La Medtech française prend la lumière du côté de Bordeaux. Lucine Therapeutics, jeune startup qui lutte contre les douleurs chroniques résistantes, vient de lever 5,5 millions d’euros auprès d’investisseurs français. Un défi entrepreneurial et sanitaire qui fait rêver !

La Medtech bordelaise lève 5 millions d’euros. Lucine Therapeutics s’adresse à une population sur-consommatrice d’antidouleurs, dont le parcours se termine souvent mal, avec quelques 500 000 décès annuels au niveau mondial. De nombreux patients souffrent de façon parfois temporaire, parfois permanente, de douleurs dont les spécialistes n’arrivent pas à éradiquer ni les causes, ni les symptômes.

A la recherche de soulagement, une partie des personnes concernées décide de passer à l’automédication, afin de soulager leurs maux. Certains de ces antidouleurs, notamment les opioïdes, provoquent une accoutumance dangereuse. Ce phénomène a été mis en exergue ces derniers temps aux Etats-Unis où le nombre de décès croît rapidement du fait des dépendances créées par les opioïdes, en libre accès.

Les DTx au cœur du progrès médical

Ce nouvel acronyme désigne les « digital therapeutics » ou thérapies numériques. Ce territoire de recherche récent permet aux patients d’avoir recours à ces solutions digitales et à de nouveaux logiciels destinés à prévenir, ou traiter certaines maladies et troubles du comportement.

Lucine s’est engoufrée sur ce segment innovant qui fait l’objet de recherches au niveau mondial. Ces nouvelles thérapies digitales sont testées, évaluées, contrôlées et les résultats semblent prometteurs. Elles améliorent le sort des personnes concernées en leur permettant de mettre en place des protocoles, par exemple pour produire des endorphines, bien connues pour être un anti-douleur naturel. Les dernières recherches américaines semblent démontrer que ces DTx exercent bel et bien une action concrète sur l’architecture du cerveau, avec des bénéfices sur le long terme, le tout sans aucune dépendance.

5,5 millions levés fin 2020

Maryne Cotty-Eslous et Aymeric Espérance ont créé ensemble leur startup à Bordeaux en mars 2017 afin de mettre au point une thérapie digitale qui a attiré l’attention de quelques partenaires, dont Héméra (accélérateur bordelais de startups), BPI France, BNP Paribas Développement, Aquiti, ou Irdi Soridec Gestion, structures qui ont participé à la levée de fonds. La solution de Lucine est déjà bien avancée, elle se présente aujourd’hui sous la forme d’une application mobile permettant de mesurer la douleur ressentie via des moyens d’intelligence artificielle et de reconnaissance faciale, afin de proposer des procédures thérapeutiques personnalisées de type cognitif et comportemental, ainsi que des solutions plus originales utilisant la réalité virtuelle.

Le recours à ces thérapies numériques vient en complément des traitements traditionnels, car elles ont pour but de réduire fortement la consommation de molécules aux effets secondaires non négligeables. Le recours à ces thérapies numériques vient en complément des traitements traditionnels, car elles ont pour but de réduire fortement la consommation de molécules aux effets secondaires non négligeables.

De grandes ambitions

Depuis sa création, la startup fait son chemin et a pu négocier des contrats de distribution avec des acteurs du monde de la santé. Suite aux derniers progrès enregistrés aux Etats-Unis en termes de recherche, les créateurs ont décidé d’appuyer sur l’accélérateur afin de ne pas manquer le train des fameuses DTx.

Le délai est court, et leur ambition est forte ; Maryne Cotty-Eslous compte bien non seulement réussir, mais aussi devenir « un grand acteur mondial » en intéressant les laboratoires et sociétés d’assurances aux solutions élaborées par la jeune pousse. L’équipe travaille sur plusieurs applications adaptées à des pathologies telles que l’endométriose, le diabète, et même le burn out.

Un grand bond d’ici cinq ans

A ce jour, Lucine emploie une équipe pluridisciplinaire de scientifiques, 36 personnes pour un chiffre de 1,3 million d’euros. Elle est déjà en cours de développement au Canada. Le grand bond en avant est prévu sur un délai de cinq ans maximum et la dernière levée de fonds va s’avérer précieuse. Cela peut sembler long, mais pas quand on sait que chaque produit mis sur le marché sera étiqueté « Dispositif Médical classe II » et devra donc avoir donné lieu à 2 études pilotes et 2 études cliniques de validation. Chaque projet est accompagné par un comité éthique indépendant et le programme de recherche a été déposé à l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du médicament et des produits de santé). De quoi rassurer les futurs clients encore peu habitués à ces fameuses DTx.

Une dirigeante personnellement concernée

La jeune dirigeante siège au Conseil national du Numérique depuis deux ans, et si elle est aussi impliquée dans le concept et les ambitions de Lucine, c’est parce qu’elle souffre elle-même de maux permanents. Les diagnostics ont pourtant été posés, le syndrome d’Ehlers-Danlos et l’endométriose ont forgé une femme forte et déterminée, mais aussi en recherche d’explications. Maryne Cotty-Eslous a cherché à comprendre ce qui lui arrivait en étudiant et cumulant diplômes et connaissances dans divers domaines tels qu’anthropologie, psychologie, mais aussi droit, histoire et sciences politiques.

Dans cette quête de moyens pour soulager son corps, elle a pris rendez-vous dans un centre de la douleur et testé une séance d’hypnose qui a réellement eu de l’effet pendant quelques jours. En revanche, difficile de prendre un autre rendez-vous rapidement ; les centres de la douleur étant absolument débordés par le nombre de patients en demande. Ce fut un facteur déclencheur dans son envie de se lancer dans l’étude de thérapies efficaces et non invasives.

Un marché promis à un bel avenir

Cette passionnée, totalement impliquée dans le concept de la startup, a dû aussi apprendre à gérer une équipe, un autre type d’expérience qui ne s’improvise pas. Les chiffres des dernières études sont là pour la conforter dans son orientation : le marché DTx devrait augmenter de 21% par an pour générer un chiffre d’affaires mondial de 9 milliards de dollars d’ici 2025. Un nouveau marché dans lequel espérons-le la Medtech bordelaise aura toute sa place.

A.F.

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