Avec 17 milliards de dollars au compteur, le plus grand milliardaire du Royaume-Uni continue de fasciner. À 70 ans, le fondateur d’Ineos, géant de la pétrochimie, ne veut plus racheter Liverpool, mais veut faire de l’OGC Nice l’égal du PSG. En Moselle Jim Ratcliffe est considéré comme un sauveur depuis qu’il a décidé de reprendre l’usine Smart et ses 500 salariés pour y produire ses 4X4 électriques Grenadier.

A première vue, l’entrepreneur anglais Jim Ratcliffe ne coche pas toutes les cases pour faire carrière en France. Il est pro-Brexit ; son groupe, Ineos, qui produit du plastique à partir de gaz de schiste, est l’une des entreprises les plus polluantes du Royaume-Uni ; il s’est opposé à toutes les réglementations environnementales ; il rêve d’un monde sans syndicats ; il s’est exilé à Monaco pour payer moins d’impôts.

Bref, ce n’est pas franchement le portrait-robot d’un entrepreneur consensuel.

Il veut concurrencer le PSG

Pourtant, le milliardaire britannique, sur-nommé « Dr No », le méchant du premier film de la saga James Bond, a fait peu à peu son trou dans l’Hexagone. Son penchant pour la France s’est, semble-t-il, cristallisé lors de la période de transition entre le référendum britannique de 2016 sur le Brexit (qu’il a soutenu) et la matérialisation de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne en janvier 2020. Il a d’abord com-mencé par sa passion : le football.

En 2019, son groupe, Ineos, a pris le contrôle de l’OGC Nice en signant un chèque de 100 millions d’euros. Pour l’homme d’affaires, égale-ment propriétaire du FC Lausanne (Suisse), racheter un club était un bon moyen d’acquérir une certaine notoriété en France — il possédait déjà des usines à Tavaux (Jura), Wingles (Pas-de-Calais), Sarralbe (Moselle) et Martigues (Bouches-du-Rhône).

Si les résultats de Nice depuis son arrivée sont loin d’être extraordinaires, Ratcliffe semble vouloir mettre les bouchées doubles en 2023. Après ses tentatives de rachat avortées de clubs anglais (Chelsea, Manchester United et Liverpool), le magnat pétrolier britannique affirme vouloir concentrer tous ses moyens sur l’OGC Nice pour concurrencer le PSG.

Il veut fabriquer ses SUV en Moselle

Alors que l’industrie tricolore tarde à amorcer son redressement et que les constructeurs automobiles français sortent de vingt ans de délocalisation à outrance, Ratcliffe prend le contre-pied : il a décidé de fabriquer des voitures anglaises en… Moselle. La volte-face, une spécialité du milliardaire britannique. Dernier exemple en date : fervent partisan du Brexit et du « made in Britain », il n’a pas hésité à s’exiler à Monaco pour profiter des avantages fiscaux de la Principauté et à transférer le siège social d’Ineos en Suisse, ce qui a permis à son groupe d’économiser plus de 100 millions d’euros par an.

Jim a grandi dans un HLM

Son destin est lui-même un contre-pied. Il n’est pas issu de l’aristocratie anglaise et n’a pas grandi dans les quartiers huppés de Londres, comme la plupart des élites britanniques. Adepte des plans sociaux et détesté par les syndicats britanniques, Ratcliffe vient du bas de l’échelle. Fils d’un père menuisier et d’une mère employée, il a passé son enfance dans un logement social de la banlieue de Manchester (nord de l’Angleterre). Alors qu’aucun autre membre de sa famille n’était allé à la fac, il est sorti de l’Université de Birmingham avec un diplôme d’ingénieur en poche. Il a ensuite fait ses classes dans le pétrole (Exxon) et la finance (Advent).

Mais comment l’ambitieux cadre dirigeant est-il devenu ce magnat de la chimie à la tête de la quatrième grande for-tune du Royaume-Uni ? Avec son flair. Il y a une trentaine d’années, l’industrie chimique est en berne, délaissée par les conglomérats pétroliers. Ratcliffe saute sur l’occasion. Il investit tout ce qu’il possède — son épargne et sa maison — dans une usine BP.

La saga Ratcliffe venait de démarrer. En 1998, il crée Ineos et bâtit ensuite un empire à coups de rachats, de montages financiers astucieux et de dettes. Ineos est désormais le premier producteur européen d’éthylène et de propylène, deux composants essentiels pour produire le plas-tique. Responsable de 10 % des émissions de gaz à effet de serre du Royaume-Uni, l’entre-prise vend également des huiles synthétiques et des solvants.

30 000 véhicules fabriqués en 2023 ?

En 2022, le groupe britannique a réalisé un chiffre d’affaires de 80 milliards d’euros grâce à quarantaine de sociétés détenant 194 sites dans 29 pays à travers le monde. Ineos est dans le top 5 mondial des géants de la chimie dans le sillage de BASF (Allemagne), DowDupont (Etats-Unis) et Sinopec (Chine).

Le trésor de guerre accumulé permet à Ratcliffe de parfaire son image en sponsorisant des structures sportives — l’équipe cycliste Ineos Grenadier (ex Sky), l’écurie de F1 Mercedes, l’équipage Ineos UK (voile) —, mais aussi de s’offrir des cadeaux — il possède cinq jets privés, deux yachts et des villas un peu partout en Europe (Londres, Monaco, Saint-Jean-Cap-Ferrat, Suisse…).

La diversification a toujours été l’une des stratégies de Ratcliffe. C’est cette tendance qui l’a poussé à lancer Ineos Automotive, dont l’ambition était d’offrir un successeur au cé-lèbre 4×4 Land Rover Defender. Et la France a pleinement profité de cette ambition. En effet, Ratcliffe, qui ciblait en premier lieu le Pays-de-Galles, a finalement racheté l’ancienne usine Smart (groupe Daimler), située à Hambach (Moselle), en 2020.

Deux ans plus tard, 5 000 4×4 haut de gamme sont sortis de l’usine. Ineos espère en produire 30 000 en 2023, dont un modèle électrique. Fait improbable, le septuple champion du monde de Formule 1 Lewis Hamilton est apparu dans une série de vidéos au volant du 4×4 fabriqué en Moselle en compagnie de Jim Ratcliffe. L’industrie française pouvait-elle rêver plus belle publicité ?

Victor Cazale

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