Extraits du livre d’Axel Rückert, Faire réussir la France que j’aime, propositions du plus Français des Allemands, disponible sur www.fairereussirlafrancequejaime.com et sur Amazon

Bonne nouvelle : si, en 2003, 77% des jeunes Français entre 15 et 30 ans souhaitaient devenir fonctionnaires, cette proportion, dans une étude plus récente de 2017, ne ressort plus qu’à 16% (pour la fonction publique) par rapport à 41% pour une carrière comme salarié et 35% comme créateur de sa propre entreprise.

La principale raison, c’est que la sécurité de l’emploi, premier critère d’évaluation, a changé de camp. Et que, suite à la création du statut d’auto-entrepreneur, le fait de créer sa propre entreprise et d’être son propre patron est devenu nettement plus attrayant et perçu comme moins risqué. D’autant plus que de nombreux mécanismes existent pour faciliter l’amorçage sur un plan financier : programmes intégrés aux écoles de commerce, réseaux de « business angels », prêts d’honneur et de la BPI, etc.

 Cette réconciliation des jeunes avec les entreprises peut être accélérée par un autre changement très notable mais encore insuffisamment partagé : l’élargissement de la mission d’une entreprise au-delà de l’objectif exclusif de la rentabilité, tel que stipulé par Milton Friedman, vers des engagements de solidarité où vers des objectifs environnementaux. Cette version, plus équilibrée, incluant des engagements à « impact » et la mesure de leurs résultats, contribue non seulement à remettre l’entreprise au sein de la société et d’en partager les valeurs. Mais aussi à augmenter son attrait pour des jeunes en quête de postes qui ont du sens.

 Surtout si, en même temps, on arrive à mettre fin à certains excès et à favoriser des comportements raisonnables. Plafonner, mais plutôt par auto-discipline que par la loi, les rémunérations des dirigeants, ou au moins de ceux qui ont un statut de salarié et pas de propriétaire de leur entreprise. Comme cela aurait dû être récemment le cas pour Carlos Tavares chez Stellantis, surtout depuis que le Conseil d’Administration, dont fait partie l’Etat, a voté contre la rémunération accordée. D’une manière générale, moins de salaire fixe et davantage de rémunération variable, en relation avec les résultats obtenus – et, surtout en cas de départ, pas d’indemnité excessive de retraite chapeau et d’autre clause de non-concurrence.

 Mais également assurer une distribution plus équitable des bénéfices entre actionnaires et employés de l’entreprise, d’abord au travers de la participation légale et puis, bien au-delà, par l’intermédiaire d’une ouverture plus large du capital, de préférence à l’ensemble du personnel. En matière fiscale, par une exonération plus large de cet actionnariat salarial, idéalement même à protéger contre toute dévaluation excessive dans le cadre d’une assurance. « Aujourd’hui l’employeur transfère la prime de risque sans garantie de sécurité à son employé ».[1]

 Ayant participé, en 1995/96, dans le cadre de sa privatisation, à l’ouverture du capital de la société Bull à l’ensemble de son personnel dans des conditions avantageuses…et ayant obtenu, en tant que patron de l’international, un taux de souscription moyen, hors de France, de plus de 70% des employés (avec presque 100%, par exemple, en Suède et en Espagne), j’ai pu mesurer toute la différence dans la motivation entre « simples » employés et employés actionnaires, sans parler du changement fondamental d’attitude de la part des syndicats.

 Mais « en même temps », la France a un grand besoin de réindustrialisation en créant des entreprises industrielles nouvelles et en faisant venir ou revenir une partie des activités industrielles perdues par relocalisation dans des pays à coût de main d’œuvre plus faible. Car contrairement à l’Allemagne, où la part des emplois industriels représente toujours 23% de la population active, et même à l’Angleterre, elle est tombée, selon l’INSEE, à 10% en France.

 « La France qui fut en pointe des révolutions industrielles des années 1780 aux années 1980, est devenue un nain industriel en 5 décennies. »[2] « Nous avons décidé d’abandonner nos filières de production. Comment expliquer les pertes de contrôle tout court de grandes entreprises, si une partie des élites en charge n’avait pas considéré que l’acte de produire n’était pas essentiel pour notre société…et que nous nous sommes séparés dans des conditions hallucinantes, que l’on ne trouve nulle part ailleurs, de Péchiney, de Lafarge, d’Arcelor, d’Alcatel, d’Alstom.»[3]

 Pour la réindustrialisation de la France, à ne pas confondre avec protectionnisme ou avec autarcie , trois voies complémentaires existent : Premièrement, le rapatriement de produits pour lesquels pour des raisons stratégiques, économiques ou écologiques, un accès direct à la fabrication ou une diversification des sources d’approvisionnement, au moins partielle, sont souhaitables, voire indispensables : (médical, technologie, etc.) ; mais aussi des produits qui sont facilement automatisables et donc à faible contenu de main-d’œuvre ou pour lesquels un facteur clé de succès est la rapidité du réapprovisionnement ( mode, articles  saisonniers, etc.), facilitée par une  proximité géographique ; et également ceux pour lesquels un label « made in France » constitue un vrai avantage. 

