Loin des idées reçues, nombre de PME vosgiennes à l’instar de Bleu Foret ou Linvosges continuent de se développer dans un secteur, le textile, réputé difficile.

Ce label de la fabrication vosgienne est devenu un véritable fer de lance, décliné dans plusieurs régions soutenant les usines textiles françaises. Il va au-delà des normes du Made in France, car 75% des opérations de production du fil à l’article fini doivent être réalisées dans la région concernée. Les produits sont contrôlés chaque année en termes de qualité et d’innocuité.

Vosges Terre Textile résiste

L’organisme perpétue une ancienne tradition, car si l’activité de la filature est née un peu plus au nord, en Lorraine dès le milieu du XIIIe siècle, l’industrie s’est développée dans les Vosges à partir de 1756. Dans les années 1930, 40 000 ouvriers travaillaient dans ce secteur et la fameuse toile des Vosges a vu le jour dans la région de Gérardmer. Puis, la crise a fait son apparition face aux importations à prix bas. Des solutions ont cependant été mises en place qui ont permis à de belles entreprises de trouver leur marché.

A tout seigneur, tout honneur

La marque Garnier-Thiébaut est une entreprise vosgienne de tradition qui, du haut de ses 186 ans, fabrique des articles haut de gamme à Gérardmer. Elle est la plus ancienne du territoire encore en activité et fait partie du cercle prisé des « Entreprises du Patrimoine Vivant ». Née en 1833, Garnier-Thiébaut fut rasée en 1944 pour être reconstruite cinq ans plus tard. La société maîtrise un savoir-faire devenu rare qu’il s’agisse de teinture, de tissage et de confection. Aujourd’hui, ses 220 salariés sont rassurés quant à leur avenir commun. Cela n’était pourtant pas évident avant l’arrivée de Paul de Montclos.

Paul de Montclos, un entrepreneur déterminé

Le président de Vosges Terre Textile a dû faire preuve de détermination en arrivant à la tête de cette belle marque et sauver l’entreprise qui partait droit à la faillite. Aujourd’hui, la PME a un présent et un avenir. Pour réussir, le PDG de Garnier-Thiébaut a mis en place une stratégie basée sur un positionnement précis de l’offre, permettant d’élargir la clientèle tout en diversifiant la distribution. Il s’est appuyé sur le savoir-faire des salariés pour proposer une collection grand public, du linge de table, lit et bain pour les hôtels de luxe. Il fallait changer la donne face au low-cost importé, en orientant la production sur les petites séries, abandonnant au passage la quantité pour la qualité et une réactivité record, inhabituelle dans le secteur. Résultat : 50% des ventes s’effectuent à l’étranger, dans plus de 80 pays et la rentabilité est à nouveau au rendez-vous depuis plus de vingt ans.

La belle histoire de Tricotage des Vosges

La société existe depuis 1994 et fabrique depuis lors chaussettes et collants en plein cœur des Vosges, à Vagney. Il a fallu un bel optimisme à Jacques Marie lorsqu’il racheta un site de production qui allait fermer pour créer la société « Tricotage des Vosges ». Sara Lee Corporation était propriétaire de cette usine de Dim et pensait qu’il était inutile de se battre contre les prix pratiqués par l’Asie et la Turquie. Acquise pour le franc symbolique, il fallait cependant préserver l’emploi de 250 personnes, chose faite à l’époque grâce à un contrat de licence avec Dim. La marque est créée un an plus tard, Bleuforêt ou la « cime bleutée des massifs vosgiens ».

S’adapter en matière de distribution

La diversification de la distribution a été un mode de croissance pour Bleuforêt. Les produits étaient au départ réservés aux grands magasins, puis l’exportation prend sa place dans le chiffre d’affaires, un site internet e-commerce est créé dès 2003, et c’est finalement l’entrée en grande distribution il y un peu plus de dix ans qui va développer les volumes sur une nouvelle gamme. Dernière étape qui fait la fierté du fondateur : l’ouverture de boutiques en nom propre à Paris, Lyon, Lille, Chamonix et Metz. L’offre va jusqu’à permettre une personnalisation des modèles choisis. Un pas décisif est franchi avec le rachat des chaussettes Olympia en 2010, en redressement judiciaire. La fabrication a été récupérée pour les trois-quarts en France et a permis de résister à l’arrêt du contrat avec Dim.

Jacques & Vincent Marie, le duo gagnant

Jacques Marie a mis l’entreprise sur les rails, en ayant une idée osée : se concentrer sur la chaussette, puis les collants. Cet ex DG de Dim a créé une affaire d’environ 20 millions d’euros qui emploie 240 salariés sur le territoire. Son fils Vincent est entré dans l’entreprise en 2007. Aujourd’hui président du directoire, comme beaucoup d’autres patrons de PME, il eu du mal à encaisser les fermetures du « non essentiel ». Sa distribution a beau emprunter de nombreux canaux, le second confinement a provoqué une asphyxie.

Heureusement l’année avait été bonne jusque-là, pourtant l’inquiétude est présente, surtout dans des secteurs et territoires marqués par les crises. Peu probable que les résultats financiers soient à la hauteur habituelle, mais l’important est de tenir bon. L’autre sujet de préoccupation est la préservation du savoir-faire. Bleuforêt est l’une des dernières entreprises françaises à fabriquer chaussettes et collants. Aucune école n’existe permettant l’apprentissage des anciennes compétences, il faut avoir recours à d’anciens salariés pour réapprendre. Le Made in France est décidément un vrai challenge.

A.F.

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