Il n’y a pas de champion entrepreneurial sans un état d’esprit de gagnant. Conseil de dirigeants et fondatrice de The CEO Partner, Isabelle Proust nous donne les clés essentielles de ce levier efficace pour parvenir à ses fins, passer à l’action et doper ses résultats.

Pourriez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours entrepreneurial ?

Isabelle Proust : Je suis entrepreneure et conseil de dirigeants depuis 25 ans. J’ai commencé dans la finance et la gestion d’entreprises pendant dix ans, puis j’ai été DG du Groupe Bernard Loiseau pendant 5 ans, juste après le décès du chef, puis j’ai géré pendant 8 ans ma propre entreprise de restauration. Je l’ai vendue en 2015 pour m’installer comme conseil de dirigeants et d’équipes de direction, à la tête de CEO & Cie depuis 2016. Mon mot d’ordre à la fois stratégique et très pragmatique, c’est d’aider les dirigeants et de mobiliser toutes les forces de leurs équipes pour tirer dans le même sens et passer de l’action aux
résultats.

C’est quoi un état d’esprit de gagnant, selon vous ?

I.P. : Gagnant déjà, ça peur vouloir dire des choses différentes. La réussite, chacun a sa propre définition. Pour moi, gagner, c’est atteindre un objectif qu’on se fixe. Et un état d’esprit gagnant, c’est celui dans lequel vous vous mettez pour atteindre votre objectif, dans une disposition d’esprit positive. Que ce soit pour doubler le chiffre d’affaires de votre entreprise ou pour organiser vos vacances, vous pouvez organiser votre objectif en y croyant fermement ou sans y croire vraiment. Dans le second cas, vous serez certain de ne pas y arriver. Envisager le succès, c’est mettre en place des schémas de pensée qui vous aident dans la réalisation de votre projet et mettre en œuvre le chemin de votre réussite en actions.

Vous avez interrogé dans votre livre 23 entrepreneurs qui livrent leurs propres clés d’un état d’esprit gagnant. C’était important de partir du terrain pour démontrer les lien entre comportements et performances ?

I.P. : Tout est dans le titre de mon livre : « Pour réussir musclez votre état d’esprit ! ». Tout l’objet est d’expliquer ce lien entre le comportement du dirigeant et les performances de son entreprise. Car le comportement, c’est la déclinaison de l’état d’esprit, c’est sa mise en actions. Dans mon travail de tous les jours auprès des dirigeants, je constate en permanence ce lien. Prendre conscience de cela, c’est déjà apprendre à utiliser son état d’esprit. C’est pour cela, que dans mon livre, je suis partie de l’expérience de 23 chefs d’entreprises très différents, à la tête de sociétés de toutes tailles et tous secteurs, qui font figure de modèles et qui nous livrent des témoignages très concrets, pour que ce soit très parlant.

Vous expliquez qu’un leader même charismatique ne peut pas compter que sur sa seule personnalité. C’est-à-dire ?

I.P. : Pour plusieurs raisons, il faut se méfier de la personnalité. On met en avant souvent la personnalité de quelqu’un ou son caractère pour expliquer son succès. Ça sous-entend que c’est la seule et unique voie pour réussir. Or, cela a deux défauts. Le premier, c’est celui de cantonner quelqu’un à sa personnalité comme s’il ne pouvait pas en sortir, et par ricochet, si vous n’avez pas la même personnalité que lui, vous aurez le sentiment que vous n’y arriverez jamais. C’est très inhibant. Deuxième défaut, quand vous ne vous fiez qu’à votre personnalité, vous vous enfermez, vous vous limitez. Avoir une personnalité forte ou charismatique, c’est bien entendu un atout pour entraîner les gens derrière soi.

Mais, si vous vous limitez à cela uniquement, ça vous bloquera dans un sentiment de surpuissance qui fera que vous n’écouterez plus vos équipes, qui de toute façon n’oserons plus vous parler. L’effet que vous produisez sur vos équipes est majeur, il peut être soit négatif, soit extrêmement positif, d’où l’importance d’en d’y prendre garde. Il faut laisser le champ libre aux gens d’exprimer l’effet que vous produisez sur eux.

Vous analysez les différents comportements pour réussir, en expliquant par ailleurs que pour évoluer, il faut aussi changer certains comportements. Expliquez-nous.

