Rien ne va plus pour EDF ! Douze ans après l’ouverture du marché de l’énergie, le fournisseur historique d’électricité perd désormais près de 100 000 clients par mois au bénéfice de fournisseurs alternatifs [1]. Face à la concurrence, le groupe de Jean-Bernard Lévy est bien décidé à contre-attaquer.

Engie, Total, ENI, Cdiscount, Iberdrola ou encore Vattenfall… Autrefois en situation de monopole, EDF doit désormais composer avec une concurrence de plus en plus intense sur le marché de l’énergie domestique. Le fournisseur historique, qui perd aujourd’hui plus de 100 000 abonnés par mois n’est sans doute pas au bout de ses peines. 26 fournisseurs alternatifs ambitionnent aujourd’hui de tailler des croupières à EDF en cassant les prix ou en proposant des offres d’électricité plus écologiques. Parallèlement, la connaissance du droit au changement de fournisseur progresse de plus en plus vite. Ainsi, 66% de la population en était informée en 2018 contre à peine 50% en 2017 et 30% en 2007. Un record historique et une tendance de long terme qui laissent augurer de futurs revers commerciaux pour l’actuel leader du marché.

Si EDF compte toujours plus de 25 millions de clients, les conséquences financières de cette concurrence redoublée se font particulièrement sentir sur ses résultats financiers. Le groupe de Jean-Bernard Lévy pourrait ainsi perdre plus d’un milliard d’euros en 2019 sur un chiffre d’affaires de 70 milliards d’euros selon le magazine Capital.

La contre-attaque judiciaire d’EDF

Pour contre-attaquer, EDF a choisi de se placer sur le terrain des méthodes de vente de ses concurrents plutôt qu’en termes de prix ou de qualité de service. Dans son viseur, le démarchage à domicile auquel recourent de nombreux fournisseurs d’énergie pour trouver de nouveaux clients, comme Eni, Total, mais aussi Sowee, une filiale… d’EDF. Le 14 mars dernier, le leader du marché a ainsi fait condamner son principal concurrent Engie (ex-GDF Suez) par la cour d’appel de Versailles pour les pratiques commerciales douteuses de certains de ses sous-traitants en charge du démarchage. Si le phénomène parait marginal – les réclamations ne concerneraient que 0,1% des rendez-vous à domicile selon Engie, et ne concerneraient que 1 500 litiges tout fournisseur confondu sur les 14 500 reçus par le médiateur national de l’énergie en 2017 –, la décision de justice « a fait sauter de joie dans les couloirs d’EDF » selon le journal Le Monde.

EDF désormais concurrencé sur la production d’énergie

La condamnation d’Engie sera-t-elle suffisante pour limiter les dégâts ? Rien n’est moins sûr. Les concurrents du fournisseur historique ne sont en effet plus seulement des revendeurs d’électricité mais renforcent également leurs capacités de production d’énergie. L’ex-GDF Suez multiplie ainsi les projets dans l’électricité verte. De même, le groupe Total, qui a lancé sa marque Total Direct Energie, veut désormais se diversifier dans la production de gaz domestique et d’énergies renouvelables, en s’apprêtant notamment à investir dans l’éolien offshore et à travers des partenariats à l’international. De quoi donner aux concurrents d’EDF des leviers stratégiques supplémentaires pour continuer de baisser les prix et séduire de nouveaux clients.


[1] https://www.lemonde.fr/economie/article/2017/10/20/chaque-mois-edf-perd-100-000-clients_5203673_3234.html

5 Commentaires

  1. Arrêtons d’obliger EDF à brader 25% de sa production nucléaire à ses concurrents, il faut savoir que le prix auquel EDF doit vendre son électricité aux revendeurs privés n’a pas changé depuis 12 ans !!! C’est entreprises privées se gavent sur le dos d’EDF et des Français !!! Arrêtons d’obliger EDF à racheter à prix d’or la production photovoltaiques des producteurs privés qui se gavent sur le dos d’EDF !!! Arrêtons l’Etat qui tous les ans depuis 12 ans ponctionne + de 2 milliards d’euros dans les caisses d’EDF pour renflouer sa gestion calamiteuse du pays. Bref arrêtons de profiter de la seule grande entreprise publique française qui ramène encore un peu d’argent et vous verrez que sa situation financière se redressera très vite !!!!

