Frédéric Lefebvre

Ancien ministre de Nicolas Sarkozy, Frédéric Lefebvre, avocat de 56 ans, aujourd’hui proche d’Emmanuel Macron, révèle ses « dix commandements » pour ériger un nouveau contrat humaniste et durable à travers son dernier ouvrage Covid-19 : et après ? co-écrit avec Bernard Chaussegros. Rompu aux arcanes de la politique, l’homme politique et essayiste invite à l’unité et à la solidarité pour construire le monde de demain à l’aune de cette crise sanitaire hors norme.

Quels sont les principaux impacts de la crise sanitaire sur notre société et sur notre manière d’appréhender le monde ?

Frédéric Lefebvre : Nul ne sort indemne de cette pandémie qui invite à une remise en question de nos mauvaises habitudes, favorise la redécouverte d’une proximité avec telle ou telle passion et invite à organiser sa vie et à travailler différemment. J’ai été interpellé par une forme d’aspiration au changement révélée par cette crise, assortie d’ une redécouverte de choses simples que nous avions finies par oublier, comme le plaisir de se retrouver en famille ou la nécessité de prendre du temps pour réfléchir. Nous sommes engagés dans des chemins qui ne nous offrent finalement plus le temps de faire de vrais choix.

Nous tenons grâce aux excitants, café, chocolat, alcool, tabac, et menons une course effrénée à la réussite programmée. Quand des citoyens, au bord du chemin, se voient expliquer que se démener pour réaccrocher un emploi est la seule voie pour s’intégrer au système, d’autres, actifs et en pleine réussite, finissent par ne plus avoir conscience qu’ils tiennent grâce à des subterfuges et s’ endettent sans fin pour s’offrir l’accessoire, au risque d’en oublier l’essentiel.

Peut-on imaginer reprendre une vie à l’identique après cette épisode hors norme ?

La crise inédite que nous avons vécue, et qui n’est d’ailleurs pas complètement terminée, ne laisse pas imaginer un retour comme avant, comme si de rien n’était, faisant abstraction de ce qui s’est joué durant cette pandémie. Les rappels à l’ordre que constituent les retours, ici ou là, de l’épidémie marquent l’impossibilité de continuer à l’identique et ne sont pas le fruit du hasard. Ce moment singulier et rare où le temps est suspendu et où les inégalités saillantes ressurgissent est une invitation à se poser de profondes questions existentielles.

Quelles sont les valeurs intrinsèques et fondatrices du « nouveau contrat humaniste et durable » auquel vous aspirez ?

À ce jour, le véritable « géniteur » de cette pandémie n’a pas été identifié. Cette interrogation en suspens plonge les scientifiques dans une tourmente majeure née de l’incapacité à cerner parfaitement ce virus. Les hypothèses formulées sont plurielles : au scénario d’un virus chinois, assorti d’une montée de la peur de l’autre et de l’étranger, vient se greffer le scénario basé sur une révolte de la nature avec l’idée que ce virus un peu mutant pourrait avoir une origine animale. Très attaché à un certain nombre de projets privilégiant l’humain au sens large, j’ai construit l’ossature de notre ouvrage autour de dix commandements pour un nouveau contrat humaniste et durable axé sur un retour à l’essentiel : l’homme et la nature.

Avec Bernard Chaussegros, nous avons veillé à ce que la chair, notre tissu économique et social, ne soit pas oubliée. L’idée est de mettre en partage une variable, non pas d’ajustement, mais de changement profond, visant à la durabilité de notre planète et de notre environnement pour préparer le bonheur de nos enfants et l’avenir des générations futures.

En quoi cette crise est-elle l’occasion d’une profonde réflexion existentielle pour construire l’avenir différemment ?

