La chronique économique de Bernard Chaussegros

Face au Covid-19, ces citadins qui font le choix du grand air et de la campagne…
On les appelle parfois les « néoruraux », ces cadres – de plus en plus nombreux – qui, lassés des grandes villes, « émigrent » en Région. Un exode urbain qui n’est pas uniquement synonyme de retour à la terre. Le confinement et le télétravail rebattent les cartes et les envies.

Quitter la ville pour une vie plus « champêtre », beaucoup en rêvent. Si plus de la moitié des Français aspirent ainsi à aller « s’installer ailleurs », cette envie est bien plus marquée chez ceux qui habitent dans un cadre très urbain (72%, et même 78% pour les habitants de l’agglomération parisienne) que chez les habitants des communes isolées, selon une enquête menée par l’ObSoCo. Cette tendance n’est pas nouvelle et semble avoir été accentuée par la crise du coronavirus.

Envolée des prix immobiliers, épisodes caniculaires à répétition, hausse des conflits sociaux, pollution de l’air, hyperdensité sont autant d’inconvénients propres aux grandes villes.

Cet exode et ce retour aux sources ne s’accompagnent pas malheureusement d’une égale migration du personnel médical à destination de nos provinces et se pose désormais, plus particulièrement en période pandémique, le problème des « déserts médicaux ».

Comment remédier aux disparités d’accessibilité aux soins en France ?

Le gouvernement a décidé de porter ses efforts sur ce problème aux origines multifactorielles : vieillissement de la population, augmentation des maladies chroniques, exode rural, diminution du nombre de médecins généralistes, rupture dans les aspirations des jeunes médecins (fin du sacerdoce), fracture numérique… le sujet est donc complexe et la réponse certainement plurielle.

Si la technologie commence à proposer des services pour réduire l’isolement et les distances entre médecins et patients, la question de l’acceptabilité dans l’usage de cette nouvelle médecine demeure entière : les séniors vont-ils accepter une surveillance « à distance », les médecins sont-ils prêts à collaborer avec d’autres professionnels de santé et notamment les IPA (infirmiers aux pratiques avancées) en déléguant une partie des suivis de soins, les communes ont elles les moyens de supporter les investissements nécessaires à ce virage ambulatoire, le cadre juridique (sécurité et responsabilité) est-il opérant ?

E SANTE et la réappropriation des territoires

Un constat : plus de 8 cadres parisiens sur 10 souhaitent quitter la capitale (la Région IDF est très peuplée, elle représente quasiment 19 % de la population hexagonale), on retrouve également cette donnée dans les grandes métropoles françaises.

C’est un signe des temps, en même temps qu’un paradoxe : si le retour à une vie plus rurale est une constante, que la France compte de plus en plus de médecins, il ne peut être ignoré que les zones non urbaines souffrent de leur absence.Selon les statistiques,  les Haut-de-France est la région la plus impactée par ce phénomène.

 Lequel date d’au moins deux décennies, mais se trouve mis en lumière par l’épidémie actuelle de Covid-19, et les besoins consécutifs.

A la campagne, on note que les départs à la retraite ne sont pas (ou peu) remplacés et, face à l’augmentation de la demande, les médecins ne se déplacent plus, peinant même à accorder des rendez-vous.

L’épidémie rend encore plus préoccupant le phénomène de désertification médicale dont sont victimes les communes rurales. Mais les initiatives ne manquent pas pour les attirer.

En Mayenne par exemple, département durement touché par le Covid-19 au cours de l’été, la problématique a pris une forme différente. L’Agence régionale de santé avait décidé d’ouvrir, dès le début de la crise sanitaire, huit centres de consultations médicales… qu’elle a ensuite décidé de fermer le 10 juillet, à l’aube du regain de l’épidémie. De quoi mettre de l’eau dans le moulin de ceux qui dénoncent une gestion technocratique des services de santé, éloignée des préoccupations de la population sur le terrain.

Et pourtant, il faut trouver une solution et pallier à la disparition du « médecin de famille » qui, au-delà de son rôle médical, était aussi considéré comme « un confident », prendre rendez-vous  chez « le docteur », c’était aussi « aller à confesse ». Face à ce défi, le digital a apporté une solution et, la télémédecine a alors pris sa place, elle est désormais le trait d’union entre le patient et le médecin.

On est passé en quelques mois de plusieurs milliers à des millions de consultations. Cette méthode est un autre moyen de prise en charge qui est intégré au système de santé existant. Il est par ailleurs plus simple.

Cet engouement pour la E-Santé a généré des besoins financiers importants, et « boostées » par la pandémie de Covid-19, les entreprises et notamment les start-ups du secteur ont signé une année 2020 record en matière de levées de fonds et de croissance, augurant une belle année 2021.

En juin 2020, un rapport de l’Institut Montaigne estimait le potentiel de création de valeur du marché de l’e-santé français, stimulé par la nécessité de répondre aux besoins nés de la crise sanitaire, entre 16 milliards et 22 milliards d’euros par an.

En France, Bpifrance et son fonds Patient Autonome contribuent très largement à financer les sociétés d’e-santé, dès leur phase d’amorçage. Lancé en décembre 2017, ce fonds s’intéresse aux nouveaux usages « à forte valeur médicale qui vont révolutionner la médecine » son action doit permettre de détecter de nouveaux usages et accompagner leur structuration et leur lancement rapide « et pérenne » sur leur marché, rappelle-t-on.

Un exemple en France, un pionnier du marché : la société H4D

De la visioconférence (qui permet essentiellement de donner des conseils médicaux) à des systèmes plus complets tels que les cabines médicales H4D qui permettent aux médecins de réaliser des examens cliniques, à distance, avec des instruments et une formation adéquate.

L’utilisation de ces systèmes a été bien comprise par tous les acteurs politiques comme de santé,  et a pu permettre la prise en charge et le suivi à distance de patients porteurs du virus, mais aussi de pathologies chroniques lourdes, avec le bénéfice immédiat dans la simplicité d’utilisation et sans le moindre risque de contamination.

Plusieurs centaines de cabines H4D sont installées dans des collectivités qui fonctionnent en interaction avec les médecins locaux, les centres de santé et les hôpitaux, permettant de plus l’embauche locale de personnels.

Ce modèle, H4D est en train de le déployer en France et dans 5 autres pays en Europe et à l’international. Il s’agit d’un exemple typique de société industrielle française qui fait fabriquer en France et qui exploite un savoir-faire technologique et organisationnel unique, pilier d’une filière médicale en plein devenir.

Bernard Chaussegros

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