 Deuxièmement, par une approche structurellequi, d’une part, au-delà des grands groupes et, d’autre part, des start-ups, où la France est déjà bien représentée, faciliterait le développement  d’entreprises familiales de taille intermédiaire ( ETI) et créerait ainsi un « Mittelstand » à la française » (qui représente la véritable force de l’Allemagne ): inciter les actionnaires à conserver les bénéfices dans leurs entreprises pour des investissements ou le renforcement des fonds propres, plutôt que de verser des dividendes (souvent à des membres de la famille non actifs mais comptant sur ses dividendes pour maintenir un style de vie confortable…), faire accepter par les jeunes diplômés un poste en province, voire « à la campagne », ou leur envoi dans des pays lointains, pour jeter les bases des exportations au lieu d’un pantouflage au siège parisien…, travailler sans compter les heures légales et les RTT…voilà les recettes qui ont fait le succès des entreprises de taille intermédiaire allemandes.

 Enfin et troisièmement, par une réindustrialisation « à l’anglaise » : plutôt que de miser tout sur le retour au pays d’entreprises françaises, l’incitation d’investisseurs étrangersà choisir la France dans des branches industrielles dans lesquelles le savoir-faire, la main-d’œuvre, les infrastructures et les conditions fiscales sont attrayantes. Ainsi l’Angleterre qui ne possède pratiquement plus aucun constructeur d’automobiles national, mais qui a su attirer des usines de nombreux constructeurs étrangers, aura produit en 2021 davantage de voitures que la France.

 Mais la clé des stratégies de relocalisation en France demeure la compétitivité : compte tenu de la hausse des prix qu’elle entraîne inévitablement, je recommande une focalisation sur des produits qui permettent une montée en gamme et donc des prix de vente et une stratégie de longue haleine, guidée par l’innovation et l’investissement. Et un abaissement des taxes et impôts pesant sur les entreprises industrielles françaises à un niveau de celui de leurs principaux concurrents – de 3,2% du PIB en 2018 en France contre 1,6% en moyenne dans l’Union européenne et 0,4% en Allemagne.

 Enfin il existe un autre domaine dans lequel la réindustrialisation pourrait apporter un début de solution : l’amélioration de la balance française du commerce extérieur. Avec un déficit record, attendu à 8 milliards d’euros en 2021, en hausse de 25 % par rapport à 2020 et en dégradation depuis 40 ans, là où l’Allemagne mais aussi l’Italie continuent à afficher des excédents commerciaux. « Le commerce extérieur est l’angle mort de la politique économique » reconnaît Bruno Le Maire.[4] De fait, à côté de la facture pétrolière de 30 milliards d’euros et du ralentissement des exportations d’Airbus, lié au COVID, la France a déserté des secteurs entiers de la consommation nationale (téléphones portables, audio/hifi, électroménager, machine-outil, textile, etc.).

 De quoi nourrir la volonté de rattacher de nouveau le commerce extérieur, hors tourisme, à Bercy plutôt qu’au Quai d’Orsay et de conclure un pacte entre l’Etat et les entreprises de la « export-nation », similaire à celui de la start-up nation. 

 Et puis, même si c’est évident : « La meilleure relocalisation est une délocalisation qui n’a pas lieu ».[5]


[1]Patrick Artuis dans Challenges en date du 01/10/2020

[2]Christian Saint Etienne, « Va-t-on vraiment réindustrialiser la France », Cahiers du Cercle des Economistes, p.23

[3]J.H. Lorenzi, Alain Villemeur et Léa Komini, même cahier, p.15

[4]Cité dans Challenges du 3/2/2022, page 3

[5]Sonia Bellit, Caroline Granier, Caroline Mini dans « Va-t-on vraiment réindustrialiser la France ? Cahier du Cercle des Economistes, page 75

Axel Rückert

Extraits du livre Faire réussir la France que j’aime, propositions du plus Français des Allemands, disponible sur www.fairereussirlafrancequejaime.com ou sur Amazon

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