  2. Cet article semble se réjouir que des « fournisseurs alternatifs » profitent de la perte du monopole par EDF pour lui « tailler des croupières ».
    Le journaliste devrait savoir que l’ouverture à la concurrence date en fait du début des années 2000. Pendant des années, EDF n’a pas perdu de clients en raison du prix imbattable de son électricité nucléaire. Ceci n’a pas plu à Bruxelles qui a menacé le gouvernement français de sanctions s’il n’agissait pas pour créer de la concurrence, par ex. en coupant EDF en 3 ou 4 sociétés indépendantes. Sarkozy a fini par proposer à Bruxelles la loi NOME qui permet aux concurrents d’EDF de disposer de 25 % de sa production d’électricité nucléaire « à prix coûtant » ou ARENH (en réalité à perte car ce prix ne permet pas à EDF de constituer des réserves pour renouvellement des installations).
    Ce pis-aller n’est pas acceptable car les concurrents d’EDF ne produisent quasiment pas de kWh et ils les vendent avec profit, notamment quand les prix du marché sont supérieurs à l’ARENH, situation très fréquente.
    Ce sont des parasites qui se nourrissent sur la « bête » sans aucun souci pour produire de l’électricité et assumer des responsabilités dans la sûreté nucléaire. Même si certains se lancent dans l’éolien ou le solaire, ce n’est actuellement qu’à doses homéopathiques et dans des filières subventionnées donc sans risque financier. Le tout en comptant sur les centrales nucléaires pilotables pour compenser leurs défaillances quand le vent ou le soleil ne sont pas présents.
    Il est normal qu’EDF se défende et logique qu’il finisse par obtenir l’abrogation de son obligation de céder le 1/4 de sa production à sa concurrent : quel autre industriel l’accepterait ?
    A partir de ce moment, on verra bien si les « fournisseurs alternatifs » pourront continuer de séduire des clients avec une électricité intermittente dont les subventions finiront pas se tarir (car alimentés par la taxe carbone dont ne veulent plus nos GJ !)

    • Entièrement d’accord avec toi Studer, je pense que cette situation où l’on oblige une entreprise à financer ses concurrents doit être unique au monde !!! L’ARENH doit être supprimée !!!
      Quant aux journalistes qui se réjouissent de cette situation complètement ubuesque ils feraient mieux d’informer les lecteurs sur la réalité des choses et sur le fait que la concurrence en France dans le secteur de l’électricité a fait augmenter les prix et que, au final, c’est le consommateur qui paye et engraisse des opérateurs privés !!!

  3. François, Maryline, Studer, êtes vous schizophrènes ou de mauvaise foi ? Comment pouvez-vous, dans la même phrase, dire que le nucléaire (donc l’ARENH) est tellement compétitif puis dire qu’on oblige EDF à vendre à perte quand il vend à l’ARENH. Dans le même temps on arrête pas de dire que les ENR sont excessivement chères alors qu’on les compare à l’ARENH ce qui n’a rien à voir (pas de coût de transport ni de distribution). D’ailleurs arrêtez de dire n’importe quoi ce n’est pas EDF qui supporte le coût des ENR puisqu’il perçoit la CSPE, il est juste l’intermédiaire. Et si c’était si peu rentable alors pourquoi font-ils des pieds et des mains pour empêcher d’autre acteurs d’être des acheteurs obligés tout en bénéficiant de la CSPE. Ensuite si les acteurs privés se gavent en vendant 25% d’énergie nucléaire 10% en dessous des tarifs régulés alors je n’oserai dire ce que fait EDF en vendant les 75% restant aux tarifs régulés. La vérité est qu’EDF s’entête à vouloir faire du nucléaire car c’est leur seul moyen de garder le monopole sur la production. Mais ils vont se planter…enfin non, en fait ils ne se planteront jamais puisque les contribuables français paieront gentiment la note d’où la volonté de renationaliser la partie nucléaire. Les français paieront 2x le nucléaire une fois dans leur facture d’électricité puis dans leurs impôts…mais ça, ça fait plus de 30 ans qu’on voit l’énormité venir.

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