Accueil Entreprises Dirigeants Francis Perez, l’autodidacte devenu roi des casinos

Francis Perez, l’autodidacte devenu roi des casinos

Son parcours est incroyable. Et pourtant sa parole médiatique reste rare. Il est de ces hommes qui préfèrent agir plutôt que d’être inutilement exposés. Entreprendre est le premier magazine français a l’avoir interviewé. Francis Perez, président de Grupo PEFACO, vient de passer trois années difficiles à essayer de sortir un fonds d’investissement d’une de ses sociétés qui était cotée à la bourse de Malte. Fort de ses réussites en Afrique et en Amérique du Sud, le groupe familial, basé à Barcelone, part aujourd’hui à la conquête de l’Europe et de l’Asie. Retour sur le parcours romanesque d’un entrepreneur français d’exception qui a fait fortune… hors de France !

Son premier million, il l’a gagné à l’âge de 19 ans, en vendant des poulets cuits au feu de bois sur la plage de Palavas-les-Flots. Quelques semaines plus tôt, fort d’un BTS d’hôtellerie passé en candidat libre et sorti major avec en prime les félicitations du ministre du tourisme, il occupait un poste à responsabilité à l’hôtel Mercure de Montpellier. Plus jeune dans cette fonction du groupe Accor, il décide de démissionner pour créer sa propre activité. Il ne se voit pas être employé toute sa vie. Il préférerait être propriétaire de l’hôtel.

Les premières machines

Dans le bar où il prenait son café tous les matins, il découvre une machine à sous. Après la saison estivale, il décide d’ investir l’ argent gagné dans ce secteur. Il va à Paris rencontrer un ami de sa famille, leader de la distribution de ces machines récréatives. Les fameux « bandits manchots », les APM -appareil à partis multiples-, lui ouvrent de belles perspectives mais lui font rencontrer les vieux caïds du Sud. Francis Perez, l’esprit aventurier qui n’a pas froid aux yeux et dont la courtoisie légendaire est mise à rude épreuve lorsque vous essayez de lui voler 1 euro. Il apprend à durcir le cuir.

Il ne peut rien et ne doit rien lâcher au risque de disparaitre économiquement. Le courage et le respect de la parole donnée le sauvent de situations dignes de films avec Delon et Belmondo. Son chauffeur d’ alors, qui restera son ami jusqu’au bout, lui conseille de se mettre au cigare pour apparaître « plus vieux et plus sérieux ». Depuis, il fume plus d’une douzaine par jour de « puro », comme on dit en Espagne ; des cohibas en provenance directe de Cuba. Le jeune entrepreneur a alors l’idée d’installer des machines à sous dans les bars de Béziers, où il propose aux propriétaires de faire 50/50 sur les bénéfices.

Cette recette d’ affaire lui permettra de consolider son marché et ainsi de pouvoir continuer à investir dans l’ achat de nouveaux APM. À cette époque en France, ce secteur d’activité n’était pas réglementé et donc pas prohibé. Il paie les taxes sur chaque appareil. En 1983, le ministre de l’intérieur Gaston Deferre les fait interdire. Il doit stopper net son business. Le jeune entrepreneur a 21 ans, et il doit tout recommencer de zéro.

En terres portugaises

Il décide de partir au Portugal où la situation réglementaire est celle de la France d’avant 1983. Il rachète les « bandits manchots » interdits dans l’hexagone et opère dans ce nouveau pays. Ses affaires rapportent mais en 1985 sur la pression des propriétaires de casino, le Portugal interdit à son tour ces machines. Il parle portugais… d’ où l’ opportunité de refaire fortune, seul, au Brésil. Il pose ses valises à Sao Paulo en espérant y installer au plus tôt ses machines. Un seul problème, il est de taille : il découvre que l’importation de ces dernières est interdite. Il en faut plus pour le décourager. Francis Perez prend donc la décision de les fabriquer sur place conforté par les conseils d’un avocat qui lui démontre qu’il peut s’appuyer sur le vide juridique.