I.P. : C’est en effet très intéressant et précieux de lire les réponses des entrepreneurs à la question : « Quel est le comportement que vous avez dû changer pour performer ? ». En général, on n’a pas tous les bons comportements pour réussir. Prendre conscience et accepter ses propres limites permet d’avancer en changeant certains de ses comportements. D’où l’importance d’une part du feed-back de ses équipes et d’autre part du travail sur soi. Il est essentiel de distinguer l’homme de son comportement. Car faire évoluer son comportement, ce n’est pas remettre en question qui l’on est vraiment ou ses propres valeurs.

C’est juste une façon d’être un meilleur leader, en apprenant notamment à déléguer. Ce que j’appelle « l’organisation de soi », et dont on ne parle quasiment jamais dans les livres de management, est selon moi un comportement majeur pour réussir. Tous les entrepreneurs qui ont réussi ont fait ce cheminement personnel sur eux-mêmes. Pour dépasser ses limites ou ses peurs, il faut nécessairement travailler sur soi.

Vous parlez ensuite de transformer le rêve en action et l’action en résultats. C’est « la puissance du focus » le meilleur moyen ?

I.P. : La puissance du focus, c’est la capacité à définir ses priorités et y rester. Attention, cela ne veut pas dire être borné. Quand vous avez un objectif, il nécessite du temps, du travail et de l’énergie. Si vous voulez être vraiment performant, vous avez besoin de vous centrer sur cet objectif. Or, c’est un processus qui n’est pas du tout naturel et qui demande énormément de discipline. Intellectuellement, tout va bien, on est généralement clair là-dessus. En revanche, dès qu’il s’agit de passer à l’action, c’est tout autre chose ! Parce que prioriser, cela veut dire faire des choix, abandonner un certain nombre de choses auxquelles on tient, avoir peur de se tromper.

Et la tendance naturelle, si l’on est curieux, c’est de s’éparpiller. C’est un effort d’être concentré, c’est une fatigue, c’est pour cela que c’est si difficile de s’y tenir, parce que notre cerveau n’aime pas ça. Pour arriver à être focus, il faut de la discipline qui s’apprend. C’est une méthode de travail, de répétition et d’entraînement. C’est tout cela la puissance du focus.

Vous livrez sept conseils valables pour tout entrepreneur ou créateur d’entreprise. Si vous deviez citer le ou les plus importants ?

I.P. : Le premier, c’est « se connaître et se faire confiance », parce que ça passe d’abord par là. Et le second, c’est « les autres ». Pour bien utiliser et faire fructifier les conseils des autres, il faut d’abord prendre ce recul. Le travail sur soi, c’est la clé. Et puis le troisième, c’est « persévérer ».

Quel est votre regard sur l’échec ?

I.P. : Même si ça peut paraître bateau, je considère toujours l’échec comme une situation ou une occasion pour apprendre. Quand on loupe quelque chose, il faut tout de suite analyser pourquoi et se questionner : « Qu’est-ce que j’ai appris de cette situation qui ne m’a pas été favorable ? » et « comment je rebondis ? ». La persévérance, c’est se relever quand on tombe. De fil en aiguille, grâce à la curiosité, vous trouverez d’autres opportunités.

Si vous deviez retenir un exemple de propos d’entrepreneur interviewé qui vous a particulièrement marquée, ce serait lequel et pourquoi ?

I.P. : Les 23 entrepreneurs livrent des témoignages passionnants qui apportent tous des clés, des conseils et des pistes concrètes. Parmi eux, je pense notamment à Thierry Marx qui m’a dit : « J’ai dû apprendre à mettre du temps entre l’émotion et l’action. Si je n’avais pas fait ce travail, j’aurais pu être un bon chef cuisinier, mais je n’aurais pas pu être chef d’entreprise. » Il a quand même 800 salariés dans son groupe ! J’ai trouvé particulièrement intéressant qu’il fasse ce lien de manière très explicite.

Un message essentiel à retenir de votre livre ?

I.P. : Chacun peut réussir, mais pour réussir quand on est entrepreneur, il faut muscler son état d’esprit, travailler son mental et prendre du recul, c’est-à-dire acquérir une souplesse d’esprit qui permet de rebondir sur chaque situation.

Propos recueillis par Valérie Loctin


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