Nous avons vu nos systèmes d’organisation de santé tâtonner et essayer tant bien que mal de s’adapter à une situation inédite et extraordinaire. Les hôpitaux sont profondément déshumanisés du fait des lourdeurs administratives et de la « sur-administration » qui est une mal très français. Pour une fois, les soignants ont été à l’honneur. À travers cette crise sanitaire, les Français se sont heurtés aux limites de leur système de santé et à ses méandres administratifs.

Nous aurions constaté la même dérive si nous avions mis notre système éducatif ou social à l’épreuve. De même, notre dépendance économique et sanitaire à de grandes entreprises supranationales doit nous faire réagir. Nous devons tirer des leçons de ce système inopérant qui lui n’aspire pourtant qu’à revenir à son état initial ! Notre devoir est de bousculer notre système énarchique. Le président de la République a affiché la volonté de dessiner un « nouveau chemin », et nous percevons d’ores et déjà un certain nombre d’orientations en phase avec les aspirations exprimées dans notre ouvrage en termes de gouvernance et d’organisation.

Comment repenser le pilotage de l’État ?

À ce jour, le véritable « géniteur » de cette pandémie n’a pas été identifié, plongeant les scientifiques dans une tourmente majeure née de l’incapacité à cerner parfaitement ce virus. Les hypothèses formulées sont plurielles : au scénario d’un virus chinois, assorti d’une montée de la peur de l’autre et de l’étranger, vient se greffer le scénario basé sur une révolte de la nature avec l’idée que ce virus un peu mutant pourrait avoir une origine animale. Très attaché à un certain nombre de projets privilégiant l’humain au sens large, j’ai construit l’ossature de notre ouvrage autour de dix commandements pour un nouveau contrat humaniste et durable axé sur un retour à l’essentiel : l’homme et la nature.

Privilégier la prévention, l’ implication des citoyens, pour un modèle plus humain et moins destructeurs de ressources. Avec Bernard Chaussegros, nous avons veillé à ce que la chair, notre tissu économique et social, ne soit pas oubliée. L’idée est de mettre en partage une variable, non pas d’ajustement, mais de changement profond, visant à la durabilité de notre planète et de notre environnement pour préparer le bonheur de nos enfants et l’avenir des générations futures.

Quel regard portez-vous sur le système de redistribution actuel ? Quelles en sont ses limites et ses travers ?

Nous devons solutionner les problèmes, notamment de justice sociale, en amont, plutôt qu’en aval. Notre système de redistribution a montré sa faiblesse. Il a tendance, tel qu’il est organisé, à désespérer ceux qui veulent entreprendre sans nécessairement régler les difficultés de ceux qui sont sur le bord du chemin. Nous avons souhaité proposer des solutions nouvelles avec des financements très innovants, à l’image du Revenu Universel que je défends de longue date.

Parmi les financements possibles, nous consacrons une partie à la data (les données, en français — ndlr), qui est une sorte de nouvelle richesse productive ne nourrissant aujourd’hui qu’un certain nombre de grandes entreprises capitalistiques et des multinationales, au lieu des individus qui en sont tous pourvus. Alors même que le virage de la gratuité nous fait céder notre carte numérique génétique pour rien ou pour des services peu coûteux, elle enrichit simultanément ces mêmes acteurs.

Nous n’en tirons aucune richesse collective pour la France, ni individuelle pour chacun d’entre nous. En fin de compte, nous observons une répartition particulièrement injuste des richesses créées. Les GAFA ont vu leur valeur exploser de 75 % pendant la pandémie quand nos sociétés sont entrées en récession…

C’est aussi ce qui nous pousse à proposer un intéressement des Français à la relance économique focalisée sur le développement durable et l’investissement vert, au travers d’un nouveau capitalisme populaire et la création d’un produit d’épargne garanti, comme à inviter l’Europe à co-investir dans la relance. C’est précisément ce que l’axe politique franco-allemand est en train de permettre en rompant comme nous l’ y invitions, avec les totems de l’ Europe exclusivement monétaire, défendue par une technostructure envahissante.