La mégapole de Sao Paulo, fort de 20 millions d’habitants, est une jungle. Les premiers mois, Il « ne rentre pas un sou ». Ce qu’il avait gagné au Portugal part en fumée un peu tous les jours. Il persiste et fait fabriquer de plus en plus d’APM qu’il place dans les bars. Finalement au bout d’un an les choses s’améliorent. Il fait donc venir des amis, des jeunes français comme lui, pour étoffer l’équipe. Il interrompt son récit pour préciser que « 34 ans après ils sont toujours dans le business avec moi » et donner sa philosophie : « J’ai toujours privilégié l’ humain. Evidemment le Groupe a changé mais mes amis du départ sont toujours restés mes amis. Je pratique le culte de l’amitié. Je suis comme cela, je me suis construit comme cela : ma femme, mes enfants et mes amis ! Ceux sont des valeurs essentielles de la vie, plus exactement de ma vie ! »

Au bout de deux années au Brésil, la société de Francis Perez est florissante. Le patron est surnommé « The french leader » pas seulement pour ses origines mais aussi parce qu’il va chercher seul, tout seul, le bénéfice de son activité dans les quartiers difficiles ; les favélas et ceux tenus par les chinois. Retour du succès : deux grands groupes lui font des offres d’achat qu’il refuse « bêtement » affirme-t-il aujourd’hui et « comme le jeune méditerranéen que je suis, je me voyais déjà le roi du monde ». Dans la foulée, une réglementation très contraignante tombe : les jeux ne sont pas interdits seulement les composants électroniques venant de l’étranger. Touché Francis Perez ne peut plus faire fabriquer ou réparer de machines. Dans l’univers des jeux, cela rentre dans une « zone grise », c’est à dire non autorisé ; il décide d’arrêter.

Retour en France

Nous sommes en 1988. Il a gagné beaucoup d’argent en comparaison pour l’époque et pour son âge. Il rentre en France. Dès son arrivée, il est informé que les machines à sous seront autorisées par le nouveau ministre de l’intérieur ; Charles Pasqua. À part les casinos du groupe Barrière, tous les autres sont délabrés ou en piteux état. Francis Perez parcourt la France pour en acquérir avec l’objectif d’y mettre ces « bandits manchots ». Il en achète une dizaine et devient, à 27 ans, le premier casinotier par le nombre.

C’est une période très complexe, il n’a aucune idée de ce qui l’attend. À la fin des années 80, la situation du secteur des jeux est ubuesque. L’autorité qui donne les autorisations est la même qui opèrent les contrôles : les renseignements généraux ! Il nous avoue qu’à l’époque il n’a ni les contacts, ni les réseaux et peut-être pire encore « l’arrogance de ma jeunesse ». À l’exception de 4 ou 5 casinos, lui n’obtient aucune autorisation pour installer les machines à sous. Cette période est très difficile mais comme il nous le précise « heureusement, j’ ai l’ inconditionnel soutien de ma femme, de ma famille et de mes amis. ». Ses affaires se dégradent.

Les factures s’empilent, les difficultés financières sont réelles. Avec son associé et ami Alain Ferrand, ils résistent comme ils peuvent. La concurrence est féroce. Enfin un espoir ! Le ministre de l’Intérieur change. Philippe Marchand remplace Pierre Joxe Place Beauvau et fait appliquer pour tous la loi… sauf pour la société de Francis Perez « sous prétexte de motifs comptables ». Le jeune entrepreneur ne peut supporter ce qu’il ressent comme une injustice : « Tous les casinos autour des nôtres peuvent installer des machines. La concurrence est déloyale. Je me rebelle. J’ouvre ma « gueule » ; Il m’est promis monts et merveilles ; Nous attendons… » pour qu’au final les deux associés se retrouvent incarcérés.

Pas de quoi le décourager : « Je ne perds pas espoir même en détention. Le plus important pour moi est la morale. Je n’ai rien à me reprocher. Je comprends à ce moment-là que dans mon pays sans appui politique ce métier est impossible ; Je sors au bout de 21 jours de détention préventive. J’ essaie de sauver mon petit groupe mais je dois faire face à une judiciarisation de mes affaires. Je ne peux pas penser que dans mon propre pays la loi ne s’applique pas. « On » ne veut pas de moi dans ce secteur d’activité. Je décide de jeter l’éponge et vend en 1993 une partie de mes affaires au groupe Partouche. Et en guise de dernière leçon et au bout du compte, je suis condamné à quelques petits mois de sursis pour des raisons « fiscalo-comptables »… en 1994 ».

Fin de la partie en France pour ce fils de pied-noir qui se rappelle un proverbe que les siens se sont appropriés : « vous pouvez arracher l’homme au pays, vous ne pourrez arracher le pays du cœur de l’ homme…la famille lui donnera l’ amour pour ce pays qu’ils ont perdu ».

