. Je pense aussi à Céline Lazorthes, la fondatrice et dirigeante du groupe Leetchi qui a aussi créé Mangopay, une solution de paiement sur Internet pour les acteurs de l’économie collaborative. J’ai également beaucoup d’admiration pour Roxanne Varza, directrice de Station F, l’incubateur géant créé par Xavier Niel. Toutes les trois sont vraiment des exemples à suivre et des sources d’inspiration pour toutes celles qui veulent se lancer dans l’entrepreneuriat, notamment dans le secteur digital.

Pourquoi n’y a-t-il pas plus, selon vous, de femmes à la tête de grands groupes du CAC 40 et de grosses ETI?

M.F. : Vous savez, j’ai été salariée pendant 10 ans dans un grand groupe, où il n’y avait que deux femmes seulement au Conseil d’Administration. Et comme par hasard, elles n’avaient pas d’enfants. Là encore, les choses évoluent et des femmes arrivent désormais à mener de front leur carrière entrepreneuriale ou de dirigeante et leur vie de famille, mais pendant des générations, la maternité a été un frein à confier aux femmes de grosses responsabilités au sein des entreprises. Pour arriver à prendre les plus hauts postes ou à diriger de grosses boîtes, il faut souvent faire de gros sacrifices, à commencer par travailler beaucoup plus et dormir beaucoup moins que les hommes ! (rires).

Quelles sont les trois clés de la réussite entrepreneuriale selon vous ?

M.F. : La première, c’est d’être à l’aise avec l’argent. Il faut donc pour y arriver travailler sur toutes ses fausses croyances en la matière. Si l’aspect financier vous empêche de dormir, vous aurez du mal à entreprendre sereinement. La deuxième, c’est de toujours être focus sur ce que l’on fait. Les femmes notamment sont souvent multitâches. On peut faire énormément de choses, mais pour les réussir, il faut donner le temps nécessaire à chacune d’elles. La troisième, c’est de s’accepter comme on est. Les femmes ont souvent du mal à gérer leur propre image. Pourtant aujourd’hui, dans ce monde digital avec la montée des réseaux sociaux, il faut absolument accepter de se montrer, car les gens, vos clients comme vous fournisseurs, veulent voir votre visage. Donc pour y arriver, il faut non seulement apprendre à lâcher prise mais aussi à s’aimer.

Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui ont envie mais qui hésitent à se lancer ?

M.F. : Le plus essentiel, c’est qu’il ne faut pas attendre, il ne faut pas réfléchir 100 ans ! Dans ce monde qui évolue à la vitesse de l’éclair, il est inutile de peaufiner son projet pendant un an pour qu’il soit parfait. Rien n’est parfait et on ne peut pas plaire à tout le monde. Il vaut mieux au contraire se lancer vite, sur un modèle plus petit, voir comment ça prend et se développer ensuite. Dans le domaine du digital notamment, si on a une bonne idée, mieux vaut lancer rapidement une plateforme avec une seule fonctionnalité, puis l’élargir à d’autres après. Il faut aussi faire confiance aux clients internautes.

Moi, ma règle, c’est de toujours les associer au projet, pour l’affiner et le faire grandir avec eux. Je crois beaucoup à la co-création avec mon audience. En leur demandant leur avis, j’avance vite et bien. Mon 2e conseil est de se lancer dans quelque chose que l’on aime profondément, parce quand on n’aime, on ne compte pas, notamment ses heures de travail ! Et le 3e, c’est qu’il faut d’abord croire en soi pour ensuite convaincre les autres.

Qu’est-ce que la crise sanitaire et économique a changé de votre regard sur l’entrepreneuriat ?

M.F. : Si en 1996, on a tous imaginé qu’internet allait révolutionner le monde, il a fallu cette crise sanitaire pour que les Français comprennent enfin l’urgence de la transformation digitale des entreprises. J’ai consacré toute ma carrière au secteur digital et je suis très heureuse de voir que maintenant les gens sont enfin prêts. Les années à venir seront celles de la transition digitale et écologique, mais aussi de l’innovation et de l’intelligence collective.

Propos recueillis par Valérie Loctin

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

18 − huit =