La chronique économique hebdomadaire de Bernard CHAUSSEGROS

Les Millenials sont de jeunes personnes nées entre les années 80 et la fin des années 90. Ils ont donc 30 ans aujourd’hui et leur poids représente 2,4 Mrds, soit 32% de la population mondiale. Le ratio est de 23 % en France.

Cette génération, qui a grandi au gré de l’adoption des nouvelles technologies, se démarque par sa grande capacité à marier le virtuel avec le réel. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on les surnomme les Digital Natives. Mais comment, alors qu’ils vivent dans un monde où l’illusion, l’influence, le rêve alimentent leurs doux espoirs du quotidien, peuvent-ils intégrer le monde bien réel et concret de l’entreprise et du travail ? Cette génération, qui n’a plus le même rapport à l’effort, ni les mêmes besoins, peut-elle s’adapter au système ou au contraire être moteur pour « inventer » le travail de demain ?

Les Millennials et le travail : l’entreprise doit innover

Pour 93 % des 20-30 ans actifs avoir un revenu constitue la raison première et incontournable du travail. L’épanouissement personnel, la réalisation de soi et le développement des compétences arrivent ex aequo en deuxième position. Pour ces jeunes actifs, l’imprédictibilité, le changement permanent ou la carrière non linéaire ne sont pas perçus comme des problèmes mais comme des données d’entrée. À ce titre, ils ont compris l’enjeu du développement des compétences qui est directement lié à leur employabilité, clé d’une adaptation permanente.

Le World Economic Forum estime que 65 % des métiers qu’exerceront les jeunes aujourd’hui scolarisés en primaire n’existent pas encore. Ces digital natives ont compris un point essentiel : il faut apprendre à apprendre. C’est une approche qui est naturelle pour cette génération… Et c’est d’autant plus intéressant que nous la percevons dans tous les pays et sur tous les continents. Ces jeunes « picorent » sur internet. En tant que parents, nous pouvons parfois trouver cela étonnant à observer, mais gardons à l’esprit que ce « snacking » de l’information constitue une façon formidable d’acquérir des connaissances.

Les jeunes actifs et les responsables RH ont une perception positive et confiante de la capacité de l’entreprise à faire face au défi de la transformation digitale : 71 % des 20-30 ans pensent ainsi que leur entreprise est bien « armée » pour affronter ce challenge. Quand on interroge les Millenials sur les trois principaux défis de leur entreprise en matière de ressources humaines, il est intéressant de noter qu’ils sont plus sensibles à la qualité du management, au salaire et à la qualité des conditions de travail qu’aux perspectives de carrière.

Le regard des 20-30 ans sur leur emploi actuel

Génération Y vs Génération X. Ces jeunes salariés ont une appréciation globalement positive de leur job : 66 % d’entre eux perçoivent leur début de carrière comme plus intéressant et plus ouvert que celui de leurs parents avec toutefois des nuances marquées entre CSP (79 % chez les cadres contre 58 % chez les ouvriers) et en fonction du statut dans l’entreprise (72 % chez les managers contre 63 % chez les salariés n’exerçant pas de fonction d’encadrement).

Les Millenials ne se retrouvent pas dans le fonctionnement actuel des entreprises. L’argent, le succès, sont des finalités qui passent à présent au second plan. On sait en effet que les moins de 30 ans privilégient aujourd’hui des valeurs telles que le bien-être au travail, la prise en compte de la vie privée. Il faut savoir faire preuve de flexibilité dans la façon de travailler et sur les horaires, augmenter la qualité de vie au travail, adopter un management plat ou encore miser sur le travail collaboratif.

Chaque génération se caractérise par ses codes, ses usages et ses engagements. Les Millenials ont baigné dans l’ère du digital qui leur a ouvert le champ des possibles contrairement aux générations précédentes. Bien plus autonomes que leurs parents, ils remettent toujours tout en question et souhaitent trouver un sens à leurs vies, même au travers de leur activité professionnelle. Ils cherchent à vivre davantage d’expériences dans leur vie quotidienne et ce besoin se prolonge dans la sphère du travail. Les jeunes actifs sont en réalité friands d’expériences qui donnent un sens à leur vie professionnelle. Des fonctions comme le Chief Happiness Officer, des Serious Game, des sessions de méditation, des After-works conviviaux constituent des marqueurs des nouvelles formes d’expériences vécues au travail par la génération des « Digital Native ». Les leviers traditionnels de motivation des salariés évoluent donc avec l’arrivée des Millenials qui donnent du fil à retordre aux dirigeants d’entreprises parfois dépassés par les attentes et les comportements de cette génération. Alors, comment recruter et garder ces jeunes talents dans l’entreprise, un enjeu au cœur de la croissance durable des structures économiques ?

Une flexibilité accrue

Les Millenials ont « la bougeotte ». Ils aiment voyager et être libres. Ce besoin d’indépendance est compliqué à gérer pour une entreprise qui veut stabiliser et fidéliser ses salariés. Elle doit donc faire preuve de flexibilité, notamment, en premier lieu, pour les horaires de travail. Pour les Millenials, ce n’est pas la présence au bureau qui est importante mais bien le résultat de leurs actions. Réveils tardifs, vie de famille importante ou compliquée, il est nécessaire que les entreprises s’adaptent et les laisser s’organiser. Il faut évidemment des règles, des devoirs et des obligations… mais il faut apprendre à leur laisser le temps de gérer leur temps.

Ces jeunes actifs mettent en effet un point d’honneur à trouver un équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle. C’est pour cela que les entreprises doivent faire preuve de souplesse au niveau des horaires et du « home office ». Les Millenials n’ont aucun problème à travailler plus tard ou à venir plus tôt, tant que leur vie personnelle conserve une place prépondérante. L’instauration généralisée du télétravail est pour eux majeure. Pouvoir travailler à domicile est d’ailleurs souvent un argument de poids pour les conquérir.

