Tribune. Il y a vingt-quatre ans, le 31 août 1997, la « reine des cœurs », Diana Spencer, trouvait la mort à Paris, sous le pont de l’Alma. Née en  1961,  elle aurait eu soixante ans le 1er juillet de cette année, et, pour fêter l’anniversaire de leur mère disparue, ses deux fils ont inauguré, dans les jardins de Kensington Palace, à Londres, une statue à son effigie. On aurait pu s’attendre à ce qu’ils fassent graver dans un  marbre éclatant  la splendeur de sa beauté et sa grâce de liane, telle qu’elle était apparue le soir où elle avait dansé à la Maison Blanche avec le très people John Travolta, image glamourissime qui avait fait le tour de la planète.

Mais pas du tout ! Sous le drap qui protégeait l’œuvre en bronze gris verdâtre du sculpteur Ian Rank-Broadley est apparu un groupe de deux petits garçons et d’une fillette  entourant une femme assez banale, une Diana très loin de l’image de déesse que le monde a gardé de celle qu’on appelait avec adoration Lady Di. C’est que William et Harry ont choisi de donner d’elle, pour les siècles à venir, l’image d’une personne simple, dévouée et engagée dans des actions humanitaires auprès des enfants.

Madones…

Ce « syndrome de la madone » est très typique d’un certain profil psychologique, celui des personnalités « borderline» , dont Diana avait, selon Sally Bedell Smith, biographe de la famille royale d’Angleterre, tous les marqueurs :  un goût excessif pour le drame et la mise en scène, doublé d’un besoin constant d’attirer, par n’importe quel moyen, tous les regards sur elle, assorti, de plus, d’une tendance à se laisser débordée par ses émotions et à rechercher le conflit avec les autres, tous ces traits entretenant en elle un douloureux vécu d’insécurité.

Pour échapper coûte que coûte aux menaces dont elle se croyait la cible, elle se rassurait en jouant en façade  le rôle d’une femme brillante à qui tout réussit, mais au fond d’elle-même, elle n’était que cris et déchirements, et, ce qu’elle recherchait vraiment, c’était de pouvoir s’aimer elle-même, sentiment qui la fuyait désespérément ! Cet échec répété  la rendait fragile et instable, et, bien qu’étant une des femmes les plus admirées et les plus désirées du monde, elle avait  des besoins affectifs de petit bébé. On retrouve ces mêmes traits chez une autre légende du firmament, Marilyn Monroe, qui se définissait elle-même comme « membre de haut rang des Borderline Anonymes », et appelait « Papa » Arthur Miller, son mari !

Toutes les deux ont œuvré pour que les enfants vivent dans un monde meilleur, l’une, Diana, en militant pour l’interdiction des mines anti personnelles, dont ils représentent une grande partie des victimes, et l’autre, Marilyn, en donnant un quart de sa fortune et de ses droits au Centre Anna Freud de Londres, qui développe des programmes internationaux pour que cessent toute forme de violence contre eux.

… et matrones

L’actrice comme la princesse souffraient toutes deux d’une blessure profonde et très dure à supporter, causée par un abandon aussi précoce que brutal, l’une comme l’autre s’étant retrouvées toute seule, très jeunes, et ne s’en étant pas vraiment remises ! Diana n’avait que six ans quand sa mère s’était enfuie avec son amant, laissant ses quatre enfants à la garde de leur père ; le frère de Diana se souvient d’avoir vu sa sœur, en bas des escaliers du château familial, guetter le retour d’une mère  qui restait désespérément absente.

Et c’est encore pire chez Marilyn ; Gladys Monroe alterne les séjours en psychiatrie et les liaisons chaotiques avec des hommes violents et asociaux. Pour l’un deux, elle ira jusqu’à se débarrasser de sa petite fille dans un orphelinat, et même en l’entendant hurler, comme un chien hurle à la mort, « je ne suis pas orpheline,  j’ai une mère ! Ma mère n’est pas morte, c’est une erreur ! », elle ne se retournera pas.  Devenue le numéro 3463, celle qui était encore Norma Jeane Baker en gardera toute sa vie un besoin forcené de ne pas retomber dans l’anonymat.

C’est cet immense vide qui les habitait toutes les deux qui a marqué leur destin, les surdéterminant à se lancer dans une quête frénétique de l’amour absolu et  du Prince Charmant, John Kennedy pour l’une et le chirurgien Hasnat Khan pour l’autre, relations choisies inconsciemment sur le modèle maternel et donc… vouées à l’échec !

Mais puisqu’elles souffraient à ce point d’un manque cruel de figure maternelle, on pourrait logiquement penser que ce dont elles avaient besoin, c’était tout simplement d’une maman de substitution, pour combler le vide laissé par l’autre, la « vraie », et que, dès qu’elle l’aurait trouvée, tous leurs problèmes disparaîtraient comme par enchantement ! Dramatique illusion ! Ni Paula Strasberg, la coach de Marilyn depuis l’Actors Studio, toujours à ses côtés par la suite, ni Simone Simmons, la voyante de Diana, que celle-ci faisait venir dans son palais à tout propos, pourtant deux  maîtresses-femmes à la présence bien marquée, n’ont pu modifier la marche inexorablement tragique de leur existence !

« Like a candle in the wind… »

Similitude troublante de destin qu’a magnifiquement illustrée Elton John, en choisissant de reprendre à l’enterrement de Diana la chanson qu’il avait composée pour Marilyn, « Like a candle in the wind », les comparant toutes deux à la flamme vacillante d’une bougie dans le vent, luttant pour ne pas s’éteindre, sans « jamais savoir à qui s’accrocher » comme le proclame cette chanson. A-t-il voulu saluer ce côté « amazone », dont elles avaient toutes deux le fantasme, au point qu’elles l’ont, l’une comme l’autre, mis en scène devant les caméras du monde entier ? Comme Marilyn, un casque de GI sur sa chevelure platine, débarquant, en pleine guerre de Corée, d’un hélicoptère militaire, et se rendant au chevet des soldats blessés au front ; et comme Diana, en tenue de campagne, traversant un champ de mines au Cambodge. Deux reportages de guerre qui les auront à jamais sublimées !

Artisans surdoués de leur propre malheur, funambules en équilibre sur un fil ténu entre le normal et le pathologique, « dansant sans cesse au bord du gouffre » , comme l’a écrit Arthur Miller de Marilyn,  ces personnalités borderline, dont un tiers sont des hommes et deux-tiers des femmes,  font apparaître et disparaître de leur vie les gens, comme dans un théâtre d’ombres…  Et parce qu’elles sont  habitées par un  besoin constant  d’échapper au réel et de se mettre en scène dans un rôle de rebelle, que, de plus, elles éprouvent de grandes difficultés à faire cas des aspirations des autres, on comprendra aisément que, si on retrouve ce profil dans la poussière des étoiles filantes, on ne le rencontre pas chez les grands entrepreneurs !

Catherine Muller
Docteur en psychologie
Member of the World Council of Psychotherapy
Member of the American Psychological Association

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