La chronique économique de Bernard CHAUSSEGROS

Quel que soit le secteur, les entreprises françaises subissent bien souvent les effets d’une concurrence déloyale liée à « la mondialisation » du fait de la disparité des règles sociales. Au sein même de la communauté européenne, il y a des écarts significatifs sur le coût du travail et cela, le plus souvent, en défaveur de nos compatriotes. Fort de ce constat, et afin de conserver ce savoir-faire unique, les donneurs d’ordre devraient privilégier l’économie hexagonale plutôt que de se tourner vers des contrées plus accueillantes socialement et fiscalement.

Pour illustrer le propos, le secteur audiovisuel et plus particulièrement, celui des décors :

Cette branche d’activité emploie plus d’un millier de travailleurs intermittents du spectacle aux postes de menuisiers, peintres, tapissiers, serruriers, machinistes, décorateurs, etc. Ces emplois participent d’une spécificité et d’une exception culturelle et industrielle française. Le gouvernement les soutient et les entreprises, par le respect des règles d’hygiène et de sécurité au travail, par le respect du paiement des heures effectuées par les salariées, aussi.

On peut légitimement se poser la question de l’intérêt de sauvegarder le statut particulier des salariés intermittents du spectacle (avec les implications financières que cela représente pour les pouvoirs publics et les organisations paritaires), si, à l’opposé c’est pour laisser des organismes publics participer à la paupérisation de cette force de production au mépris des règles édictées pour la protéger.

Un millier d’emplois locaux injustement menacés

Ces sociétés, qui ont toujours été les plus innovantes en termes d’utilisation de nouveaux matériaux et qui ont construits les décors les plus modernes du paysage audiovisuel mondial, souffrent aujourd’hui d’un mépris incompréhensible des acteurs privés du secteur mais aussi des acteurs publics.

En effet, nos entreprises sont victimes du phénomène de dumping social intra-européen : l’absence d’harmonisation des contraintes sociales (charges sociales, niveau du Smic, réglementation en termes de Conditions d’Hygiène et de Sécurité) les expose à la concurrence d’autres sociétés européennes. Les principales chaines de télévision ont de plus en plus recours à des sociétés étrangères pour faire construire leurs décors à faible coût.

Si l’on peut comprendre que des sociétés privées privilégient, sans concertation, pour des raisons de compétitivité et de rentabilité, des sociétés étrangères, il est en revanche incompréhensible que les chaînes du service public ne remplissent pas leurs obligations réglementaires d’appel d’offre ou, a minima, d’appel au marché.

Que ces dernières souhaitent rationnaliser leurs coûts, c’est audible mais que cela soit fait au mépris des lois et sans mobilisation des organismes tutélaires est aberrant.

Plus encore qu’un problème de concurrence : une question de sécurité !

En effet, lorsqu’on apprend, par exemple, que des travailleurs « étrangers » qui sont venus monter les décors à Cannes, (qu’ils avaient aussi construits), avaient travaillé 37 heures d’affilé, prenant des pauses sur le plateau même, on ne peut que constater que sur le territoire français les règles ne sont pas les mêmes selon que vous êtes un entrepreneur français ou étranger. Est-ce une méconnaissance ou une volonté consciente de transgression du code du travail ou est-ce le désir de ne pas entacher un événement international qui protègent ces violations de l’intervention des services de l’inspection du travail ?

Une société française qui se permettrait de ne pas respecter la règle des 11 heures de repos quotidien ainsi que celles du respect des normes de sécurité au travail se verrait sanctionnée, voire poursuivie pénalement.

Quid aussi des risques relatifs à la sécurité des festivaliers de tous ordres lorsqu’on laisse des salariés travailler aussi longtemps sans repos sur des installations destinées à recevoir du public, le cas échéant à les surplomber, sans se soucier des risques de malfaçons que cela peut engendrer. Pourquoi sur des évènements aussi médiatiques n’y a-t-il pas plus de contrôles sur le respect du code du travail français en général et sur la directive Bolkenstein déjà très permissive ?

Aujourd’hui nos sociétés de décors fournissent une prestation de proximité de qualité mais qu’en sera-t-il demain lorsque les diffuseurs se seront tous tournés vers l’étranger pour faire construire leurs décors sans jamais la moindre mise en concurrence ? Les pouvoirs publics prennent le risque de voir disparaître un savoir-faire, ainsi que le millier d’emplois directs qui en découle et les milliers d’emplois indirects que l’activité génère (fabricants de matériaux, prestataires de services techniques, commerçants de matériel de fabrication, fabricants de peinture, etc.).

Les entreprises françaises ne demandent aucun favoritisme, mais exigent la justice d’une mise en concurrence loyale et du respect équivalent des mêmes contraintes réglementaires, sociales et fiscales.

Focus sur une société « leader » de ce marché : SET-UP

Implantée à Vitry sur Seine, la société SET UP répartit ses activités sur 4000 m2 dédiés entièrement à la construction de décors et d’infrastructures pour tous les métiers du spectacle de l’évènementiel et de la culture.

Dotée d’une menuiserie, d’une serrurerie, d’une machine de défonçage numérique, d’un service peinture avec sa cabine pressurisée, d’une tapisserie, d’un service d’impression grand format et d’un magasin susceptible de répondre à n’importe quelle demande urgente, la société SET UP emploie 25 salariés permanents et une équivalence temps plein à l’année de 31 salariés sous le statut d’intermittent du spectacle. Ce dernier chiffre variant en fonction de l’activité de l’entreprise

Acteur important sur le marché de la conception et de la construction de décors de télévision, de spectacle vivant et de la mode, SET UP est dotée de son propre bureau d’études.

Il ne reste en France que deux sociétés de cette taille « SETUP » et « AFTER » clairement spécialisées dans la construction de décors pour la télévision notamment, essayons de les préserver…

Bernard Chaussegros

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