Pour le journaliste et écrivain François de Closets, l’inaction des gouvernements depuis la fin des Trente Glorieuses a conduit la France dans une situation explosive, au niveau économique comme au niveau politique. Interview.

Pourquoi affirmez-vous qu’il faut cesser de mentir aux Français ? 

François de Closets :

Depuis 40 ans, on a tellement menti à nos concitoyens qu’ils veulent qu’on arrête une austérité que l’on n’a pas commencée et qu’on commence une relance qu’on a jamais arrêtée. À force de vouloir préserver à tout prix l’existant face à la crise, on a découpé la France en deux, avec d’un côté une France protégée ou dynamique, et, de l’autre, une France complètement larguée et précaire qui ne sait plus où elle en est et qui ne supporte pas les changements.

Quelles sont les actions à mettre en oeuvre ?

François de Closets :

Sur le chapitre des prélèvements, on atteint pratiquement 45%, il est impossible d’aller au-delà. Parmi les changements à apporter, il faut faire reposer la protection sociale sur la consommation plus que sur le travail, revenir sur les innombrables niches sans grande justification.

Pour cela, il faut tout de suite en finir avec deux convictions qui bloquent les Français. La première, c’est que les très riches peuvent jouer de l’optimisation fiscale pour payer peu d’impôts ; la seconde, que la protection sociale est source de nombreux abus. D’une part, remplacer le bouclier fiscal par le plancher fiscal qui limite les déductions possibles à un pourcentage très faible. D’autre part, lancer sans complexes la lutte à la fraude sociale.

Des mesures simples et fortes pour que les Français aient la conviction que tout le monde paye ce qu’il doit payer et que nul ne reçoit plus que ce à quoi il a droit.

L’effort ne doit-il pas porter sur la réduction des dépenses ?

François de Closets :

En effet, tout va se jouer sur la dépense, mais c’est le plus difficile. Tout le monde sait ce qu’il faut faire : revoir toute la fonction publique territoriale, 400.000 emplois à supprimer, revoir toutes les interventions et subventions des acteurs publics, supprimer toutes les structures inutiles, enserrer strictement la protection sociale…

Et, surtout, faire sauter les oligopoles bureaucratiques, corporatistes, politiques et syndicaux qui étouffent le pays.

Dans votre dernier ouvrage, vous pensez que la situation peut conduire à l’arrivée au pouvoir des extrêmes.

François de Closets :

En effet, pour la France, c’est véritablement “quitte ou double” : “quitte”, ce serait l’arrivée au pouvoir du populisme nationaliste ;“double”, le sursaut du redressement. Un peuple traumatisé par un choc financier peut basculer vers les extrêmes.

En Grèce, ce fut à gauche, en France ce serait à droite. Or, notre pays ne peut plus éviter une telle crise. En l’absence de vraies réformes, les baisses du pétrole, de l’euro et des taux d’intérêt, les milliards de la BCE n’apporteront qu’un répit. L’incapacité de redresser nos finances nous conduira fatalement à la cessation de paiement, c’est-à-dire à la mise sous tutelle financière de notre pays. Face à l’angoisse et à la colère des Français, le pire aura toutes ses chances.

Le meilleur aussi. Au rendez-vous du destin, il nous faudra quitter tout espoir ou redoubler d’efforts. François de Closets est l’auteur de «La France à quitte ou double» chez Fayard

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici