Jusqu’où ira Bruno Paillard, le Conquérant du Champagne ?

À 69 ans, le petit courtier de la région de Reims a bien grandi. Après avoir acheté ses premiers vignobles en 1994, la marque Bruno Paillard s’envole à l’export avec une production annuelle de 500 000 bouteilles et il est devenu, avec 42,44 % du capital, l’actionnaire de référence de Lanson-BCC, troisième groupe mondial de Champagne. Cela pétille !

1981 n’est pas que l’élection du premier président socialiste de la Ve république. C’est aussi la création de la Maison de champagne Bruno Paillard. Une jeune marque donc, mais une famille qui évolue dans le vin depuis des lustres. Une jeune marque donc, mais une famille qui évolue dans le vin depuis des lustres.

TOUT PETIT DÉJÀ…

La famille Paillard est bien connue dans le milieu de la viticulture. Bruno nait à Reims, bien évidemment, en 1953. Il grandit dans ce monde, auprès de vignerons, de grands crus, de savoir-faire viticole et œnologique, sa famille champenoise évoluant dans la vigne et le courtage depuis quasiment des siècles au premier sens du terme, 1704 exactement. Les vignes sont vendues par le grand-père, mais les parents de Bruno ne renoncent pas à ce monde, ils montent une maison de courtage, faisant le lien entre vignerons et Maisons de champagne, sélectionnant les raisins adaptés à chaque marque. Rien de plus logique pour le jeune homme que de commencer sa carrière professionnelle à leur suite. Une voie qu’il aurait pu pour-suivre sans chercher ailleurs si ce n’était son envie de créer SON champagne, reconnaissable entre tous.

CET HOMME NE FAIT RIEN COMME LES AUTRES

Lorsque Bruno Paillard rêve de se lancer dans la création de sa marque de champagne, il imagine un vin bien particulier, il a déjà les assemblages en tête pour parvenir à un résultat assez minéral, aux bulles minuscules dont la caractéristique principale est la pureté. A 27 ans, on a la vie devant soi et une énergie débordante pour parvenir à ses fins. Il n’est pourtant pas viticulteur, ni millionnaire, il vend donc sa voiture pour avoir les 15 000 euros indispensables aux débuts de l’aventure.

Il faut un grain, voire plusieurs grains de folie pour se lancer dans un monde aussi conservateur, où chaque hectare est un patrimoine à vie, où les marques sont établies depuis bien longtemps. Peu importe, Bruno Paillard achète ses raisins, loue une cave et se met au travail. Pas de compromis, son premier vin est élevé plus de quatre ans avant d’être mis en vente. Trois ans plus tard, il est à l’origine d’une autre révolution. Les champagnes vieillissent en cave. On ne précise habituellement pas, mais en Champagne, la tradition et le prestige impliquent une cave crayeuse souterraine.

Or, Bruno Paillard n’a pas le choix, il imagine donc autre chose, une cave hors sol, dont les trois principaux paramètres, température, hygrométrie et éclairage peuvent être contrôlés avec précision. Le tout bâti dans trois matériaux, verre, inox et bois. Quant à son emplacement, il répond à l’esprit pratique de l’entrepreneur, facile d’accès, près d’un rond-point, à la sortie de Reims.

PRODUIRE CE QU’IL A EN TÊTE

Bruno Paillard s’est obstiné et il réussit ! Son champagne se vend bien à l’export pour commencer, et les retombées sont bonnes. Il a ainsi l’occasion de prouver que « la complexité » du produit champagne « est l’inverse de la lourdeur », raison pour laquelle le dosage en sucre des vins de sa gamme a toujours été réduit au strict minimum. Il prend aussi le parti dès les débuts de laisser vieillir ses champagnes bien plus longtemps que la loi ne l’exige. Ce qui compte est le résultat qu’il veut atteindre. Le temps passe, les ventes augmentent, l’argent rentre et la phase numéro 2 peut être attaquée. Dès 1994, Bruno Paillart devient vigneron.

RETOUR AUX ORIGINES FAMILIALES

Bruno Paillard achète en 1994 trois hectares de grands crus, le début d’un domaine qui va s’agrandir lentement, p-tiemment au fil du temps pour atteindre une trentaine d’hectares, soit un peu plus de la moitié des raisins nécessaires à la Maison aujourd’hui, le reste étant fourni par une sélection de vignerons indépendants. Le domaine est cultivé en suivant les méthodes de la viticulture durable et réalise 11,3 millions d’euros sous sa marque, dont plus de 50% à l’export.

Bruno Paillard a aujourd’hui 69 ans, il continue à se passionner pour ses vins vendus un peu partout dans le monde même si c’est sa fille Alice qui préside aux destinées opérationnelles de la Maison, ses trois frères et sœurs ayant choisi d’autres professions. Maitrise de gestion, master en commerce international des vins et spiritueux, Alice Paillard-Brabant a travaillé en Londres et New York avant de revenir dans le giron rémois. Il faut dire que son père avait déjà fort à faire, menant plusieurs activités de front.

UN EMPLOI DU TEMPS CHARGÉ

Bruno Paillard préside le groupe familial Lanson-BCC qui regroupe 8 maisons de champagne, Lanson, Chanoine Frères, Boizel, de Venoge, Besserat de Bellefon, Philipponnat, Burtin, Alexandre Bonnet. Un petit job pour réaliser 271 millions d’euros de chiffre et dont la famille et le Champagne Bruno Paillard sont les principaux actionnaires. Le groupe a été lancé par Bruno et son ami Philippe Baijot, de Boizel Chanoine Champagne. Les deux maisons ont regroupé leurs forces et se sont lancées en bourse dès 1996. Cela leur a permis de procéder aux rachats d’autres maisons champenoises.

Lanson BCC se situe aujourd’hui dans le top 5 des principaux producteurs de champagne, les perspectives restent bonnes en dépit de hausses à venir en 2023. Si LVMH-Moët Hennessy reste largement leader, les groupes Laurent Perrier, Vranken-Pommery-Monopole, Pernod-Ricard (Mumm et Perrier Jouët), Lanson-BCC et Louis-Roederer/Deutz se situent tous au-delà des 150 millions d’euros de chiffre d’affaires. Bruno Paillard a également exercé de nombreuses fonctions pour la défense de l’appellation, il est également partie prenante du projet « Champagne 2030 ».

Le temps passant, Bruno Paillard passe de plus en plus de temps en Provence. Où cela ? Dans un domaine viticole bien entendu, le domaine des Sarrins, acheté il y a 27 ans et dont il a décidé la conversion en bio, réalisée depuis dix ans. Un garçon pétillant toujours prêt à construire et innover.

Anne Florin

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