Comment sortir de la paralysie liée à cette « sur-administration » ?

En France, les dépenses publiques liées au simple fonctionnement de notre modèle social s’élèvent à 30 milliards d’euros, en incluant toutes les strates de gestion, locales et nationales. Les fonctionnaires sont essentiels dans un pays civilisé comme le nôtre. Or, la France souffre d’un nombre décroissant de fonctionnaires au service de notre santé, des transports, de l’humain. Alors qu’en parallèle, le nombre de fonctionnaires uniquement dédiés à la gestion, l’ administration, la réglementation, au contrôle et aux sanctions ne cesse d’augmenter.

Nous devons non seulement faire des économies, notamment en ne remplaçant pas un certain nombre de fonctionnaires qui partent à la retraite, pour les réorienter sur l’allocation universelle bénéficiant aux citoyens, en désintermediant donc, mais également en redéployant les fonctionnaires là où l’on en a besoin, au service direct des citoyens. Outre les économies, pour répondre au besoin de financement, nous formulons des propositions calquées sur la gestion des droits d’auteurs en France, puisque finalement, cette carte génétique numérique sur laquelle certains font des profits, notre data, nous appartient. C’est l’un des moyens innovants que nous proposons pour financer le Revenu Universel en dehors des économies à réaliser en luttant contre la « sur-administration ».

On décrit souvent les retraités et les étudiants comme des improductifs. Pourtant, les retraités ont produit toute leur vie, tandis que les étudiants ou les personnes en formation professionnelle s’ apprêtent à le faire. Cette « sur-administration » ne produit que des emmerdements et ne crée aucune richesse. C’est elle qui est improductive ! En haut de la pyramide s’érige aujourd’hui une énarchie qui s’accapare tout.

La majorité des ministres et des dirigeants des principales banques et entreprises du CAC 40, la totalité des dirigeants de la haute administration ont fait l’ENA. Ils exercent une sorte de mainmise sur le pouvoir. Dépourvue de couleur politique, l’énarchie ne mène qu’un seul combat : celui de se protéger à chaque alternance.

Comment sortir de ce système féodal basé sur l’entre-soi ?

Nous proposons des solutions assez innovantes comme la nomination de hauts-commissaires qui ne soient surtout pas énarques mais qui attestent d’une solide expérience et d’un vaste réseau. Comparés aux « Sept Samouraïs » de Kurosawa, nous en proposons onze dans le livre, disposés à mettre leur expérience et leur réseau au service du pays et du collectif, directement rattachés au président de la République, ils incarnent le « Spoil-system » à la française. Avec notamment le retour du haut-commissaire au Plan cher au général de Gaulle et par là-même la recherche du temps long dans les décisions publiques.

Êtes-vous optimiste pour l’avenir ?

Je suis simultanément très optimiste et très pessimiste. Je suis très optimiste lorsque je vois la manière dont les Français ont pris conscience que la sortie de crise serait collective ou ne serait pas. Nous avons observé un profond respect des décisions gouvernementales. La peur des sanctions a certes joué un rôle, mais globalement, nous avons vu naître une sorte de fibre collective dans le pays, assez loin de l’idée selon laquelle chacun poursuit un chemin individuel.

La reconnaissance vis-à-vis du personnel soignant s’est exprimée chaque soir durant des semaines au son des applaudissements collectifs. Cet épisode a encouragé un certain nombre de réflexions et de remises en perspective, certaines familles décidant de changer de vie après avoir goûté au télétravail. Bien que vilipendé à droite comme à gauche sur ce sujet, j’encourage le télétravail depuis 10 ans. Beaucoup de Français ont découvert que le télétravail était en capacité de leur offrir de nouvelles libertés, notamment en termes d’organisation.

