Grèves dans les raffineries : les ouvriers seront les grands perdants !

Par Leonce-Michel Deprez

Tribune. L’une des difficultés de compréhension des événements sociaux, c’est l’information continue que l’on reçoit chaque jour, chaque heure, et même chaque minute pour ceux qui ont le nez collé au smartphone. Une information de titres et de déclarations, jamais contextualisée et destinée à frapper l’imagination, créer de l’émotion souvent une colère pour faire du « buzz ».

Le blocage des raffineries est d’une « effrayante » banalité en France, où le conflit social est souvent détourné de son objet pour devenir une arme politique, les complices étant les syndicats aux effectifs maigres tentant de profiter de ce « buzz », tant l’attrait des caméras est supérieur aux atmosphères confinées des salles des comités sociaux et économiques des entreprises, là où doit avoir lieu le dialogue social.

Commencée il y a quinze jours, cette grève devient publique dans la mesure où les grévistes ont bloqué les entrées des usines, empêchant ceux qui ne veulent pas faire la grève, ils sont au moins 10% d’après les syndicats, c’est peu mais c’est significatif, de travailler, et bloquant la circulation des camions et donc l’approvisionnement en essence des stations. L’essence est un produit stratégique. Il est surprenant que personne n’ait demandé l’application de la loi à savoir, l’intervention des forces de police pour dégager les entrées afin de permettre la libre circulation des personnes et des biens, liberté constitutionnelle. Car cette situation ne pouvait aboutir qu’à la situation chaotique de ces derniers jours. A qui profite cette absence de réaction publique à un blocage des sites depuis quinze jours ?

Sur le fond de la revendication malgré l’accord de branche négocié en septembre avec deux syndicats seulement (4% en janvier 2023 pour tous les salaires et 7% pour les minima), les intentions des syndicats non-signataires sont peu claires : obtenir une augmentation des salaires immédiate de 10% dont une partie au titre des « superprofits ». Qu’est-ce un super profit ? Un terme médiatique, ni juridique, ni comptable. Car un profit est un bénéfice à savoir un excédant de recettes par rapport aux dépenses. S’il est « super », on suppose dans l’esprit de ceux qui utilisent ce terme, ils veulent dire exceptionnel !

On comprend par là que les syndicats, au-delà de l’augmentation de salaire nécessaire à la couverture de l’inflation, en France 6% à ce jour pour 2022, souhaitent également partager le gâteau au-delà ce qui est déjà prévu par la loi. Car les médias ne parlent jamais de la participation des salariés aux bénéfices de l’entreprise, ce qui pour les salariés de Total Energie leur assure une prime hors impôt de plus de 7000 à 10 000 euros par personne ! A savoir environ 30 à 40% de leur salaire annuel de base !

L’idée sous-jacente de cette grève est donc de transformer cette prime en augmentation durable de salaire, ce qui est évidemment dangereux car un bénéfice exceptionnel est par nature non pérenne. Or la situation des raffineries en France est loin d’être aussi prospère. Elles sont en perte financière depuis une dizaine d’années sauf pour l’année 2022, et la tentation est grande pour les groupes pétroliers propriétaires de les fermer afin de permettre aux pays producteurs de raffiner près de leur site d’extraction. Cela serait plus logique d’un point de vue écologique et participerait au développement industriel de ces pays.

Mais les syndicats font fi de ces menaces sur l’externalisation de ces usines depuis quarante ans. Et entretiennent l’illusion que le groupe paiera pour des filiales indépendantes socialement déficitaires… Une illusion. On voit là que les syndicats jouent un jeu dangereux. Leur intention étant de faire intervenir les pouvoirs publics dans des négociations qui normalement devraient se tenir au sein du comité social et économique de l’entreprise, et d’obtenir des résultats qu’ils sont incapables d’obtenir faute de représentativité dans l’entreprise.

Contenu de cette situation de blocage, pourquoi les directions des entreprises pétrolières n’ont pas fait intervenir les forces de l’ordre pour rétablir la libre circulation des biens et personnes ? Peut-être eux aussi décident-ils de faire de la politique, à savoir faire pression sur les pouvoirs publics pour mettre plus d’argent dans le bouclier énergétique (40 milliards cette année tout de même… pour acheter du gaz et de l’essence), et de trouver des arguments pour transférer leurs raffineries dans des pays mieux disant sur les coûts d’exploitation…. Au jeu du conflit social musclé au lieu du dialogue social, l’ouvrier est toujours le perdant.

Léonce Deprez

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