L’héritier est un sacré entrepreneur ! À 51 ans, il continue de développer l’entreprise familiale fondée en 1776 sur les chapeaux de roue.

Membre de la 7e génération, cet ancien de Paris Dauphine qui a commencé sa carrière dans l’immobilier, accélère le développement. Après avoir mis la main sur un deuxième domaine viticole en Californie (Merry Edwards Winery), il se diversifie dans l’hôtellerie en reprenant l’hôtel Christiania, un 5 étoiles à Val-d’Isère.

L’histoire officielle de Roederer remonte à 1776, lorsque l’Alsacien Nicolas Schreder fonde son négoce qu’il transmet à son neveu Louis Roederer en 1833. Grâce à ce nouveau propriétaire qui a du nez, la maison Roederer a constitué dès 1850 son vignoble historique, quelque 130 hectares portés à 240 aujourd’hui. Voici l’une des dernières maisons indépendantes en Champagne. Depuis près de deux siècles elle appartient à la même famille.

Vision pionnière et audace instinctive

Héritier de la Maison de Champagne en 1833, esthète et entrepreneur, Louis Roederer prend le parti visionnaire d’enrichir son vignoble pour contrôler toutes les étapes de l’élaboration du vin. Il forge ainsi un style, un esprit et un goût singuliers. Au milieu du XIXe siècle, en faisant l’acquisition de vignes choisies avec instinct et éclectisme sur les terres des grands crus de Champagne, il agit à contre-courant des usages et des habitudes de son temps.

Tandis que d’autres achètent du raisin, Louis Roederer chérit le vignoble, décrypte le caractère de chaque parcelle et acquiert méthodiquement les meilleures. Louis Roederer trace ainsi un destin d’exception à la Maison qui portera désormais son nom. Son successeur, Louis Roederer II, est animé par la même vision patiente du Champagne, la même conception patrimoniale du domaine, la même audace instinctive.

Des Roederer aux Rouzaud

Durant les années 1920, le nouvel héritier de la Maison Louis Roederer, Léon Olry Roederer, a, lui, à cœur de créer un vin très équilibré, un accord constant et délicat de plusieurs millésimes, la promesse d’une qualité toujours parfaite. Il dessine ainsi les contours du futur Brut Premier. Ce bel assemblage contribue à la renaissance de la Maison Louis Roederer. Après son décès, à partir de 1933, son épouse Camille mène la Maison avec un tempérament brillant et une énergie remarquable, jusqu’au plein succès. Œnologue, ingénieur agronome, son petit-fils Jean-Claude Rouzaud veille à sa suite à l’intégrité du domaine. Il entreprend un travail inspiré de remembrement du vignoble.

Frédéric, 7e génération aux commandes

Toujours indépendante, toujours familiale, la Maison Louis Roederer est aujourd’hui dirigée par son fils, Frédéric Rouzaud, qui représente la septième génération de la lignée. Avec la même patience, une inébranlable fidélité à sa vocation créative, la Maison Louis Roederer expédie aujourd’hui, chaque année, trois millions de bouteilles à travers le monde pour 350 millions d’euros de chiffre d’affaires et avec 700 salariés. Bien qu’il modernise la maison acquise par ses aïeux en 1833, ce fan de ski et de vélo en respecte toutefois la culture à la lettre.

Aux commandes depuis 2006, ce patron plutôt réservé a dû faire ses preuves avant d’être adoubé par ses pairs. Pas facile de succéder à l’autocrate extraverti Jean-Claude Rouzaud, œnologue désigné « Homme de l’année » par le magazine britannique Decanter et invité régulier des chefs d’Etat, dont les présidents américains Ronald Reagan et Bill Clinton.

L’héritier d’une tradition entrepreneuriale

C’est à son arrière-grand-mère, Camille Olry-Roederer, aux commandes pendant plus de quarante ans, que Frédéric Rouzaud voue la plus grande admiration, car elle a su faire preuve d’audace et de courage dans les moments difficiles. Au lendemain de la crise de 1929, elle a sauvé la maison de la disparition pure et simple. Dans cette saga familiale, Jean-Claude Rouzaud, oenologue de talent, qui succéda à sa grand-mère en 1975, aura été, quant à lui, grâce à une série d’acquisitions judicieuses, le bâtisseur d’un «empire Roederer». Initiée dès les années 1980 par le père de Frédéric, cette stratégie d’investissements au-delà des frontières champenoises tranche avec celle des autres maisons indépendantes familiales.

