A la tête de Qantis, Gaëtan de Sainte Marie est convaincu que la réussite du plan de relance proposé par le gouvernement reposera en grande partie sur la confiance retrouvée des dirigeants d’entreprise et de leurs équipes, mais aussi et surtout sur l’économie collaborative.

Vous affirmez que la relance de l’économie française passera avant tout par les TPE & PME. Pourquoi ? Parce qu’elles sont centrales dans notre tissu économique aujourd’hui ?

Gaëtan de Sainte Marie : Ce que je trouve assez fantastique dans cette période, même si de nombreuses TPE et PME souffrent, c’est la résilience de ces entreprises et chefs d’entreprises, avec les paris qu’ils prennent au quotidien pour l’avenir et les maintiens d’investissements forts qu’ils font. Et si je devais retenir un élément qui ressort pour l’instant de cette crise, c’est qu’elle est un accélérateur de tendances pour les PME. Il y a notamment tout l’aspect collaboratif. Depuis 20 ans que je les accompagne en réseau avec Qantis, je n’ai jamais senti aussi fortement leur volonté de partager, de faire et de trouver des solutions ensemble. Et puis, il y a aussi tout l’aspect de la transition écologique qui s’est énormément accéléré et qui est devenu l’un de leurs trois premiers objectifs. Et ce n’est plus seulement pour faire beau, c’est devenu pour eux un potentiel économique, un facteur d’innovation et de performances.

Vous écrivez dans votre livre « Ensemble, on va plus loin » (Ed. Alisio) que « l’économie collaborative est un phare dans le brouillard ». C’est-à-dire ?

G.S-M : Ce qui se passe là, c’est un peu le symbole de la fin de l’ancienne époque. Avant, le patron de PME, c’était « Superman », justement celui qui était un phare dans le brouillard. Maintenant, ce qui se passe autour de nous est tellement complexe, que le chef d’entreprise ne peut plus résoudre toutes les problématiques en restant seul. Si on prend l’exemple du Vendée Globe actuellement, le navigateur qui est en solo sur son bateau n’est plus tout seul, il est encadré par toute une équipe et de nombreux partenaires. Aujourd’hui, je vois chez les dirigeants de PME un vrai changement d’état d’esprit.

Ils savent bien qu’ils doivent être forts chacun sur leurs métiers et savoir-faire. Mais dès qu’ils s’éloignent un petit peu de leur cœur de métier, ils ont besoin des autres. Ce qui change et qui est intéressant, c’est leur niveau de confiance entre eux. On voit bien avec les 30 000 chefs d’entreprises avec lesquels Qantis bosse au quotidien, qu’il y a un tel niveau de confiance qui s’est instauré entre eux, qu’ils en arrivent à partager leurs vraies problématiques, et du coup, ils peuvent trouver et co-construire les meilleures solutions ensemble.

Depuis la création de votre première entreprise, vous avez toujours été convaincu du « faire ensemble ». L’économie collaborative est-elle aujourd’hui le modèle le plus vertueux pour demain et pourquoi ?

G.S-M : J’aimerais vous répondre par une anecdote concernant Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, lors du dernier Forum de Davos. Il a dit : « Facebook n’innove plus. Pour que Facebook innove à nouveau, il faudrait que ses 100 000 salariés redeviennent 100 000 indépendants. » Concrètement, en France, quand les PME arrivent à se regrouper, elles deviennent plus puissantes que certaines ETI ou certains groupes, parce qu’elles vont garder leur agilité et leur capacité d’innovation de petite structure, et en même temps, par les liens qu’elles vont savoir créer avec d’autres sur leurs points plus faibles, elles vont se renforcer et devenir plus fortes.

On le voit bien notamment avec la digitalisation, quand les PME se regroupent au sein de plateformes de e-commerce, elles multiplient leurs ventes et leurs résultats, et bien plus rapidement qu’avec leur propre site de ventes en ligne. C’est pourquoi je prône depuis des années les ETI partenariales, où s’agrègent des indépendants qui vont se renforcer mutuellement en travaillant ensemble dans une ambition et un destin partagés. Pourquoi le seul dénominateur commun serait le capital ? Pour moi, l’économie collaborative, elle va aussi dans ce sens-là.

