C’est la plus belle réussite française des 30 dernières années. Une gloire entrepreneuriale que le monde nous envie. Nous sommes allés sur ses traces. Pour saisir ce qui fait avancer l’homme le plus riche du monde ou presque. L’étudiant roubaisien, diplômé de Polytechnique, est aujourd’hui à la tête d’un empire du luxe, LVMH, qui semble insubmersible.

Il aurait pu être un industriel roubaisien reconnu dans sa région. Il est devenu l’un des trois hommes le plus riches de la planète et dirige LVMH, le plus grand groupe de luxe au monde qui brasse des milliards. Un modèle pour beaucoup de monde.
Quelques heures seulement. Tel est le temps durant lequel Bernard Arnault a été l’homme le plus riche du monde. Lundi 24 mai, le patron de LVMH (186,3 milliards de dollars) a devancé un court instant Jeff Bezos (186 milliards), fondateur d’Amazon, et Elon Musk (147,3 milliards), patron de Tesla, tandis que Bill Gates (125,9 milliards), fondateur de Microsoft, semble désormais à la traine dans ce classement mis à jour en temps réel par le magazine américain Forbes.

Le signe qu’un empereur du luxe peut tutoyer les patrons de la tech américaine. Bernard Arnault est devenu à cette occasion le premier Européen à monter sur la plus haute marche du podium des plus grandes fortunes mondiales. La fortune du milliardaire français étant en grande partie dépendante du cours de Bourse de LVMH — il détient près de la moitié du capital du groupe —, elle a légèrement reculé, ce qui a permis à Jeff Bezos de repasser en tête.

Une fortune qui suit le cours de LVMH

Cet épisode anecdotique était attendu tant l’empire qu’a construit Arnault ne cesse de croître. La plus puissante des multinationales françaises a vu sa capitalisation exploser depuis le début de la crise. Pour deux raisons : une excellente résistance face aux conséquences économiques de la pandémie et la forte reprise du marché du luxe en Chine. Fort logiquement, la fortune de l’entrepreneur français a suivi, passant de 76 milliards de dollars en mars 2020 à plus de 185 milliards aujourd’hui. « LVMH et Arnault représentent l’extraordinaire ascension que les maisons du luxe et de la mode européenne ont connue pendant le confinement », pouvait-on lire dans colonnes du magazine américain Forbes. Bernard Arnault en personne avait eu cette phrase en avril dernier : « Les crises nous rendent plus forts. »

Première capitalisation d’Europe, LVMH a vu son chiffre d’affaires exploser au premier trimestre 2021 : 12 milliards d’euros, soit une augmentation de 32% par rapport à la période précédente. Le groupe français profite à plein de l’essor phénoménal du marché du luxe dans les pays émergents. D’ailleurs, LVMH n’est pas le seul à en profiter : ses rivaux tricolores (Kering, L’Oréal, Hermès) ont également vu leur capitalisation boursière s’envoler.

L’immobilier, son premier amour

En trois décennies, Bernard Arnault est a bâti un empire. Pourtant, le PDG de LVMH ne se prédestinait pas à devenir un magnat du luxe. Né à Roubaix (Nord) en 1949, Bernard Arnault est le fils d’un père centralien et chef d’entreprise, et d’une mère qui héritera du groupe Ferret-Savinel, une société de BTP. Admis à Polytechnique en 1969, Bernard Arnault a reçu une éducation bourgeoise, entre études, piano et équitation. Une fois diplômé, en 1971, il intègre l’entreprise Ferret-Savinel dont a hérité sa mère. C’est le début d’une ascension sans limite.

Une ascension faite de choix tranchés. D’abord lorsqu’il réoriente la stratégie suivie par son père : délaisser le BTP, l’activité historique du groupe, et se lancer dans l’immobilier. L’entreprise Férinel était née. Elle cible le secteur des appartements en bord de mer. Sept ans après son arrivée au sein de l’entreprise, Bernard Arnault en hérite. Il a 29 ans et est désormais seul aux commandes de l’entreprise familiale.

Sa peur de l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand en 1981 le pousse à s’exiler aux Etats-Unis. Outre-Atlantique, il connaît des aventures diverses, tente sa chance dans l’immobilier et revient finalement sans avoir réussi à faire son trou sur le marché américain. De la Financière Agache à LVMH, Arnault multiplie les « coups » Nous sommes au début des années 90 et l’héritier tente de se relancer. Il opte pour un rachat et débourse 90 millions de francs. Sa cible ? La Financière Agache, également appelée « Société fiduciaire et financière Agache Willot ». Un petit empire industriel du luxe constitué des différentes entreprises rachetées par les frères Willot et par le groupe de filature de lin Agache. Bernard Arnault met un pied dans le luxe avec l’aide du banquier de chez Lazard Antoine Bernheim. Un secteur qu’il ne quittera plus.

Devenu patron de la Financière Agache, il prend également la tête de l’entreprise iconique Boussac, spécialisée dans le texile, qui appartient à son groupe. Boussac possède quelques pépites comme Christian Dior, Le Bon Marché ou encore Conforama. Bernard Arnault n’a jamais dirigé une entité aussi imposante. Mais c’est un pari : le secteur du textile traverse une crise majeure. La plupart des acteurs sont dans le rouge, et rares sont les entrepreneurs à s’intéresser à ce marché. L’État français souhaitant maintenir en vie l’industrie textile, Boussac est donc mis sous perfusion : le groupe reçoit près d’un milliard de francs.

Bernard Arnault profite habilement de cette manne et cède son activité dans le textile, un secteur auquel il ne croit pas. À la fin des années 80, il est déjà l’un des hommes les plus fortunés de France. En 1985, il est la tête de Christian Dior. Au terme d’une opération financière d’envergure et de bisbilles juridiques, il s’offre LVMH et en devient le PDG en 1990.

Un catalogue de marques sans égal

Sa stratégie pour développer son nouveau groupe ? Racheter à tour de bras dans plusieurs secteurs (mode, spiritueux, joaillerie, hôtellerie..) : Guerlain (1994), TAG Heuer (1999), Glenmorangie (2004), Hublot (2008), Bulgari et Berluti (2011), Pepe Jeans (2015), Rimowa (2016), Belmond (2018), Fenty (2019), Tiffany and Co (2020)… Arnault cible également la presse en rachetant Les Echos et Le Parisien. Avec ses 70 marques prestigieuses (Château d’Yquem, Moët & Chandon, Louis Vuitton, Dior, Givenchy, Guerlain, Bulgari…) et ses 44 milliards d’euros de chiffre d’affaires, LVMH est aujourd’hui le plus grand groupe de luxe au monde. Bernard Arnault en est toujours le premier actionnaire à travers sa holding Christian Dior. Avec le rebond en cours sur le marché du luxe, notamment poussé par la demande chinoise, Bernard Arnault pourrait bien reprendre la place de n°1. Jeff Bezos n’a qu’à bien se tenir.

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