Accueil Éco Fin du franc CFA : « Une décision historique »

Fin du franc CFA : « Une décision historique »

Le franc CFA va disparaître en Afrique de l’Ouest. Pour 8 des 14 pays de la zone franc, il sera remplacée par l’Eco dès 2020. Quelles sont les conséquences de cette décision annoncée en décembre dernier par les présidents français et ivoirien, Emmanuel Macron et Alassane Ouattara ? L’éclairage de Boris Martor, avocat associé Bird & Bird.

En quoi cette décision est-elle importante ? Quels en sont les enjeux ? 

Il s’agit d’une décision historique car elle délie un peu plus les Etats de l’UEMOA du système hérité du franc des colonies créé pendant la colonisation. Ce changement de nom est un symbole fort et important.

L’enjeu est donc un sujet de souveraineté mais cela va bien au-delà. Cette orientation formalisée par l’accord constitue un nouveau pas vers une Afrique qui préside pleinement à sa destinée.  Ainsi, l’Eco pourrait dans un second temps s’imposer comme la monnaie d’une région plus large au sein de la zone CEDEAO qui comprend outre les 6 pays membres de l’UEMOA en Afrique de l’Ouest (Cote d’Ivoire, Burkina Faso,  Mali, Niger, Togo, Sénégal,) le Ghana, le Nigeria, la Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Nigéria, Sierra Leone, Cap-Vert qui pourraient aussi se rallier à l’ECO prochainement. Il s’agirait alors d’une monnaie commune à 15 pays.

De même les pays membres de la zone Franc CFA ralliée à l’Afrique Centrale, (Cameroun, Congo, Tchad, République Centrafricaine et Gabon) pourraient entrer dans un accord similaire à celui intervenu en Afrique de l’Ouest pour rejoindre l’Eco. Rappelons qu’il s’agit de deux zones dites franc CFA mais régies par des accords comparables mais distincts avec la France. Allier les deux zones dans une monnaie unique serait bienvenu pour parfaire encore l’intégration africaine et catalyser son développement et les échanges intra africains qui sont la clef d’une croissance future soutenue sur le continent.

Plus largement, l’avènement de l’Eco dessine un enjeu continental car l’Afrique avec cette décision et le lancement en juillet dernier de la Zone libre échange continentale Africaine démontre que ses marchés s’intègrent encore davantage et devraient de plus en plus se rapprocher d’un point de vue économique et monétaire mais également juridique. Il faut rappeler que tous les pays de l’Eco sont membres d’ailleurs depuis plus de 25 ans de la même organisation édictant des règles uniformes de droit des affaires : l’OHADA.

Comment va se mettre en place ce changement de monnaie ? 

La mise en place est prévue pour 2020 sans calendrier précis pour l’instant mais l’accord étant intervenu, il y aura certainement une accélération assez forte car ce dossier était porté assez clairement par le Président Ouattara à la tête de la présidence de l’UEMOAqui devra courant 2020 se concentrer sur d’autres sujets compte tenu des élections à venir en Côte d’Ivoire.

L’accord intervenu ces derniers jours met fin à la centralisation de placement des réserves de changes de la BCEAO au Trésor Français. C’est désormais en Afrique que les réserves seront placées ce qui pourrait renforcer le marché financier régional ouest africain en termes d’activité.

De même l’accord entérine un retrait de la France des instances de gouvernance de la nouvelle monnaie Eco et la France devient simple garant financier de la convertibilité en euro.

Il sera intéressant de voir quelles sont les orientations prises par les autorités en Afrique Centrale qui sont amenées à réfléchir suite au sommet de la CEMAC de novembre 2019 etpourraient emboiter le pas. De même il sera utile de voir si la CEDEAO toute entière choisit cette nouvelle monnaie. Cela prendra du temps.

Quels sont les pays concernés ? Qu’est ce qui va changer pour ces derniers et leurs habitants ?  

Il s’agit des 6 pays de l’UEMOA mentionnés auparavant. Pour les habitants, et les opérateurs économiques, il y aura hormis le nom et la monnaie utilisée très peu de changement.

Ce qu’il faut noter c’est que le maintien de la parité fixe de l’Eco avec l’Euro demeure et c’est un facteur fondamental pour la stabilité et l’attractivité économique de la zone : fixité et garantie de conversion sont maintenus. Les opérateurs économiques s’en réjouiront. Même si certains décrient l’arrimage avec l’euro car c’est un facteur de surenchérissement des biens et services africains avec un euro fort, cela apporte comparativement à d’autres pays africains, une lisibilité et une sécurité des transactions monétaires. C’est un modèle unique car en réalité c’est comme si la zone Eco faisait partie de la zone euro. Cela évite aussi comme c’est le cas dans certains pays un effacement de la monnaie locale au profit d’une dollarisation de fait des économies.

Quelles conséquences économiques pour le pays ? 

Les changements économiques devraient être relativement faibles à brève échéance. Toutefois, l’ancrage de la gestion autonome des réserves de l’Eco en Afrique pourrait dynamiser les marchés de capitaux car la BCEAO sera libre de réaliser ses placements sans recourir au Trésor français comme auparavant. A plus long terme le renforcement de l’intégration économique régionale et continentale pourrait aussi permettre de créer des opportunités pour les pays africains de peser plus fort sur la scène mondiale.

Le maintien des liens de l’Eco avec l’Euro ouvre aussi la voie à un partenariat renouvelé avec l’Europe alors que les liens historiques et futurs avec celle-ci font l’objet de réflexions des deux côtés de la Méditerranée. L’Eco est donc l’illustration d’un partenariat repensé.

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