Lorsque vous venez d’un village ou d’une petite ville que vous avez été obligé de quitter pour trouver du travail dans une plus grande agglomération, le télétravail vous offre l’opportunité de retourner vivre dans votre commune. C’est donc également très porteur pour la ville concernée car cela crée une dynamique en maintenant des enfants dans l’école, tout en permettant aux commerces et aux restaurants de vivre. Le télétravail participe également très activement à régler nombre de problèmes liés à la pollution (transports, superficie des bureaux, chauffage…).

Il est intéressant de voir que beaucoup de citoyens et d’ entreprises ont d’ ores et déjà pris la décision de changer leur mode d’organisation, en instillant du télétravail à temps partiel. Perdre moins de temps dans les transports et partager plus de temps avec sa famille, trouver le temps de cuisiner et se nourrir avec des produits de saison, locaux, issus des circuits courts. Cette prise de conscience collective participe à mon optimisme et témoigne d’un cercle très vertueux né au lendemain de la crise sanitaire.

Certains rêvent pourtant de revenir à la situation initiale…

Le réflexe d’auto-protection de la bourgeoisie institutionnelle, qui refuse de lâcher ses privilèges, joue à plein. Espérons que les rebonds de Covid-19 serviront de rappel à l’ordre à ceux qui s’imaginent qu’ils peuvent recommencer comme avant. Qu’ils soient en charge de piloter des collectivités publiques ou des entreprises, beaucoup s’imaginaient qu’ils pourraient finalement agir en s’exonérant de leurs responsabilités comme si rien ne s’était passé.

La manière dont cette crise est en train de s’installer dans le temps, ponctuée par des mutations du virus et des rebonds à des moments où on ne les attend pas, nous oblige à modifier notre mode d’organisation. Le changement induit par la crise est déjà porteur d’amélioration sur certains items, comme la télémédecine par exemple. Pourtant essentielle dans les déserts médicaux et en matière de prévention, le développement de la télémédecine s’est heurtée dans le passé à des freins budgétaires et corporatistes.

La crise a donc eu le mérite de booster un certain nombre de solutions innovantes en matière de médecine à distance et de suivi médicalisé. Du chaos peut naître la fenêtre d’ opportunité. C’ est tout le sens du livre.

La démocratie poussée à son paroxysme est-elle le rempart idoine contre l’accaparation du pouvoir par les élites ?

Il est essentiel de redonner la parole aux citoyens et d’instiller les principes fondateurs de la démocratie athénienne. Je crois en particulier en la vertu d’un conseil de 100 citoyens tirés au sort chaque année pour une période d’un an, agissant auprès de l’exécutif pour insuffler des idées nouvelles. Ce conseil serait systématiquement consulté sur les grandes réformes initiées par l’exécutif et force de propositions. Dans cet esprit, je suis convaincu de la nécessité de transformer en profondeur le Sénat.

Je propose de le fusionner avec le Conseil économique, social et environnemental (CESE), en créant une forme de renouvellement par tiers : un tiers composé de représentants de la société civile (acteurs économiques, acteurs sociaux), un tiers représentant les collectivités locales, comme le Sénat d’aujourd’hui, et enfin un tiers de citoyens tirés au sort. La décision du gouvernement de faire du CESE une chambre de consultation des citoyens est un premier pas.

Si nous souhaitons que les choses ne recommencent pas comme avant, nous devons empêcher les politiques de se ré-accaparer la totalité du pouvoir. Les citoyens doivent être associés au travail de prospective pour édifier le « Nouveau contrat humaniste et durable ».

Quels sont les travers du système médiatico-politique ?

Nous avons réservé notre dernier commandement à un système médiatico-politique vérolé par les intérêts financiers et électoraux. La chasse aux lecteurs et aux électeurs conduit sans scrupule à tout faire pour nous diviser, alors que nous avons besoin de nous additionner. Remémorons-nous la séquence post Gilets jaunes. Alors qu’il n’ y avait plus personne dans les rues, des chaînes d’info continuaient à animer des débats durant des journées entières sur trois personnes isolées dans la rue. Seul objectif, maintenir leur niveau d’audience !