On parle beaucoup d’entreprise responsable, vertueuse, agile. Vous allez plus loin avec le concept « d’entreprise infinie ». Expliquez-nous.

G.S-M : D’abord, une entreprise infinie par définition, elle ne se termine jamais parce qu’en fait, elle est en évolution permanente. Le premier coup de crayon d’un infini, il est en général très petit. Et puis après, il devient un peu plus large et s’étoffe. La démarche de RSE nous a appris qu’il faut prendre soin de son environnement, de ses parties prenantes. Idem avec l’économie collaborative qui nous montre qu’on peut élargir ensemble nos champs de compétences. C’est parce que je fais avec d’autres que petit à petit j’avance et que je peux grandir, sans perdre mon agilité et ma spécificité.

Il y a aussi l’aspect d’entreprise désirable. On voit bien aujourd’hui qu’un des gros problèmes des entreprises est le recrutement, c’est-à-dire rendre l’entreprise désirable pour que les meilleurs talents aient envie de la rejoindre et d’y rester. Comme on essaye de rendre notre entreprise sexy pour nos clients, il faut aussi la rendre sexy pour nos collaborateurs !

C’est quoi la recette pour rendre son entreprise désirable ?

G.S-M : D’abord, il y a la question du sens. Pourquoi je me lève le matin pour venir travailler ? Là, où on a une chance inouïe chez Qantis, c’est que notre métier, c’est de rendre collaboratif un écosystème entre entreprises, c’est-à-dire qu’en les regroupant, on les rend plus fortes ensemble. Donc, du coup, ça crée une ambition qui est plus grande que la nôtre encore et qui a du sens. Ensuite, je pense qu’il faut prendre soin de ses collaborateurs, ce qui va bien au-delà de la base du bien-être en entreprise. Et pour moi, le point fondamental, c’est le développement des compétences de chaque collaborateur, à titre individuel, mais aussi à titre collectif.

Si vous voulez que votre boîte grandisse, il faut d’abord que le patron se forme, mais aussi qu’il forme ses collaborateurs. Et ce que je vous dis là, je me l’applique bien entendu à moi-même. Et je ne parle pas que de formations techniques sur des métiers, je parle aussi de développement personnel. La formation est trop souvent considérée en France comme une obligation administrative et pas assez comme une vraie ambition et un véritable investissement.

Parlez-nous de Qantis qui fédère aujourd’hui près de 30 000 PME françaises. Quels sont vos objectifs pour demain ?

G.S-M : L’idée de départ il y a 20 ans était très basique. Elle consistait à dire que quand on regroupe ensemble des petits, ils peuvent faire comme des grands. On a commencé à le faire sur les achats avec PME Centrale. Et ça a très bien marché. Le développement de Qantis est venu des PME elles-mêmes qui ont commencé à nous faire part de leurs problématiques et de leurs autres besoins. Ce qui nous a permis de bâtir une cinquantaine d’offres pour répondre à leurs principales préoccupations.

A partir du moment où une PME, qui est forte sur son cœur de métier, a besoin de travailler sur d’autres sujets où elle est moins performante, alors elle peut rejoindre le réseau Qantis. Aujourd’hui, on a à la fois des PME qui adhèrent en direct, mais on a aussi des réseaux d’entreprises. Du coup, quand elles viennent chez Qantis, c’est pour aller chercher les solutions mutualisées qu’on a développées. On a commencé l’année 2020 avec 20 000 adhérents, nous arrivons en début d’année 2021 à presque 30 000 entreprises et nous allons continuer à développer le réseau.

Qu’est-ce qui explique ce développement record de votre réseau ?

G.S-M : Parce qu’en cette période de crise, les entreprises cherchent notamment à protéger leur trésorerie en faisant des économies, d’où l’intérêt de l’offre Qantis achats notamment qui répond concrètement à ce besoin. Et puis, c’est dans l’air du temps aujourd’hui, les TPE et les PME ont compris l’intérêt de se regrouper et de travailler en réseau. C’est largement démontré, ensemble on va toujours plus loin !

Propos recueillis par Valérie Loctin

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