Quand on voit la difficulté que nous avons ici en France à trouver des consensus stables, notamment dans le domaine social avec les conséquences néfastes sur la marche des affaires ; ce n’est pas inutile de regarder à côté de nous les pays voisins pour comprendre les contextes qui leur permettent d’arriver naturellement au compromis.


A vrai dire nous ne sommes pas aidés par les mots parce que le compromis a une connotation clairement négative peut-être à cause du mot compromission. Un compromis chez nous est perçu comme négatif, c’est une sorte de défaite , il a fallu abandonner une partie de sa proposition. Ce n’est pas beaucoup mieux si on propose le mot arrangement qui sous-entend l’existence de petites combines.

La langue allemande a une expression (Mitbestimmung) qui exprime bien de quoi il s’agit. L’accord se fait non pas sur une situation dégradée mais sur une solution construite ensemble. Bestimmung : on fixe, on définit, on détermine ; Mit, ensemble.


L’un des facteurs qui crée trop souvent une mauvaise ambiance et empêche la confiance de s’installer est évidemment celui de lutte des classes, toujours présent, au moins, chez certains de nos syndicats. Le rêve de l’international socialiste (comme si les ouvriers de tous les pays pouvaient constituer une nation) a pourtant complètement échoué, les Allemands l’ont très compris beaucoup plus vite que nous c’est peut être, en partie, pour cela que leurs entreprises se comportent mieux que les nôtres sur les marchés mondiaux. 


C’est paradoxalement la mondialisation qui a rendu caduque la lutte des classes dans toute l’Europe du Nord, où on a considéré que, face aux concurrents étrangers, il fallait que patrons et ouvriers fassent bloc  pour que leur entreprise soit plus compétitive que les autres ; d’ailleurs le patron en allemand s’appelle « arbeitgeber », littéralement « Celui qui donne du travail » (et non pas celui qui exploite l’ouvrier), d’où le congrès de Bad Godesberg en 1996 et la prise de distance officielle avec le parti communiste ainsi d’ailleurs qu’avec tout parti politique.


La mentalité allemande a subi une évolution très importante (dont nous ferions bien également de nous inspirer), à l’époque de Schroeder. À l’époque l’Allemagne était l’enfant malade de l’Europe (on l’a oublié) et c’est Shroeder qui a pris les choses en main en expliquant qu’on ne pouvait plus s’endetter éternellement car la dette (à l’époque 70% du PIB !) était un danger pour la souveraineté du pays. Schroeder a fait comprendre aux Allemands, avec le support des médias, qu’il n’y avait plus de sous dans la caisse et que les comportements devaient changer. Il a notamment annoncé que l’État ne pourrait plus combler les caisses sociales .Dans ces conditions « il valait mieux prendre les devants et s’occuper soi-même de réformer la sphère sociale plutôt que d’attendre la venue des financiers qui forceraient le pays à baisser ses dépenses sans la moindre attention aux conséquences humaines ». Ce fut le coup de génie de l’invention de la « solidarité exigeante », là encore parfaitement relayée par les grands médias. Une société n’existe que par la solidarité entre ses membres. Si quelqu’un bénéficie d’une aide celle-ci provoque chez le récipiendaire un sentiment de devoir de réciprocité surtout quand la situation financière du pays est tendue. C’était d’ailleurs pour lui, affaire de dignité. Ce fut le fameux « il vaut mieux un job pas tout à fait satisfaisant que l’horreur du chômage, même bien payé, à la maison ». La raison est évidente, il vaut cent fois mieux être socialisé dans l’entreprise car avec un bon travail, un jour, la promotion viendra ! L’absence actuelle de chômage allemand s’explique probablement en grande partie par cette simple phrase.

Confrontés à la nécessité d’avoir des caisses de retraite équilibrées, patronat et syndicats en sont naturellement arrivés à la décision de reporter significativement l’âge de départ à la retraite. Les comptes publics s’en sont trouvés largement allégés !

Les Français ne sont pas encore réceptifs à ces discours, peut-être  parce que nous sommes  le seul pays au monde avoir inscrit l’égalité dans notre devise. Nos compatriotes en concluent à tort que le l’État a pour devoir d’assurer cette égalité. Et c’est là que les choses glissent (comme le rappelait justement Alain Peyrefitte), on tend à confondre « égal en droit et pareil en fait ». Recevoir une aide est un dû qui ne provoque que rarement le sentiment d’un devoir à l’égard de la société. L’État ne fait que ce qu’il a à faire, d’ailleurs, ça ne pose aucun problème puisque dans l’esprit des gens c’est un État providence ( funeste invention !) qui regorge d’argent. La dérive des dépenses publiques, dont la grande majorité s’explique par celle des dépenses sociales a son origine dans la conviction (erronée) que « l’argent est là ! ».


C’est évidemment une conception fausse parce « Dans un monde concurrentiel, disait de Gaulle, il faut être compétitif ». Le concept d’avantage acquis n’a plus de sens dans un monde où le client ne l’est pas. Une chose est claire, la balance commerciale de la France est négative depuis trente ans, nous perdons régulièrement des positions sur le marché mondial, notre sphère publique est en déficit, l’endettement monte et notre PIB par tête croit moins vite que celui de nos voisins. Il est impératif de se remuer !

D’autant que cadre européen est trop étroit, parlons donc de l’Asie qui sera notre grand concurrent. La dimension sociale de chaque être y est beaucoup plus développée que chez nous surtout dans les pays de philosophie confucéenne ; dans tous ces pays chaque individu est à l’image de la feuille d’un arbre à qui on demande bien se tenir à sa place pour favoriser l’équilibre de l’ensemble.


On est donc très loin de l’Occident. En Asie l’inégalité n’est pas mal vécue elle est une caractéristique de la nature. Ce qui importe c’est la dignité qui consiste à faire bien, là où on est ; on aura beaucoup plus de vénération pour un ouvrier professionnel que pour un grand patron qui abime sa société par de mauvaises décisions et un management défectueux. L’idée fondamentale de la société est celle d’un escalier ; la société est harmonieuse si chacun, où qu’il soit placé dans la société, peut le gravir. Ce modèle social harmonieux a fait des merveilles sur le plan économique et nous force à nous positionner également par rapport à lui.


Où que l’on regarde, le diagnostic est sans appel. Notre pays dérive, on ne parle pas de différences énormes c’est 0,5%, par an mais sur une cinquantaine d’années ça fait un sacré chemin (si on compare la France et la Suisse c’est tout de même un rapport de un à deux en terme de PIB par tête sur cinquante ans ! si on se compare à Singapour le rapport est un a sept !).

On peut très bien continuer à dire : « Nous, c’est comme ça ! » et la situation continuera. On peut aussi vouloir s’améliorer. Sans aller chercher à l’autre bout du monde, dans des cultures très éloignées de la nôtre, la solution est évidemment de se rapprocher de l’approche des Allemands ce sera d’ailleurs une des conditions essentielles si on veut construire une Europe solide et cohérente.

La bonne marche du CAC 40 en cette période pourtant oh combien difficile, montre que les Français peuvent très bien tirer leur épingle du jeu et que la mondialisation quand on la prend par le bon bout est porteuse de prospérité. Même si nous avons notre culture et nos habitudes, ça ne pas faire de mal de copier les systèmes qui ont fait leur preuves !

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