De la même façon, certaines chaînes d’info se sont précipitées pour opposer les scientifiques les uns aux autres à l’occasion de cette pandémie, alors que le gouvernement peinait à trouver le bon chemin et que le monde scientifique était en proie à des hésitations légitimes. Les partis d’ opposition se sont engouffrés dans ce jeu perfide à des fins politiciennes en essayant de déclencher des commissions d’enquête.

Il est particulièrement intéressant et rassurant de constater que ces manipulations ont échoué et que les citoyens n’ y ont guère prêté attention. Ce constat participe à mon optimisme et m’incite à vouloir redonner plus de pouvoir aux citoyens, qui privilégient la concorde à la discorde.

Pensez-vous que vos propositions reçoivent un accueil favorable des politiques alors même qu’elles remettent en cause leur pouvoir ?

Je souhaite que les hommes et les femmes politiques admettent l’idée qu’ils doivent partager le pouvoir dans la durée et ne pas cumuler les mandats. Ils doivent accepter que les citoyens disposent d’ un pouvoir direct de proposition et de décision. Emmanuel Macron s’y est essayé à propos d’environnement, ce qui a suscité de nombreux grincements de dents. Nous allons voir comment tout cela se transforme dans la réalité des faits et des réformes.

Comment les politiques, les ministres et les administrations vont-ils accueillir les propositions des citoyens ? Que va faire le parlement ? Y aura-t-il un référendum ? Toutes ces interrogations sont intéressantes et les leçons qui s’en dégagent vont dans le sens de ce que nous encourageons dans notre ouvrage. Ces réflexions doivent également être étendues à des sujets comme la santé, l’éducation ou le travail, auquel nous avons consacré un chapitre dédié en réalisant notamment un focus sur les activités d’intérêt collectif.

Il est communément acquis que les activités d’intérêt collectif doivent être assumées uniquement sous forme de bénévolat par des personnes dont on trouve normal qu’elles sacrifient leur retraite ou une partie de leurs droits, alors même qu’il est question d’actions absolument essentielles pour la collectivité. Il est intéressant de voir comment cette crise a remis les pendules à l’heure, notamment à l’endroit du personnel soignant, des livreurs, des éboueurs et plus globalement d’un certain nombre de métiers dont on a tous perçu qu’ils étaient indispensables au fonctionnement de notre société et à notre survie pendant que nous étions confinés. Cette crise a repositionné sur le devant de la scène des métiers déclassés dans notre société. Nous devons en tirer les conséquences pour l’avenir.

Le Revenu Universel permettra-t-il de réduire les inégalités ?

En matière sociale, comme en matière de santé et nous le développons au sujet de la saine alimentation, il est temps de passer du curatif au préventif. Distribuons plus justement plutôt que de redistribuer non équitablement comme nous le faisons depuis des décennies.

Redéfinissons le travail. Nous avons besoin d’ aller au-delà des cadres que nous avons construits et qui ont montré leurs limites depuis bien longtemps. Nous devons par exemple réfléchir aux dépendances qui nous attendent à travers la maladie d’Alzheimer et les autres maladies dégénératives. La dépendance liée à l’âge est l’une des formes d’inégalité les plus saillantes que vit aujourd’hui la société française. Les hommes et les femmes bénéficiant d’un certain niveau de salaire sont en capacité de s’occuper de leurs parents, de les placer en maison médicalisée ou d’ assumer des soins à domicile, tandis que les familles aux ressources plus modestes sont dans l’incapacité d’aider leurs ainés.

Le Revenu Universel de la naissance à la mort, est une réponse à ces situations profondément inégalitaires jalonnant l’existence d’une partie de la population française. Le système universel que nous proposons a vocation à remplacer tous les systèmes d’allocations existants. L’ensemble des allocations familiales perçues par les parents jusqu’à la majorité des enfants est remplacé par cette allocation universelle unique sur laquelle l’ État conserve un pourcentage (25 % du montant) reversé à chaque enfant atteignant ses 18 ans et ce indépendamment de son origine sociale.