Des échelons gravis un à un

Frédéric Rouzaud a donc consciencieusement fait ses classes. D’abord dans le groupe Auguste-Thouard, puis à Reims au sein de l’entreprise familiale où son père ne le propulse pas, mais lui donne très progressivement plus de latitude. Il gravit tous les échelons avant de prendre la direction de la maison de champagne Roederer en 2006. Son ambition : « inventer le champagne de demain pour que Louis Roederer soit toujours considéré dans 20 ans comme la référence sur ce marché ». Aujourd’hui, force est de constater qu’il a su imprimer sa marque à coups de prestigieuses opérations de croissance externe, et caresse toujours une jolie ambition pour son empire.

Développer l’international

Frédéric Rouzaud a dû faire ses preuves. A son arrivée en 2006 à la tête du champagne Louis Roederer, il réorganise le réseau des distributeurs de la marque à l’étranger. Diplômé en gestion de Paris-Dauphine, l’héritier globe-trotteur a développé ses relais à l’international : création d’une filiale en Suisse, ventes de vins prestigieux extérieurs au groupe, dont Château Petrus, et développement de l’activité en Asie comme dans les autres grands pays émergents. Du coup, le groupe est aujourd’hui présent dans 90 pays, contre 70 lorsque Frédéric Rouzaud a pris ses fonctions.

Des vins dèles à leur terroir

C’est le leitmotiv du PDG : des cultures bio et des marques fortes associées à un bon réseau de distribution. En 2017, pour la première fois, le groupe a été bio sur ses 240 hectares de vignes de Champagne. C’est une performance et c’est le résultat du travail de toutes leurs équipes. Cela fait quinze ans que la Maison expérimente cela et elle travaille en biodynamie sur 80 hectares, soit quasiment l’ensemble du domaine Cristal.

Rachat de la Merry Edwards Winery

Le PDG du groupe champenois a également signé le 22 février 2019 le rachat de la Merry Edwards Winery (Sonoma Valley). Constituée de 79 acres de vignes (soit 35 hectares), la propriété est particulièrement réputée pour sa maîtrise du pinot noir. Qui est le cépage principal, pour ne pas dire majoritaire, des champagnes Roederer, qui consolident avec cette acquisition leurs propriétés californiennes. Ayant un beau portefeuille d’actifs viticoles en France, le groupe champenois a fondé en Californie le Roederer Estate en 1982, puis a racheté Scharffenberger Cellars en 2004 et le domaine Anderson en 2012. « Au fil du temps, des opportunités se sont présentées pour reprendre des wineries reconnues dans la Californie du Nord, mais ce n’est qu’après avoir rencontré Merry Edwards que mon cœur s’est mis à battre » déclare Frédéric Rouzaud dans un communiqué.

Diversification dans l’hôtellerie de luxe

Du champagne à l’hôtellerie de luxe il n’y a qu’un pas ! Alors, lorsque Frédéric Rouzaud apprend début 2018 que l’hôtel Christiania de Val-d’Isère est à vendre, il saute dans un train pour aller rencontrer le propriétaire, Philippe Bertoli. Les deux hommes discutent à bâtons rompus pendant trois heures et découvrent un certain nombre de points communs entre leurs deux familles. Huit mois plus tard, en octobre 2018, le deal est signé : le célèbre hôtel (premier de la station de sports d’hiver en 1949) est désormais dans le giron de la maison Roederer, mais sa gestion reste entre les mains des Bertoli, qui le tiennent depuis quarante-neuf ans. Un rachat qui s’inscrit dans une « frénésie de concurrence entre grandes fortunes françaises et étrangères pour les plus beaux établissements des Alpes », note un expert des transactions haut de gamme.

Création d’un réseau œno-touristique

Pour Roederer, passer du monde du vin à celui de l’hôtellerie, voilà un sacré changement d’orientation, motivé par le développement exceptionnel de la filière d’œnotourisme en France. Un nouveau challenge que notre confrère le JDD évoque également : « Demain, l’ouverture de propriétés et la création d’expériences d’œnotourisme sur ses terres de vins, à Bordeaux, en Provence et au Portugal. Et après-demain ? Paris. Frédéric Rouzaud admet que la concurrence entre les cinq- étoiles y est acharnée, mais il ne s’interdit aucun rêve. »

Il est désormais clair que l’acquisition du 5 étoiles emblématique de Val d’Isère est la première étape dans la construction d’un réseau œnotouristique que Frédéric Rouzaud souhaite créer à partir des différentes propriétés familiales du groupe. Si cette nouvelle aventure ne fait que commencer, elle est le prolongement d’une vision entrepreneuriale sur déjà sept générations.

V.D.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici