La volonté de rachat de PartnerRe par le mutualiste français Covéa pour 7,8 milliards d’euros, suivie par l’acquisition par Berkshire, la holding de Warren Buffet, de Alleghany Corporation, confirme que le rapprochement entre assureurs et réassureurs s’accélère. Un processus qui relève, selon l’Institut Choiseul, un think tank indépendant, de l’« évidence industrielle ».

« Des frontières de plus en plus poreuses »

« Les frontières entre la réassurance et l’assurance sont de plus en plus poreuses », assure Thierry Derez, PDG de Covéa, leader français mutualiste de l’assurance de particuliers (Maaf, MMA et GMA), qui doit conclure une nouvelle opération de croissance externe. Loin d’être isolée, cette vision semble désormais largement partagée par le secteur, en pleine restructuration. Selon le prestigieux Institut Choiseul, à l’origine d’une note stratégique intitulée « L’avenir de la réassurance post-covid », « la convergence assurance-réassurance, tendance à l’œuvre dans le monde depuis quelques années (…), apparaît comme une évidence industrielle ». Selon les deux auteurs de l’étude, Olivier Pastré, professeur d’économie à l’Université Paris VIII et François-Xavier Albouy, directeur de recherche Chaire « Transitions Économiques, Transitions Démographiques », «la superficie et la stabilité capitalistiques des métiers assurance offrent une complémentarité particulièrement efficace à la cyclicité et la volatilité des métiers de la réassurance ».

Plus encore, l’accélération du rapprochement entre les acteurs de l’assurance et de la réassurance répond à l’émergence de nouveaux risques systémiques, notamment liés au réchauffement climatique. La crise sanitaire et, depuis peu, la perspective d’une guerre russo-ukrainienne de long-terme ont définitivement acté la course à la consolidation. « Les évolutions technologiques, climatiques et autres font que le risque, la matière première du métier, va changer, d’où l’intérêt d’être présent sur toute la chaîne de valeur » juge ainsi, pour l’AGEFI, un professionnel du secteur.

Multiplication des transactions

Les récents mouvements qui agitent le marché prouvent que, du côté des acteurs de l’assurance, le message est passé. Ces 5 dernières années, plusieurs acquisitions d’ampleur ont contribué à structurer le marché autour du diptyque assureur – réassureur. En 2016, le japonais Sompo a mené à terme le rachat de l’américain Endurance pour 6,3 milliards de dollars. En 2018, le mastodonte américain AIG acquiert Validus pour 5,6 milliards de dollars. La même année, le français AXA s’empare de XL pour 12 milliards de dollars. En 2021 aussi, le cru a été particulièrement florissant. Le courtier américain Arthur J. Gallagher s’est offert Willis Re en août dernier pour 3,25 milliards de dollars. Dans de plus rares cas, les deals se font en sens inverse. Brookflied Reinsurance s’est ainsi emparé, début août, de American National Group pour 5 milliards de dollars. Avec un volume de transactions estimé à 122,7 milliards au cours des huit premiers mois de l’année passée, le record de 122 milliards de dollars atteint en 2017 a été, en 2021, dépassé relativement tôt.

Actuellement, deux mouvements majeurs sont scrutés par les observateurs. Aux États-Unis, Berkshire Hathaway, la holding de Warren Buffet a officialisé il y a quelques jours un accord pour le rachat d’Alleghany, une holding dont les filiales sont spécialisées dans l’assurance habitation et dommage et la réassurance. Le montant de la transaction, estimé à 11,6 milliards de dollars, représente « un multiple de 1,26 de la valeur comptable d’Alleghany », selon le communiqué publié par Berkshire Hathaway. Côté français, Covéa se réjouit d’acquérir PartnerRe pour un montant estimé à 7,8 milliards d’euros, soit un multiple de 1,28, équivalent à celui du rachat de la holding Alleghany par Warren Buffet. Une bonne affaire, selon Thierry Derez, PDG du groupe mutualiste, qui affirme que « depuis une dizaine d’années, (le groupe est convaincu) que la seule façon de faire grandir (Covéa) passe par la réassurance ». PartnerRe est d’ailleurs en excellente santé financière avec des fonds propres estimés à 7 milliards de dollars, soit une hausse de 500 millions entre la fin 2019 et juin 2021. Si certaines inquiétudes existent encore face à la pertinence de ce type de rapprochements, l’Institut Choiseul en confirme l’intérêt hautement stratégique. « Assurance mutuelle et réassurance, non seulement peuvent faire bon ménage mais peuvent constituer un vecteur de concurrence particulièrement efficace dans une perspective de sortie de crise », estiment ainsi Olivier Pastré et François-Xavier Albouy.

Un secteur de la réassurance de plus en plus stratégique

Dans tous les cas, le secteur de la réassurance devrait, dans les décennies à venir, devenir de plus en plus stratégique. En premier lieu à cause du réchauffement climatique, qui amène avec lui son lot de défis pour les réassureurs et qui devrait accélérer le besoin de consolidation sectorielle. « En France, les sociétés d’assurance mutuelles, qui ont une stratégie d’investissement à long terme, sont incontestablement les mieux placées pour renforcer le secteur de la réassurance et aboutir à la création de géants français solides financièrement et prêts à affronter les aléas liés au risque climatique » souligne, pour La Tribune, Christopher Dembik, directeur chez Saxo Bank et co-fondateur du cabinet SPAK.

Lors de la grand-messe annuelle du secteur, en septembre dernier, le groupe Swiss Re s’est essayé à un exercice prospectif pour dessiner les grandes tendances du secteur jusqu’en 2040. Selon les conclusions de son étude, les primes pour réassurance dommage devraient atteindre 4 300 milliards de dollars en 2040, contre 1 800 milliards aujourd’hui, les primes pour l’assurance des biens immobiliers devraient tripler pour grimper à 1 300 milliards de dollars, tandis que les primes pour couvrir les risques climatiques ont vocation à gagner 22 %, pour monter à 183 milliards.

Alexandre Bodkine

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