Ce capital de plusieurs dizaines de milliers d’euros débloqué à la majorité de chaque Français constitue une formidable opportunité pour les jeunes de choisir leur destinée, de sélectionner une formation pour réaliser leur passion, de créer leur entreprise. La mise en place de ce système universel n’est pas chose aisée et suppose la remise en question de tous nos dispositifs, mais c’est un changement névralgique.

Qu’en est-il de la question du logement ?

Elle doit également attirer l’attention des pouvoirs publics. Je me réjouis de voir que depuis un an, le gouvernement a commencé à faire sienne l’idée du logement d’abord, que je défends depuis si longtemps concernant les sans-abris en référence à une expérience menée auprès des sans-abris dans l’Utah (état de l’ouest des États-Unis — ndlr).

Devant l’augmentation objective du nombre de sans-abris, une étude a été conduite afin de mesurer le coût réel pour la collectivité, au-delà de ce que les politiques publiques comptabilisent — dépenses directes qui sont aujourd’hui mobilisées par l’État —, en intégrant donc toutes les dépenses indirectes : remplacement du mobilier urbain détruit, intervention de services d’urgence la nuit pour secourir des personnes en train de mourir dans la rue, mobilisation de services de sécurité pour encadrer les violences urbaines, etc.

L’Utah a finalement décidé d’investir le montant correspondant au coût global pour la société d’ un sans-abris laissé à la rue, pour lui donner un toit et lui offrir un accompagnement social. Au terme de dix ans d’expérimentation, de 2005 à 2015, 70 % des sans-abris de l’Utah avaient bénéficié du programme et n’étaient désormais plus sans abris, le coût net pour la société étant 30 % plus faible que le coût de gestion des gens laissés à la rue. Là encore, prévenir plutôt que guérir !

En quoi l’unité et l’établissement d’« un nouvel ordre » sont-ils des enjeux essentiels pour l’avenir ?

Le poème qui ouvre l’ouvrage invite à faire naître l’ opportunité du désordre : « Khaos to kairos » est un hymne à l’unité visant à l’addition des forces plutôt qu’au déchirement infertile. Les citoyens en quête d’une vie meilleure aspirent précisément à cette « réconciliation », sonnant le glas du théâtre d’ombres du politique. J’ai voté Emmanuel Macron dès le premier tour des présidentielles car il portait l’idée selon laquelle la droite et la gauche devaient s’additionner. Je suis obsédé par cette idée de longue date, j’en ai fait une véritable ligne de conduite.

Aujourd’hui, le débat public a souhaité réinventer une autre forme de division autour de l’ancien monde et du nouveau monde. Nous avons donc quitté la dichotomie droite/ gauche pour l’opposition entre ancien et nouveau monde, cette nouvelle approche clivante n’ayant guère plus de sens. Je suis convaincu de l’impérieuse nécessité de nous « réadditionner » et non de continuer à nous diviser. Les hauts commissaires d’un certain âge, expérimentés et disposant d’un important réseau acquis dans la durée, que l’on pourrait qualifier de personnes appartenant à l’ancien monde, en sont une traduction.

L’enjeu consiste à réussir à mélanger ces deux mondes pour créer une véritable alchimie. Après avoir d’une certaine manière réussi à réconcilier la droite et la gauche au début du quinquennat, en adjoignant la droite et la gauche, je pense que l’un des enjeux de la fin du quinquennat d’ Emmanuel Macron consistera précisément – au-delà de réconcilier les « ruraux » et les « urbains » au travers de la priorité donnée très justement à l’équilibre des territoires que nous appelons de nos vœux, avec notamment un soutien à la pluri-activité et au tourisme – à enfin accorder les « anciens » et les « modernes ».

Propos recueillis par Isabelle Jouanneau


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