Intelligence artificielle : peu de craintes pour le marché de l’emploi

Loin de la catastrophe annoncée, l’avènement à venir de l’intelligence artificielle sur le marché du travail ne devrait pas entraîner de destruction massive d’emplois. L’IA apparaît, en revanche, comme une nouvelle étape du phénomène de « numérisation de l’économie », qui devrait structurellement modifier le marché du travail. Les premiers indices témoignent même d’un puissant gain potentiel de productivité pour les dirigeants et entrepreneurs.

L’intelligence artificielle a d’ores et déjà des applications opérationnelles, qui se limitent pour le moment à un support aux capacités humaines. La vision par ordinateur, l’une des branches les plus stratégiques de l’intelligence artificielle, apparaît comme une technologie en plein essor, dont la maturité opérationnelle et financière est, dans de nombreux domaines, déjà largement atteinte. Selon le Computer Vision Technologies Market Report, le marché de la vision par ordinateur est ainsi estimé entre 2022 et 2029, à environ 23 milliards de dollars. Aux États-Unis, Remark Holding, un pure-player de la vision par ordinateur et l’un des leaders du marché, a ainsi travaillé au développement d’un système de détection des intrusions non autorisées pour le groupe Brightline, un fournisseur de trains interurbains, à l’origine du décès d’une quarantaine de personnes dans les deux dernières années, valant à cette ligne le triste record du pire taux de mortalité par kilomètre sur l’ensemble des chemins de fer du pays. Le système de caméras alimentées par l’IA et la Smart Safety Platforme de Remark Holding ont permis une détection précise des intrusions, permettant ainsi de réduire durablement la mortalité sur les voies.

Santé, sécurité, mobilité : de nombreuses applications déjà opérationnelles

Dans le domaine de la santé, le Memorial Sloan Kettering Cancer Centre, spécialisé dans le cancer, utilise un logiciel d’intelligence artificielle pour le diagnostic, en support de la décision des médecins. Une étude récente, publiée par des équipes de Beth Israel Deaconess Medical Center et du Harvard Medical School a conclu qu’une intelligence artificielle était capable de résultat quasi-équivalent à ceux des spécialistes dans le domaine de la détection du cancer du sein. Un taux quasi-parfait quand le logiciel est combiné avec l’avis d’un professionnel. Le marché de la santé en ligne puise déjà largement ses ressources dans le domaine de l’intelligence artificielle, à travers des applications comme SymptoChec ou DocForYou, qui promettent une analyse des symptômes ou l’échange avec un médecin virtuel.

Une transformation structurelle de certains emplois est attendue

La première promesse de l’application de l’intelligence artificielle est, selon les experts du secteur, l’automatisation d’une partie des tâches répétitives, tout en maintenant une présence humaine sur des tâches à plus haute valeur ajoutée. Un gisement de productivité vertigineux sachant que, selon une étude publiée par le cabinet de conseil McKinsey en 2019, 60 % des métiers pourraient automatiser 30 % de leurs tâches. « Cela signifie que de nombreuses tâches effectuées par les collaborateurs sont à faible valeur ajoutée, gérables par un ordinateur bien programmé », explique au journal Les Échos Camille Coiffet, directrice senior chez ServiceNow, une plateforme de cloud computing pour les entreprises. Pour autant, l’intégration de l’intelligence artificielle dans le marché de l’emploi devrait être douce.

En France, les pouvoirs publics se sont en effet saisis du problème à travers France Stratégie, à l’origine d’un rapport prospectif de référence en mars 2018. L’héritier du Commissariat général du Plan mise sur un scénario de « transition progressive », qui « correspond à une évolution où les compétences, les organisations, les travailleurs mobilisent des outils pour gagner en efficacité, s’affranchir de tâches pénibles ou réaliser de nouvelles tâches impossibles sans l’assistance des outils numériques ».

Même dans les métiers les plus spécialisés, une transformation structurelle est, à terme, attendue, sans pour autant sacrifier l’intervention humaine. Dans la santé, l’automatisation d’une partie de la radiologie conventionnelle par des solutions d’intelligence artificielle devrait pousser les praticiens à se concentrer sur les activités de radiologie interventionnelle, abandonnant ainsi une partie de leur activité de diagnostic à l’intelligence artificielle et les poussant à de nouvelles spécialisations. Au niveau du secteur bancaire, l’Observatoire des métiers de la banque souligne l’intérêt marqué du secteur pour l’apport potentiel de l’intelligence artificielle dans les professions juridiques du secteur, dont les activités peuvent être largement facilitées par certains moteurs de recherche intelligents -comme la plateforme Doctrine.fr- ou encore le service client. Chez Orange Bank, la solution développée pour le filtrage des requêtes au service client peut ainsi se targuer d’un taux de reconnaissance d’environ 80 %.

Un impact finalement limité sur l’emploi

« Pour l’instant, on constate très peu de suppressions massives d’emplois liées à l’IA, plutôt une réflexion sur l’humain au travail » explique au journal Le Monde le sociologue Yann Ferguson. En Allemagne, par exemple, le secteur de l’automobile, où la robotisation est particulièrement aboutie, emploie 800 000 personnes, soit 100 000 de plus qu’il y a vingt ans. Dans le cas de l’industrie automobile, un net repositionnement des salariés sur les tâches de supervision des machines a été constaté. En bref, « ce n’est pas parce qu’une activité est robotisée qu’elle peut se dispenser de salariés », suggère Céline Mareuge de France Stratégies dans une note d’analyse publiée le 19 juillet 20016. En tout et pour tout, seuls 15 % des emplois demeurent, selon France Stratégie, potentiellement automatisable. Dans l’industrie, cette part monte à 25 %.

France Stratégies préconise ainsi l’adaptation des emplois possiblement touchés par une politique de formation et d’ajustement des carrières professionnelles, prenant en considération les potentialités de l’intelligence artificielle pour, à terme, parvenir à une montée en compétence professionnelle des salariés. « Globalement, l’analyse suggère plutôt que l’automatisation engendre un besoin accru en « compétences sociales », de telle sorte qu’existe en réalité une complémentarité entre l’homme et la machine », explique Céline Mareuge. Tout en gardant à l’esprit, selon Yann Ferguson, que « trois grandes familles d’intelligences (devraient rester propres) à l’être humain : le travail complexe de précision, celui de l’artisan ou de l’ouvrier dans des environnements peu structurés ; l’intelligence créative et enfin l’intelligence relationnelle ». 

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