On voit d’ailleurs émerger un nouveau concept : le « flex-office ». Cela consiste à laisser aux collaborateurs une totale liberté sur les bureaux qu’ils vont utiliser. Ils peuvent ainsi travailler depuis chez eux ou bien dans des lieux de travail plus originaux, où ils se sentent mieux, où ils cassent la routine du quotidien.

Une qualité de l’environnement de travail

Les Millenials sont également attachés à leur qualité de vie au travail. Ainsi, l’environnement de travail dans lequel ils évoluent doit être accueillant et leur permettre de s’épanouir et de se retrouver. L’échange et la sociabilisation sont deux points très importants pour eux. Génération digitale… génération Instagram ou encore TikTok. Les entreprises rivalisent alors d’idées pour les mettre dans des conditions optimales à l’instar des Google ou Twitch : salle de pause avec jeux, machines à cafés gratuites, corbeilles de fruits, etc. enfin des endroits qui leur permettent de se ressourcer s’ils en ressentent le besoin mais aussi de partager des moments de détente. Cette génération n’aime pas se sentir seuls au travail. La politique RSE des entreprises prend alors tout son sens : améliorer le bien-être des salariés dans l’entreprise devient vital.

Manager différemment et donner du sens au travail

Le plus grand changement à opérer pour garder les Millenials dans une entreprise se trouve au niveau du management. Les Digital Natives attendent d’être considérés comme des individus à part entière et non plus comme un groupe. Cela signifie que chacun doit être « managé » différemment et qu’il ne faut pas tous les mettre dans la même case ; encore cette fameuse flexibilité. Les jeunes s’attendent également aujourd’hui à être consultés lors des décisions (même stratégiques), sur le fonctionnement de l’entreprise, tendant à une bascule de la hiérarchie. Ces jeunes actifs souhaitent aussi pouvoir mettre en avant leur créativité. Ils sont friands de brainstorming et de travail collaboratif pour exprimer leurs idées, leurs opinions. Même si, à moindre mesure, cela était déjà vrai pour la génération précédente, les Millenials ont besoin de pouvoir donner un sens à ce qu’ils font. Ils souhaitent avoir une influence positive sur la société et c’est clairement leur leitmotiv pour rester dans une entreprise. Ils veulent se sentir utiles et ils ont donc besoin de proposer un produit ou un service qui va changer les choses. C’est aussi pour cela qu’ils sont très attachés à l’innovation et veulent être moteurs de changements positifs dans l’entreprise afin que cela influe sur la société. La capacité des entreprises à intégrer ces attentes générationnelles sera non seulement une garantie de motivation et d’efficacité de la part des jeunes actifs mais également un moyen de gagner la loyauté de cette génération.

Les responsables d’entreprise ne doivent donc pas hésiter à les faire participer à des groupes de réflexion, également à bien leur expliquer en quoi leur produit fait la différence, ils n’en seront que plus motivés. Finalement, pour séduire les Millenials, il faut que l’entreprise change complètement sa façon de fonctionner avec eux. Management plat, flexibilité, formation et bien-être au travail doivent être les nouveaux mots à la mode au niveau de la direction. La GRH doit désormais s’inscrire dans une démarche relationnelle et non plus uniquement transactionnelle. Pour capter et fidéliser ces jeunes actifs, les entreprises doivent converger vers davantage d’individualisation dans la construction de leur relation avec le salarié afin de prendre en compte ses besoins et ses attentes aux travail.

Un comportement au travail, sous influence ?

L’approche du commerce, de la communication ou même de l’information évolue : 71% des Millenials considèrent d’ailleurs les réseaux sociaux comme leur principale source d’information. Aujourd’hui, 78% des Millenials suivent des influenceurs sur les réseaux sociaux, témoignant ainsi de l’intérêt des jeunes pour ces nouveaux acteurs digitaux. Lorsque l’on sait que 84,5% des influenceurs ont moins de 30 ans, on peut comprendre l’appétence de ces jeunes pour les contenus qu’ils diffusent. Le marché mondial de l’influence adresse une cible qui intéresse 80 % des marques et représente la moitié de la population active mondiale. C’est énorme. Le marché français de l’influence est peu structuré et offre donc un potentiel économique fort. Ce terme « d’influenceur » n’est certainement pas le plus approprié car il pourrait signifier que cette génération est « guidée », ce qui ne correspond pas à la réalité. En fait, l’influenceur, véritable miroir générationnel, n’est que la représentation du souhait émis par ces Millenials (tant sur le plan vestimentaire que sur celui du mode de vie). Des entreprises l’ont bien compris et des projets pour guider les annonceurs ou regrouper ces communautés émergent.

Parmi eux, un nouveau média qui fait son apparition : WESPER. Ce média digital français d’info-divertissement est consacré exclusivement aux influenceurs : découvrir des talents émergents, couvrir l’actualité des influenceurs et conférer à ces créateurs de contenus une dimension sociale. Une initiative dans l’air du temps et qui pointe ces nouveaux besoins en lien avec la jeune génération et qui offre aux annonceurs un nouvel espace de communication pour engager une campagne d’influence.

La question doit se poser : l’entreprise du 3ème millénaire doit-elle se construire sur les fondations d’un système existant ou au contraire, s’appuyer sur ces nouveaux modes de fonctionnement pour créer un environnement totalement différent afin de répondre aux attentes de ces nouvelles générations ?

Monde ancien contre le nouveau monde, la mutation peut-être beaucoup plus rapide que nous l’imaginons.

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