Une partie importante de l’opinion publique en France considère que distribuer un dividende est, pour le moins totalement inéquitable vis-à-vis des salariés. Cette opinion négative est-elle justifiée ?

Commençons par examiner les choses sur le plan comptable : distribuer ou non un dividende ne modifie en rien le patrimoine des actionnaires. En effet si une entreprise supprime son dividende le montant correspondant reste dans ses caisses et par conséquent le patrimoine des actionnaires reste inchangé. Il est remarquable à ce sujet d’observer la stratégie à long terme de Warren Buffet (un américain dont tous les enfants français devraient connaître le parcours) dont la Société, Berkshire Hathaway, ne paie pas de dividende. Moyennant quoi son cours hier 2 février 2021 s’établissait à 350.201 dollars.

Les campagnes bruyantes contre la distribution de dividendes par les entreprises françaises ont une origine extracomptable, et se placent donc sur le plan politique : pour payer un dividende, une entreprise doit évidemment comprimer les salaires. Cela n’est pas si évident que ça, car la limitation des salaires, qui s’impose à tous les chefs d’entreprises, trouve son origine dans la concurrence. Dépasser un certain volume de masse salariale rend une entreprise non compétitive et menace non seulement ses bénéfices, mais sa survie.

La vraie alternative sous-tendue par les campagnes contre la distribution des dividendes est donc la fixation de la position du curseur entre la masse salariale et la rémunération du capital employé.

La question se ramène donc en fait au dilemme suivant pour le chef d’entreprise : jusqu’où puis-je abaisser la rémunération des capitaux que j’utilise ?

En France trouver des fonds propres est facile pour une grosse entreprise, très difficile pour une petite. La plupart des entreprises françaises petites et moyennes sont sous capitalisées. C’est une des raisons majeures pour laquelle les industries présentes sur le sol national ont mal résisté à la mondialisation, pénalisant le pays par une désindustrialisation massive. Pertes de savoir-faire, pertes d’indépendance industrielle, le bilan est terrible pour le pays. Illustrons ce désastre : la sidérurgie française est dans les mains d’un Indien, la France ne produit pas de vaccin contre la Covid, les meilleurs ingénieurs Français travaillent très souvent pour les Américains.

Souhaitons que les politiques publiques industrielles et fiscales s’orientent plus utilement dans quatre directions :

  1. Favoriser la constitution des fonds propres des entreprises petites et moyenne, dans les organismes de gestion collective et dans les patrimoines familiaux.
  2. Soutenir par tous les moyens les efforts des chefs d’entreprise pour empêcher la mainmise étrangère sur les entreprises françaises.
  3. Elaborer et appliquer rigoureusement une dynamique évitant le brain drain. (l’accaparement des cerveaux) étranger.
  4. Diffuser largement au cours de la formation des jeunes la connaissance des mécanismes économiques et financiers, pour que la population du pays sache comment fonctionnent réellement les entreprises, la création et le maintien des emplois, et la gestion des patrimoines dont tout le monde aura besoin dans ses vieux jours pour pallier l’effondrement prévisible des retraites par répartition.

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