L’intelligence est un concept flou dont la définition est fortement influencée par le sens commun, qui fait l’objet de débats à la fois scientifiques et idéologiques mais dont il très difficile de se passer. Existe-t-il des « écoles de l’intelligence » en France ou toute formation poursuit-elle dans l’absolu cet objectif ? Notre enquête.

Le monde est entré dans une « société de la connaissance » dans laquelle l’impact de la création et de la diffusion du savoir sur le développement économique est de plus en plus crucial. La recherche publique est le principal vecteur de cette création de savoir et joue à ce titre un rôle primordial pour l’économie d’un pays.

C’est pour cette raison que le gouvernement a choisi d’investir massivement ces dernières années dans la recherche publique et l’enseignement supérieur, notamment en leur consacrant 22 milliards d’euros au travers du programme des investissements d’avenir.

L’enseignement ne fait pas tout

Selon le psychologue Claude Bastien : « Pour accéder au savoir réel de l’élève il faut, en fait, distinguer les connaissances générales, enseignées, des connaissances individuelles. Les premières sont organisées rationnellement (indépendamment de leur contenu), les secondes sont celles qu’acquiert l’élève à partir des premières, au terme d’une reconstruction fondée sur ses acquis antérieurs et l’usage qu’il compte en faire.

Ces transformations du savoir transmis, depuis la source et d’un élève à l’autre, déterminent plusieurs « chemins d’apprentissage » et imposent avant toute chose, de comprendre le processus qui a conduit à l’erreur. »

Les études de comparaison internationale le montrent sans ambages : «La  France se distingue des autres pays par une incidence très forte du milieu social d’origine sur les scores obtenus au PISA (Programme for International Student Assessment), et ceci aussi bien en compréhension de l’écrit, en mathématiques qu’en culture scientifique. La France est donc l’un des pays où l’enseignement dispensé à l’école implique, pour être valorisé ou assimilé, la plus grande part de ressources extrascolaire privées, dispensées dans les familles à haut niveau d’instruction.

Autrement dit, une partie importante du travail scolaire se passe à la maison» signalent Christian Baudelot et Roger Establet dans leur ouvrage « L’élitisme républicain, L’école française à l’épreuve des comparaisons internationales » (Ed. La République des Idées, 2009).

Les grandes écoles « à la française »

En France, il existe de grandes écoles qui perpétuent la tradition d’un enseignement de haut niveau. Ces établissements forment selon eux « l’élite » de la Nation. Une « grande école » est, selon le ministère de l’Éducation nationale français, un « établissement d’enseignement supérieur qui recrute ses élèves par concours et assure des formations de haut niveau » et se trouve sous la tutelle d’un ministère.

Ce concours est à l’origine celui qui est exigé par le principe d’égalité d’accès des citoyens aux dignités, places et emplois publics posé par l’article VI de Déclaration des droits du citoyen de 1789 « selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ».

Contrairement aux classes préparatoires (CPGE) qui relèvent en grande partie de la tutelle du ministère de l’Éducation nationale, la plupart des grandes écoles publiques dépendent des autres ministères (Agriculture, Culture, Défense, Équipement, Industrie, Justice, Santé, Premier ministre…).

Les premières grandes écoles ont été créées par l’État au milieu du xviiie siècle, dans le but de fournir les cadres techniques et militaires des grands corps de l’État : les Forces armées françaises, le corps des Mines, des Télécommunications, des Eaux et des forêts, de l’Administration centrale, des Ponts et chaussées, de l’Agriculture, des Ports et arsenaux, de la Science vétérinaire, de l’Enseignement, etc.

De fait, ce sont ces huit anciennes écoles supérieures réorganisées à partir de la Convention et dont les places étaient offertes au concours public, que l’on appelait traditionnellement grandes écoles : Polytechnique, Ponts et chaussées, Mines, Saint-Cyr, Navale, Normales supérieures, Agro, Vétérinaire. À cette liste ont été ajoutées au xixe siècle des écoles publiques comme l’École d’arts et métiers, ou privées, comme l’École centrale des arts et manufactures.

Comme le montre leur histoire, l’expression grande école désigne traditionnellement un petit nombre d’écoles de la fonction publique de haut niveau destinées à former et à recruter par un concours national public les hauts fonctionnaires membres des grands corps de l’État. En parallèle, la formation est ouverte le plus souvent à des étudiants « civils », n’étant pas sous contrat de fonctionnaire. On compte notamment parmi ces écoles, l’École nationale d’administration (ENA).

Des formations prestigieuses

La qualité de la formation dans les grandes écoles françaises a fait que cette appellation est devenue très prestigieuse, mais son usage n’est pas réglementé. Par exemple, le titre d’ingénieur diplômé par l’État est garanti par la commission des titres d’ingénieur créée par la loi du 10 juillet 1934.

Pour les établissements supérieurs de commerce et de gestion, les titres sont reconnus par la commission d’évaluation des formations et diplômes de gestion créée en 2001. Les écoles peuvent être reconnues par l’État par l’intermédiaire de l’agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur.

Une association, appelée Conférence des grandes écoles, a été créée en 1973, dans le but de promouvoir la notoriété de ses membres et d’augmenter leur nombre (actuellement 226).

Ceux-ci sont des établissements d’enseignement supérieurs de toutes sortes, d’ingénieur, d’enseignement, de commerce, d’art, de technologie, de communication, publics ou privés, français ou étrangers. Ces écoles sont très bien perçues en France mais aussi à l’international par les plus grandes entreprises mondiales ou nationales.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que le deuxième Baromètre de l’ouverture sociale des grandes écoles, réalisé par la Conférence des grandes écoles et l’association Passeport Avenir, a dressé cette année un bilan plutôt positif de l’action des grandes écoles en faveur de la diversité sociale et de l’égalité des chances.

C’est donc la CGE (Conférence des grandes écoles) qui établit les critères permettant de distinguer ces établissements des autres écoles :

– la reconnaissance par l’Etat de l’établissement et du diplôme ;

– sa taille (de 300 à 4 000 étudiants par école) ;

– une forte sélection ;

– une formation longue (bac + 5) ;

– des équipes enseignantes composées de spécialistes académiques et de professionnels expérimentés ;

– une pédagogie mêlant cours magistraux, travaux dirigés et projets de groupes ;

– une coopération étroite avec les milieux économiques ;

– une ouverture vers l’international.

Si la France met toujours sur un piédestal ces grandes écoles censées former l’élite intellectuelle de notre pays et de placer leurs diplômées à la tête des grandes administrations et entreprises du CAC 40, force est de constater que l’enseignement dispensé, même s’il est indéniablement de haut niveau, n’est pas pour autant un gage « d’intelligence ». 

Tous les experts en sciences humaines et sociales s’accordent à dire que l’intelligence reste avant tout une extraordinaire faculté d’adaptation conjuguée à des connaissances, une grande ouverture d’esprit et une intelligence émotionnelle et siociale.

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