Jean-Michel Fourgous, député-maire LR d’Elancourt (Yvelines), entrepreneur et cofondateur de Génération Entreprises (groupe de travail regroupant 150 parlementaires) déplore le manque de connaissance de l’entreprise qui caractérise la classe politique française.

 Pourquoi les politiques issus de l’entreprise sont-ils si peu nombreux ?

Jean-Michel Fourgous : Malheureusement, force est de constater un monopole de la famille administrative dans notre processus décisionnel, avec un monde de l’entreprise sous-représenté, voire quasiment exclu des grands organes du pouvoir politique…

Dans une étude datant de 2013, l’IREF montrait ainsi que seulement 8% des membres des cabinets de François Hollande et Jean-Marc Ayrault avaient acquis une expérience de l’entreprise privée. Plus de 50% d’entre eux étaient énarques, la grande majorité n’ayant connu que l’administration et le secteur public.

Quant à l’Assemblée nationale, elle compte, depuis 2012, 55% de députés issus de la fonction publique*, soit plus du double que leur proportion dans la population active. Seulement 3% à 5% des députes et 6% des sénateurs sont chefs d’entreprises**. Cette sur-représentation de la fonction publique n’est pas saine pour notre démocratie : sans expérience concrète de l’économie, il est facile pour ces parlementaires d’avoir une vision théorique, voire idéologique de l’entreprise.

Inconscients des problématiques en jeu, ils ont alors tendance à prendre des initiatives malheureuses et antiéconomiques. La principale raison de ce manque de mixité ? Les personnes issues de la société civile prennent un vrai risque pour leur carrière en s’engageant en politique.

Ils mettent souvent entre parenthèse leurs activités, contrairement aux fonctionnaires qui sont protégés par leur statut, véritable parachute, en cas de défaite lors d’une élection.

 Comment faire pour que les choses évoluent ?

JMF : Dans notre livre blanc***, nous proposons de rééquilibrer la proportion public-privé avec les propositions suivantes :

– rendre obligatoire la démission de la fonction publique de tout fonctionnaire élu au Parlement,

– inciter les partis politiques à la parité public-privé dans les investitures aux législatives,

– diversifier professionnellement les cabinets ministériels en y incluant au moins 1/3 de profils issus du privé,

– favoriser un gouvernement resserré d’une quinzaine de ministres dont la moitié ayant au moins eu 10 ans d’expérience en entreprise,

– créer de commissions de sélection ouvertes pour les postes de direction dans l’administration devant lesquelles tous les candidats, y compris ceux issus de la société civile, pourraient postuler,

– élever à hauteur de 50% la présence de personnes provenant du monde de l’entreprise dans les conseils d’administration des universités,

– inciter les élèves de l’ENA à faire un stage dans une PME,

– faire une étude d’impact avant chaque décision concernant les entreprises, en présence d’un comité de chefs d’entreprise.

 La situation s’améliore-t-elle malgré tout ?

JMF : La situation s’améliore doucement… Génération entreprise regroupe aujourd’hui plus de 150 parlementaires qui s’intéressent aux enjeux de l’entreprise, c’est un signe ! Mais tant de choses restent encore à faire pour réellement améliorer notre environnement légal, fiscal et réglementaire afin qu’il soit optimal pour la croissance et l’emploi.

 Prendre en compte les besoins des entrepreneurs n’est-il pas difficile pour recueillir les suffrages de la majorité des électeurs ?

JMF : Les Français sont-ils prêts à une politique favorable à la croissance des entreprises et de l’emploi marchand ? Plusieurs signaux permettent heureusement de le penser…

** Eric Keslassy, « Une Assemblée nationale plus représentative ? », Institut Diderot, octobre 2012.

** Étude IREF, « En France, le processus législatif est confisqué par ceux qui dépendent de l’argent public », 2013.

*** « La croissance d’abord », livre blanc réalisé par Génération entreprise.

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