Direction Barcelone

Il décide de partir en Espagne où l’industrie des jeux est extrêmement réglementée. Il s’associe avec un ami français Olivier Cauro. Depuis Barcelone, ils créent en 1995 le Grupo PEFACO. Le premier pays ciblé est le Brésil ; une terre connue et profitable. Au fil des années, Francis Perez est reconnu dans son secteur et a étoffé ses réseaux à l’international. Aujourd’hui, il serait un faiseur de rois à écouter les observateurs. « Les visiteurs du soir dans ses bureaux de Barcelone, du week-end dans son hacienda près de Séville et, en période estivale, sur son yacht sont nombreux et de différentes nationalités » nous révélera un proche.

Il n’en dira pas un mot. « Le secret est le premier respect de l’autre », finira-t-il par concéder. Dans les années 1990, Il se lie d’amitié avec Faure le fils du Président Gnassingbé Eyadema de la République du Togo. La loterie nationale de ce pays d’ A frique de l’ouest est par terre. Les autorités recherchent des partenaires. Son ami Faure lui organise une audience avec le Chef de l’Etat ; le courant passe très bien entre les deux hommes. 24 ans après, Francis Perez se souvient de ce moment au palais présidentiel de son « pays de cœur » : « je découvre un homme extraordinaire et qui m’ a beaucoup aidé ». Grupo PEFACO ouvre sa première société de jeux en Afrique. Le modèle économique et social développé au Togo convainc d’autres pays qui invitent le Groupe à investir dans leur loterie nationale.

Le développement continue en Amérique du sud avec le Nicaragua et le Paraguay et s’accélère en Afrique : Bénin, Burundi, Burkina Faso, Niger, République Démocratique du Congo (vendu depuis), Rwanda et Côte d’Ivoire. Le patron du groupe l’affirme : « nous sommes un percepteur d’ un impôt volontaire qui n’ existait pas auparavant. En 1997, nous étions un pionnier du divertissement dans les pays en développement. Aujourd’hui nous en sommes leader par l’exploitation de machines récréatives, d’espaces de jeux et de boutiques de paris, qu’il s’agisse de points de vente physiques ou de vente en ligne ».

Introduction en bourse

En 2014, le Groupe est en plein développement. Le Portugal vient de tomber dans son escarcelle avec l’obtention d’une licence de bingo consolidant l’opération d’acquisition d’Exon Group. Cette société de technologie a développé une toute nouvelle expérience de jeu immersif 3D en temps réel, loin devant ce qui est actuellement disponible dans les meilleurs casinos ou salles de bingo.

En plus des activités de jeux, le Groupe construit deux hôtels au Congo Brazzaville et lance un projet hôtelier au Togo. Pour se préparer à une introduction en bourse, Grupo PEFACO réalise une transformation organisationnelle ; la numérisation de l’ entreprise et de son service client. D’ opérateur logistique, le groupe a ainsi évolué pour devenir un manager orienté client, en digitalisant ses opérations favorisant l’application de trois principes fondamentaux : professionnalisme, transparence et responsabilité. La cotation est effective en 2015 à la bourse de Malte. Un fonds d’investissement sud-africain entre dans le capital de PEFACO International, filiale du Groupe, à hauteur de 30% pour 15 millions d’euros.

Mais la lune de miel ne durera pas longtemps. Au Burkina Faso, les premières attaques terroristes font rage. Grupo PEFACO emploie dans ce pays 1000 personnes, ce qui en fait le premier employeur privé. Lors du deuxième conseil d’administration, les représentants du fond exigent le licenciement de 300 salariés de cette filiale. Francis Perez nous relate la scène qui entrainera la rupture avec le fonds : « j’ai refusé et proposé de ne pas recevoir de rémunération plutôt que de mettre dehors des employés qui font ma fortune tous les jours ».

Il persiste en affirmant qu’il n’ aurait pas pu se développer aussi longtemps « si nous n’ avions pas mis l’ humain à la première place. Ce n’ est pas l’ argent qui me motive, c’est de créer des emplois, de partager nos richesses. La construction d’ un groupe, c’ est toute une vie de travail, c’est une aventure avec des femmes et des hommes au quotidien ». Pour étoffer ce propos, un de ses amis nous révèlera que Francis Perez a adopté un jeune Togolais, Patrick, qui vivait dans la rue à la mort de sa mère ; l’une des premières employées de sa société togolaise.

Le fonds d’investissement avait touché à l’humain, la rupture était donc consommée… avec comme juge de paix la juridiction maltaise. Il y a quelques semaines, un accord de rachat des actions du fonds a été trouvé. Fin d’une mauvaise partie boursière pour Grupo PEFACO qui poursuit sa conquête !

Henri Marin

AUCUN COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

trois + 14 =