Pour Heiner Kroke, CEO de Momox, « la seconde main est une réponse durable aux préoccupations des Français en matière de pouvoir d’achat et d’écologie ». Entretien.

Momox est le leader européen de la vente en ligne de produits de seconde main. A la base, la startup ne vendait en seconde main que des produits culturels, notamment des livres. Mais après une année exceptionnelle avec plus de 312 millions d’euros de chiffre d’affaires, l’entreprise élargit son offre en arrivant en France et surtout en proposant désormais des vêtements d’occasion.

Heiner Kroke n’est pas un débutant sur le net, il était auparavant, le patron d’eBay en Allemagne. L’entreprise est à la base allemande, mais elle est devenue au fil du temps, une entreprise européenne, avec des locaux aux quatre coins de l’Europe et en France.

La seconde main est-elle une solution à la surconsommation et à l’uniformisation des modes de consommation ?

La seconde main s’est d’abord imposée comme une solution maline pour donner un coup de pouce à son budget. Si le facteur économique demeure en tête des motivations, les préoccupations environnementales gagnent du terrain. De plus en plus de Français se tournent vers l’achat-vente d’occasion dans le but d’offrir une seconde vie à des objets qui peuvent encore servir et, ainsi, limiter la surproduction et le gaspillage des ressources naturelles. Une volonté particulièrement forte chez les jeunes, puisque près de la moitié des 18-24 ans déclarent privilégier la seconde main par souci écologique.

En outre, l’occasion permet de se procurer des produits qui peuvent être difficiles à trouver via les canaux de distribution traditionnels, notamment lorsqu’ils ne sont plus fabriqués. À l’ère de l’ultra personnalisation, le goût pour le vintage et l’envie de se différencier constituent donc des leviers d’achat et de vente très importants.

Quelles que soient les motivations, nous sommes en présence d’une nouvelle génération de « consom’acteurs » éclairés, qui cherchent à donner du sens à leurs choix.

Quelles sont les grandes tendances de ce secteur en France et en Europe ?

Outre les aspects financiers et écologiques, la seconde main s’inscrit dans une tendance au minimalisme et au retour à l’essentiel. Les confinements successifs ont donné envie aux Français de faire du tri dans leurs affaires pour désencombrer leur intérieur. La vente d’occasion leur a ainsi permis de gagner un peu d’argent tout en faisant de la place. Le gain d’espace est d’ailleurs le second critère cité par les vendeurs, juste derrière le gain d’argent.

Par ailleurs, la seconde main dépasse désormais l’usage personnel. Par exemple, l’idée d’offrir des cadeaux d’occasion à ses proches pour Noël ou un anniversaire n’est plus tabou, au contraire. Ce choix fait plus que jamais sens pour les consommateurs, qui y voient une solution pour préserver leur pouvoir d’achat et (se) faire plaisir sans culpabiliser. Pour les plus sensibles à l’écologie, c’est même une évidence, car consommer de manière durable ne peut pas se limiter à des actes ponctuels mais doit s’envisager comme un véritable mode de vie. 

Dans ce contexte, l’offre tend à se diversifier, tant du côté des produits que des acteurs. Ainsi, les enseignes et les plateformes historiques côtoient désormais des marques qui mettent en place des corners de seconde main dans leurs boutiques ou lancent leur propre plateforme d’achat-vente entre particuliers, comme La Redoute et Zalando.

Quels biens sont les plus prisés par les acheteurs ?

Les acheteurs de produits d’occasion plébiscitent surtout les produits culturels, notamment les livres, suivis de très près par les jeux vidéo, dont les ventes ne cessent de progresser. Une croissance qui peut s’expliquer par le fait que les Français ont passé davantage de temps à leur domicile, en raison des confinements et des restrictions sanitaires. Les vêtements et le mobilier complètent le podium des biens les plus prisés par les Français.

Où et comment achètent/vendent-ils leurs articles ?

Les Français achètent principalement en ligne, où ils sont sûrs d’avoir du choix et pourront comparer les prix pour trouver la meilleure offre. Des plateformes spécialisées aux sites de petites annonces, l’occasion est désormais à portée de clic. Les brocantes et les points de vente traditionnels n’en restent pas moins plébiscités. On peut en distinguer deux types : les structures associatives, où les articles proviennent principalement de dons, et les dépôts-ventes tels que les bourses aux livres et les friperies.

Lorsqu’il s’agit de vendre leurs affaires, les utilisateurs privilégient avant tout la praticité et cherchent à réaliser les transactions en ligne autant que possible. Chez Momox, par exemple, les vendeurs scannent le code-barres de leurs articles grâce à l’application pour obtenir une offre de rachat. Une fois la vente validée, nous leur envoyons un bordereau d’expédition prépayé pour qu’ils déposent leur colis dans un point Mondial Relay. Une fois passée l’étape du contrôle qualité, ils reçoivent leur paiement en quelques jours.

Comment le marché de la seconde main va-t-il évoluer dans les cinq à dix années à venir ?

Dans un contexte de ralentissement du pouvoir d’achat et de crise écologique, le marché de l’économie circulaire a de beaux jours devant lui. Évalué à 28 milliards d’euros en 2020, ce dernier devrait croître de 15 % à 20 % d’ici 2025. Rien d’étonnant, quand on sait par exemple que plus de la moitié des Français qui n’ont jamais acheté ou vendu d’articles de seconde main se disent prêts à essayer dans un avenir proche.

De nouveaux acteurs vont faire leur arrivée sur le marché, rendant l’achat-vente d’occasion de plus en plus simple et accessible, notamment grâce à la numérisation des services. Pour faire face à cette concurrence accrue et fidéliser les clients sur le long terme, les acteurs de la seconde main devront miser sur une expérience utilisateur enrichie et faire du choix et de la qualité des produits proposés un facteur clé de différenciation. Au-delà de l’offre, les consommateurs seront de plus en plus attentifs à l’empreinte environnementale des entreprises et attendront d’elles des engagements concrets. 

Angelina Hubner

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