Comment Laurent Burelle à bâti l’empire Plastic Omnium ?

Il est l’un des plus grands et influents capitaines d’industrie français. Retour sur le parcours haut en couleurs de l’industriel lyonnais Laurent Burelle, héritier d’une des plus grandes dynasties entrepreneuriales, qu’il a transformée en géant de l’équipement automobile, et bientôt de l’hydrogène.

Laurent, c’est un officier de cavalerie, un chef de guerre, avec un caractère très fort, une pêche d’enfer. », C’est ainsi que son ami lyonnais Alain Mérieux, fondateur de BioMérieux, décrit Laurent Burelle.

52ème fortune française (2,2 milliards d’euros), le capitaine d’industrie, qui aime se comparer à Christophe Colomb, Marco Polo ou encore Bonaparte, est réputé pour être un meneur d’hommes hors pair. Parfois cinglant, voire autoritaire, le président de Plastic Omnium est un dirigeant atypique, un bâtisseur comme on n’en fait plus. En tant que dirigeant, il ne s’est pas contenté de ce qu’il avait reçu : Laurent Burelle n’est pas seulement un héritier. Il a certes hérité du groupe familial en 2001, mais il ne s’est pas reposé sur ses lauriers : il en a fait un empire mondial.

Lors de son arrivée en 2001 à la tête du plasturgiste à la suite de son frère, Jean, l’entreprise affiche un chiffre d’affaires d’un milliard d’euros. En vingt ans, Burelle a transformé l’entreprise familiale – elle est toujours contrôlée par la famille – en leader mondial de pièces de carrosserie et de réservoirs pour véhicules et a multiplié son chiffre d’affaires par 8.

Aujourd’hui, Plastic Omnium est un géant industriel. Un géant coté à la Bourse de Paris qui réalise un chiffre d’affaires de 8 milliards d’euros en 2021 (+4,6%), emploie 32 000 personnes à travers 26 pays, détient plus de 130 usines et 26 centres de R&D.

Il a commencé dans une usine

Laurent Burelle est le fils de Pierre Burelle (1914-2011), fondateur de la Compagnie Plastic Omnium en 1946. Il est né en 1949, soit trois ans après la création de l’entreprise familiale. S’il a vu le jour à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), c’est en Suisse, à l’École polytechnique fédérale de Zurich, que Laurent Burelle obtiendra son diplôme d’ingénieur en chimie. Il est également diplômé du MIT (États-Unis).

Le milliardaire n’avait pas prévu d’intégrer Plastic Omnium dès sa sortie d’école. C’est pourtant ce qu’il se passe. Il n’a que 25 ans quand son père lui demande d’intégrer le groupe familial. Pierre Burelle envoie d’abord son fils faire ses armes sur le terrain, dans l’usine de Langres (Haute-Marne), où Laurent Burelle devient l’assistant du directeur.

Trois ans plus tard, à 28 ans, il quitte la France pour l’Espagne. Parlant couramment français, anglais, espagnol et allemand, Laurent Burelle a toujours entretenu cette fibre internationale tout au long de son parcours. En Espagne, ce passionné d’histoire et de géographie prend la tête de la deuxième usine du groupe située à Valence, puis devient PDG de la filiale espagnole en 1980. Il devra attendre vingt ans avant de prendre la tête de l’entreprise familiale et de devenir le troisième dirigeant de Plastic Omnium en 70 ans d’existence. Depuis cette date, c’est lui l’homme fort de l’empire.

Il a profité de cette position de force pour se faire élire président de l’Association française des entreprises privées (AFEP) en 2017, un puissant lobby patronal regroupant les plus grandes entreprises françaises (L’Oréal, LVMH, Carrefour, Engie, AXA, Kering, TotalEnergies…).

Futur leader de l’hydrogène et de la mobilité propre ?

Sous sa direction, la multinationale familiale s’est imposée comme l’un des premiers équipementiers automobiles français (derrière Valeo et Faurecia) et mondiaux. Le tableau de chasse de Plastic Omnium est impressionnant : l’entreprise française équipe la totalité des constructeurs allemands (BMX, Mercedes, Volkswagen), français (Stellantis, Renault…) et asiatiques (Toyota, Hyundai…). Plastic Omnium a même su conquérir la Chine : l’équipementier est le principal fournisseur d’une vingtaine de constructeurs chinois. Depuis la fin de la décennie 2010, Laurent Burelle a progressivement préparé sa succession tout en restant au cœur du système.

En 2020, il a cédé la présidence à l’ingénieur international Laurent Favre, qui a travaillé chez les principaux équipementiers allemands (ThyssenKrupp, ZF, Benteler). Le milliardaire reste toutefois président du conseil d’administration de Plastic Omnium et PDG de son holding de contrôle Burelle SA. En parallèle, il a fait monter sa fille, Félicie Burelle, comme DG déléguée.

Cette transition douce au sein de la gouvernance s’accompagne d’une révolution stratégique majeure. L’équipementier automobile français a depuis quelques années pris le virage de la mobilité verte. Plastic Omnium se rêve en géant de l’hydrogène à horizon 2030, raison pour laquelle le groupe familial investit à tour de bras dans le secteur (20 millions d’euros dans le spécialiste des batteries Verkor, par exemple), signe des partenariats (avec Alstom pour le train à hydrogène), multiplie les acquisitions et lance dans des centres de R&D à travers le monde. L’hydrogène, le dernier combat de Laurent Burelle ? C’est peut-être aussi le plus porteur.

Victor Cazale

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